L’ARCOM, bras armé de la censure européenne
Tribune – Dans son projet stratégique 2026-2028, l’ARCOM détaille un vaste dispositif de surveillance et de contrôle des médias et des plateformes numériques, directement inspiré du DSA et du Bouclier démocratique européen. Derrière les discours sur la protection des mineurs, la lutte contre la haine en ligne et l’éducation aux médias, c’est bien un système de censure institutionnalisée qui se met en place, dénonce Didier Desrimais.
Pour comprendre ce qui se trame dans les coulisses du Système (1) à propos de la liberté d’expression, il est indispensable d’entrer dans les détails du « projet stratégique 2026-2028 » de l’ARCOM, publié le 19 mai dernier. Ce projet décrit les moyens de surveillance et de contrôle des médias et des plateformes numériques que l’Agence est en train de mettre en place. Ces moyens sont directement inspirés du DSA (le Digital Services Act) et du BDE (Bouclier démocratique européen) créés par la Commission européenne sous la férule de deux Français adeptes d’une censure institutionnalisée, Thierry Breton et Nathalie Loiseau pour ne pas les nommer. L’ARCOM devient ainsi, en France, l’un des rouages majeurs du dispositif liberticide instauré par l’UE.
Derrière des intentions louables, la surveillance de tous ?
L'agence propose donc un programme complet en vue d’une « régulation plus forte, notamment sur les plateformes numériques ». Les éditeurs de contenus dans les médias audiovisuels et sur les plateformes numériques sont sommés de veiller « au respect de leurs obligations en matière de protection des jeunes publics et des consommateurs » mais également « en matière de représentation de la diversité de la société et du handicap, tout en incitant l’ensemble des opérateurs à limiter leur impact environnemental et à sensibiliser leurs utilisateurs à cet égard ». Ce patchwork d’intentions semble fabriqué avec des échantillons lexicaux issus des dogmatismes en cours : « Diversité », « inclusion », « impact environnemental » – tout cela fleure bon son idéologie progressiste, écologiste et woke.
Le premier objectif annoncé est de « renforcer la protection des mineurs en ligne ». Si l’intention est louable, les moyens d’y parvenir pourraient rapidement apparaître très discutables – et il n’est pas absurde de penser que la véritable finalité de cette recommandation n’est pas la protection des enfants mais la surveillance de tous. En effet, l’ARCOM envisage d’ores et déjà d’assurer, « en collaboration étroite avec la Commission européenne », le contrôle de la loi sur la « majorité numérique » obligeant chaque citoyen voulant accéder aux réseaux sociaux à décliner son identité et son âge via un document officiel numérisé. La Commission européenne a créé le portefeuille européen d’identité numérique dans cette optique. L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est passée en France et doit entrer en vigueur en septembre 2026.
Un dispositif qui complète ainsi un arsenal de surveillance totale qui sera par ailleurs une aubaine pour les hackers et autres délinquants numériques – on a vu récemment avec quelle facilité ces derniers ont pu extorquer sur différents sites officiels soi-disant archi-sécurisés les données personnelles de centaines de milliers de personnes. Autre exemple fameux, en rapport direct avec notre sujet : en avril dernier, l’application d’identité numérique européenne a été hackée quelques heures seulement après son lancement et en moins de deux minutes. Le lendemain, Paul Moore, consultant britannique en sécurité informatique, a posté une vidéo sur X démontrant qu’on pouvait pirater le système sans outil spécialisé, sans aucune ligne de code, en un temps record.
Suivre la haine en ligne ?
L’objectif n° 2 est assez retors. L’ARCOM se propose en effet de « renforcer le suivi des phénomènes de haine en ligne », d’obliger les plateformes à tenir compte « des dynamiques haineuses diffuses (sic) » présentant un danger pour « l’ordre public, la cohésion de la société et les valeurs démocratiques » et à bannir les contenus supposément haineux. Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui, l’ARCOM reprend, l’air de rien, la partie de la Loi Avia que le Conseil constitutionnel avait censurée en 2020. Le texte intimait les plateformes à supprimer en 24 heures les contenus manifestement illicites.
Pourtant, rien de plus brumeux, de plus flou que la notion de haine, prétexte aux décisions arbitraires et aux sanctions injustifiées. La moindre critique un peu virulente du gouvernement, du chef de l’État, d’un ministre, de l’UE, des médias dominants, de l’immigration, d’une religion, du transgenrisme ou de l’écologisme, surtout si elle rencontre un certain succès sur les réseaux sociaux, peut dorénavant être rattachée à une « dynamique haineuse diffuse », son auteur être accusé de troubler l’ordre public et poursuivi.
