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i‑Télé se sépare d’Éric Zemmour

20 décembre 2014

Temps de lecture : 3 minutes

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20 décembre 2014

Éric Zemmour défraie à nouveau la chronique pour des propos tenus dans un magazine italien où il aurait laissé entendre une volonté de « déporter » les musulmans français selon ses accusateurs. Et bien que le journaliste italien a confié avoir lui-même rajouté, par la suite, le mot « déporter », la polémique ne désemplit pas.

Ce ven­dre­di, i>Télé a décidé de met­tre fin à sa col­lab­o­ra­tion avec son chroniqueur. « Nous avons perçu du trou­ble et de la colère autour des pro­pos d’Eric Zem­mour, mais nous n’avons pas voulu agir dans la pré­cip­i­ta­tion, pour ne pas qu’on puisse dire que nous avons été manip­ulés ou instru­men­tal­isés », a expliqué au Monde la direc­trice de la rédac­tion, Céline Pigalle. « Nous avons vu le jour­nal­iste du Cor­riere del­la Sera, puis nous avons sol­lic­ité et filmé un entre­tien avec Éric Zem­mour, pour qu’il puisse expos­er ses argu­ments. Mais les répons­es qu’il a apportées n’ont pas dis­sipé le trou­ble », ajoute-t-elle, pré­cisant que l’en­tre­tien ne sera pas dif­fusé sur la chaîne dans un souci de « cohérence ».

Et d’ex­pli­quer que i>Télé était « très soucieux de respecter la lib­erté d’expression. Et nous avons défendu celle d’Éric [Zem­mour] pen­dant plus de dix ans, pour que ses idées soient pris­es en compte, con­tred­ites et débattues. Mais aujourd’hui, on a l’impression que c’est lui qui fixe les règles et de quoi on par­le. On a de moins en moins le sen­ti­ment qu’on peut débat­tre. Le dia­logue est devenu de plus en plus dif­fi­cile, voire impos­si­ble. On a l’impression qu’il se par­le à lui-même et à son public. »

« On a tout fait pour aller jusqu’au bout, en écoutant Éric [Zem­mour], mais là, on était au bout », con­clut-elle. Cette mise à l’é­cart inter­vient alors que 19 sig­nataires vien­nent de pub­li­er, dans l’Obs, une let­tre ouverte au prési­dent du Con­seil supérieur de l’au­dio­vi­suel en lui deman­dant d’in­ter­dire le chroniqueur d’an­tenne… Jugeant le sujet « d’une grav­ité excep­tion­nelle », les auteurs esti­ment que les déc­la­ra­tions du polémiste « ne sont pas seule­ment immon­des, effrayantes et incom­préhen­si­bles. Elles sont égale­ment dangereuses. »

Ne rec­u­lant devient rien, le col­lec­tif de censeurs impro­visé parvient à plac­er le mot « démoc­ra­tie » dans une phrase appelant à la cen­sure. Voyez plutôt : « Qu’un homme comme Éric Zem­mour qui est en ce domaine un mul­ti­ré­cidi­viste ait libre­ment accès à l’an­tenne radio ou télé et à la presse écrite pour y dif­fuser ces mes­sages de haine n’est plus accept­able pour une démoc­ra­tie comme la France. »

Citant « Auschwitz », « Sre­breni­ca », la « traite négrière » et le « colo­nial­isme » (pas moins), les censeurs esti­ment ne plus pou­voir « tolér­er que des entre­pris­es de stig­ma­ti­sa­tion, de per­sé­cu­tion et d’ap­pel à la vio­lence physique con­tre des êtres humains soient encore une réal­ité sur notre sol ».

Pour con­clure, se référant à « l’ar­ti­cle 1 de la loi n° 86–1067 du 30 sep­tem­bre 1986 exigeant le respect de la dig­nité de la per­son­ne humaine dans tout exer­ci­ce de la lib­erté d’ex­pres­sion, de l’ar­ti­cle 15 et 17 de la même loi pré­con­isant la pro­tec­tion par le CSA de la dig­nité de la per­son­ne, ain­si que de l’ar­ti­cle 3–1, annonçant que le CSA con­tribue aux actions en faveur de la cohé­sion sociale, mais aus­si la charte du CSA réaf­fir­mant l’ex­i­gence de sauve­g­arde de l’ordre pub­lic et de sanc­tion con­tre tout com­porte­ment dan­gereux », les sig­nataires récla­ment « l’in­ter­dic­tion d’an­tenne immé­di­ate et per­ma­nente de mon­sieur Éric Zem­mour pour vio­la­tion des lois sus­men­tion­nées et inci­ta­tion per­ma­nente et aggravée à la haine raciale et religieuse con­tre une par­tie de nos com­pa­tri­otes ». Rien que ça…

Cliquez ici pour lire la tribune ainsi que la liste des signataires

Et qu’im­porte si les faits les con­tre­dis­ent ! Ce jeu­di, en lieu et place de sa tri­bune habituelle sur RTL, Éric Zem­mour a pu réa­gir à la polémique en dénonçant une « manip­u­la­tion fan­tas­tique ». « On m’a accusé d’avoir dit un mot que je n’ai pas pronon­cé, on m’a accusé ensuite de ne pas avoir con­tred­it un mot mais qui n’a même pas été pronon­cé… c’est une his­toire extra­or­di­naire, on a là une manip­u­la­tion fan­tas­tique », s’est indigné l’au­teur du Sui­cide français (Albin Michel, 2014), livre qui ren­con­tre, au grand dam des censeurs, un grand suc­cès dans l’hexagone.

Et le chroniqueur de s’in­ter­roger : « On a un Pre­mier min­istre qui estime que mon livre ne mérite pas d’être lu, main­tenant on a un Min­istre de l’In­térieur qui appelle à man­i­fester con­tre moi. La prochaine fois, que vont-ils faire ? Envoy­er mes lecteurs en prison ? »

Comme l’a rap­pelé Éric Zem­mour, « les idées font tou­jours mal ». Après cet épisode, le doute n’est plus per­mis quant à savoir si la vérité est tou­jours bonne à dire.

Voir notre portrait d’Éric Zemmour ainsi que notre dossier : « L’affaire Zemmour, grenade dans un bunker »

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