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Arcom : les influenceurs bientôt soumis aux mêmes règles que les chaînes TV ?

29 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Mar­tin Ajdari, patron du gen­darme de l’audiovisuel, veut désor­mais impos­er aux influ­enceurs les plus suiv­is les mêmes règles d’équilibre et de pru­dence que les médias tra­di­tion­nels lors de la prochaine élec­tion prési­den­tielle. Une nou­velle exten­sion de pou­voir, alors que l’autorité est déjà accusée de partialité.

« On va sans doute avoir un regard nou­veau, inédit, sur le rôle des créa­teurs de con­tenu » : le 28 juil­let sur Sud Radio, Mar­tin Ajdari a jeté un pavé dans la mare, évo­quant l’action de l’Arcom dans l’élection prési­den­tielle qui s’annonce.

Dans son viseur, les influ­enceurs : « Ceux que l’on va sans doute regarder, ce sont ceux qui ont la plus grande influ­ence, le plus grand nom­bre d’abonnés. » Son objec­tif ? « Que l’on puisse leur deman­der de respecter les mêmes règles d’équilibre ou d’égalité entre les can­di­dats qu’ils invi­tent ». Mais aus­si « les mêmes règles de pru­dence, de mod­éra­tion, dans le traite­ment de la campagne ».

L’Arcom envis­age donc d’imposer ses règles à une nou­velle caté­gorie de médias. Voire même son principe de traite­ment « uni­voque » de l’actualité poli­tique, rai­son pour laque­lle CNews a été mise en demeure au mois de juin dernier. L’au­torité avait d’ailleurs franchi là un cap dans le con­trôle édi­to­r­i­al d’un média privé.

« On ne doit pas s’interdire de regarder »

Les nou­velles ambi­tions de Mar­tin Ajdari restent floues. Il n’a pas encore pré­cisé le nom­bre d’abonnés néces­saires pour se voir soumis à son autorité. Avec ses 20 mil­lions d’abonnés toutes plate­formes con­fon­dues, Hugo Décrypte sera sans doute scruté – mais ne risque guère d’être inquiété. Gas­pard G, qui en compte près de 2 mil­lions, mais qui a inter­viewé Jean-Luc Mélen­chon en avril dernier en parte­nar­i­at avec TF1, devrait aus­si l’être.

Que faire néan­moins du média de gauche Blast, avec ses 1,7 mil­lion d’abonnés sur YouTube ? Ou de celui de droite alter­na­tive, TV Lib­ertés, avec 1,1 mil­lion ? Au-delà de la men­ace, le dis­posi­tif peut vir­er à l’u­sine à gaz. Les uns seront-ils con­traints d’in­viter (au hasard) Sarah Knafo et les autres Raphaël Glucksmann ?

« Sur le principe, si ces influ­enceurs ont une dif­fu­sion mas­sive, comme ça a pu être le cas lors de la précé­dente cam­pagne améri­caine, alors en appli­ca­tion de la loi, on ne doit pas s’interdire de regarder si les mêmes principes ne doivent pas créer une vig­i­lance par­ti­c­ulière de la part du régu­la­teur », a pour­suivi Mar­tin Ajdari, invo­quant le cadre légal.

« La loi audiovisuelle permet de leur appliquer les mêmes principes »

C’est sûr : l’accumulation des textes nor­mat­ifs a per­mis à l’autorité audio­vi­suelle de s’arroger sans cesse de nou­veaux pouvoirs.

La direc­tive européenne « Ser­vices médias audio­vi­suels » de 2010 et 2018, trans­posée dans la loi de 1986 créant l’Arcom, pour­rait jus­ti­fi­er de plac­er les « ser­vices de médias audio­vi­suels » sous l’autorité du régu­la­teur. Il suf­fi­rait que ces derniers four­nissent des pro­grammes d’information, de diver­tisse­ment ou d’éducation.

Mar­tin Ajdari a néan­moins recon­nu des dif­férences d’applications : « Ce ne seront pas les mêmes règles, les principes de dif­fu­sion des con­tenus sont com­plète­ment dif­férents. » Selon lui, les notions de temps de parole dif­fèrent « sur un con­tenu non linéaire ou sur un con­tenu linéaire » [dif­fusé à un horaire fixe ou non].

Domestiquer les créateurs de contenu

L’idée n’est pas neuve, elle a même été esquis­sée par les Séna­teurs de la mis­sion d’en­quête sur les zones gris­es de l’in­for­ma­tion le 9 juil­let dernier. Der­rière la crainte d’« ingérences intérieures » du cen­triste Lau­rent Lafon, les par­lemen­taires ont pro­posé de soumet­tre les créa­teurs de con­tenu aux oblig­a­tions de l’audiovisuel, à savoir la « lutte con­tre les dis­cours de haine » ou encore le « respect de la dig­nité humaine ». En con­trepar­tie, ils pro­posent d’inclure cer­tains créa­teurs de con­tenu d’information dans la liste des « ser­vices d’intérêt général » (SIG) établie par l’Arcom.

Un arbitre partial

« Cer­tains trou­vent que nos déci­sions sont trop intru­sives », a‑t-il admis, con­fi­ant être con­fron­té à plusieurs pres­sions con­traires de l’opinion : « Cer­tains nous accusent de cen­sure, d’autres au con­traire nous font le reproche d’être trop lax­istes et de laiss­er sur dif­férentes ondes s’ex­primer des pro­pos qui vont au-delà des lim­ites de la lib­erté d’expression. »

Ajdari a ain­si regret­té les ten­ta­tives de manip­u­la­tion col­lec­tive des saisines, indi­quant ne pas recevoir « 90 % des saisines », menées par des téléspec­ta­teurs ou des audi­teurs mécon­tents « de ce qu’ils ont entendu ».

Plaidant l’impartialité, le haut fonc­tion­naire a juré n’avoir « jamais, jamais » reçu d’appels télé­phoniques de la part d’Emmanuel Macron, soulig­nant qu’il ne pre­nait pas les déci­sions, les affaires étant tranchées par le col­lège de neuf membres.

Rendre l’Arcom plus puissante encore ?

Pour­tant, cela ne fait plus de doute : l’Arcom est devenu un levi­er poli­tique. D’ailleurs, après les cri­tiques de Charles Allon­cle, une nou­velle mis­sion par­lemen­taire doit bien­tôt débuter à l’Assemblée pour « éval­uer l’Arcom et son con­trôle du plu­ral­isme ». La députée écol­o­giste Sophie Tail­lé-Polian, corap­por­teure, regret­tait en juin dernier que l’autorité s’était « longtemps restreinte à une con­cep­tion pas­sive de son rôle de régu­la­tion » et que « la loi devrait lui impos­er d’agir de manière pos­i­tive pour défendre le plu­ral­isme face à l’offensive médi­a­tique du mil­liar­daire Bolloré ».

Pour l’heure, Ajdari revendique la posi­tion d’arbitre, qui « utilise le sif­flet mais qui doit aus­si favoris­er le beau jeu » : « donc on essaie de faire les deux à la fois, laiss­er la place à la lib­erté d’ex­pres­sion pour que le jeu puisse se dévelop­per, mais aus­si lorsqu’il y a des man­que­ments, des fautes, on les siffle. »

Reste que la dernière Coupe du monde de foot­ball a rap­pelé qu’un arbi­tre pou­vait quelque­fois favoris­er une équipe aux dépens d’une autre.

L’Ojim a dévoilé dans deux études exclu­sives la par­tial­ité de l’Arcom à l’égard de LCI, France Info et BFM TV, moins visées que CNews.

Edouard Chan­ot

Voir aus­si : ÉTUDE INÉDITE. Plu­ral­isme dans l’audiovisuel : com­ment l’Arcom a fer­mé les yeux sur LCI et France Info

 

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