« Les missions de l’ARCOM s’inscrivent désormais dans un cadre européen qui consacre le droit des citoyens à un accès effectif à une information fiable et à des médias libres, pluralistes et indépendants », assure l’agence de régulation mandatée également pour « apporter son concours à la mission d’éduquer aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique (sic) ». Le citoyen français est un imbécile qui a un peu trop tendance à chercher des informations ailleurs que dans les médias adoubés par le Système ; il faut par conséquent l’éduquer, c’est-à-dire lui enfoncer dans le crâne que seuls les médias « labellisés » par le pouvoir l’informent réellement, sont impartiaux et pluralistes, œuvrent pour le débat démocratique, etc. A contrario, les médias n’affichant pas l’estampille « Approuvé par le Système » ne peuvent être que d’obscures officines complotistes et réactionnaires. Nous verrons plus loin qu’il est prévu que cette éducation aux médias commence le plus tôt possible.
La lutte contre la désinfo' pour museler les critiques ?
L’objectif n° 5 inclut la lutte contre les ingérences étrangères – essentiellement russes, comme de bien entendu – en lien avec VIGINUM, agence créée en 2021 par Emmanuel Macron et censée « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». J’ai consacré, sur le site de Causeur, un article au partenariat liant cette agence barbouzarde à… France TV. La novlangue des instances bruxelloises accompagnait l’officialisation de cette collaboration qui promettait d’améliorer « l’éducation aux médias et à l’information » avec l’aide, cela va de soi, de la télévision publique, de « renforcer la résilience collective face aux fake news venues d’ailleurs » et « la résilience démocratique (sic) ». L’ARCOM insiste sur le fait qu’elle analysera et suivra de près les « phénomènes de désinformation, notamment en matière de santé et d’environnement ». Le Système ne supporte pas les critiques qui sont apparues pendant et après la crise du Covid et celles concernant les désastreuses décisions prises au nom du « dérèglement climatique » – par conséquent, ces critiques sont rangées dans les cases « désinformation » ou « complotisme », interdites d’expression dans les médias mainstream, voire fact-checkées par des agences pravdaïennes recommandées par le pouvoir. Si toutefois ces critiques persistaient, entre autres sur les médias alternatifs et les réseaux sociaux, l’ARCOM se chargerait de multiplier les avertissements, blâmes, amendes et sanctions envers les contrevenants, et ce jusqu’à ce que mort sociale, entrepreneuriale ou médiatique s’ensuive.
L’objectif n° 7 est de « garantir l’indépendance, l’impartialité et l’exemplarité du service public ». Rien que l’intitulé amuse. La Commission sur l’audiovisuel public magistralement menée par Charles Alloncle n’a fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà : l’audiovisuel public n’est ni impartial, ni pluraliste, et ne sert que les intérêts d’une petite caste politico-médiatique. Pour bien montrer ce qu’elle pense des recommandations du rapporteur de ladite commission, cette caste s’est assise dessus de mille et une manières – articles, invitations exclusives de ses plus virulents détracteurs, émissions à charge – et, se fichant totalement de ce que l’opinion publique peut penser de ses mœurs intrigantes, s’est empressée de lui apprendre la nomination de Baptiste Rossi, plume du chef de l’État, au poste de… directeur de cabinet de Delphine Ernotte, ex-directrice générale d’Orange, présidente de France TV depuis 2015. « Il a à la fois une fibre culturelle extrêmement forte et un sens politique aigu », s’est enthousiasmé Sitbon-Gomez, ex-directeur de campagne d’Éva Joly, ex-collaborateur de l’ex-ministre Cécile Duflot, bombardé bras droit de Delphine Ernotte en 2015, directeur des programmes de France TV depuis 2020. Il n’y a pas à dire, ces gens-là savent naviguer et ne perdent jamais le nord.
Formatage dès l'école
L’objectif n° 8 est intitulé : « Contribution à l’éducation aux médias et à la citoyenneté numérique (sic) ». Le travail d’endoctrinement commençant à l’école, un partenariat renforcé avec l’Éducation nationale est prévu. L’école est devenue une garderie sociale ; on y catéchise les futurs « citoyens » en leur inculquant les lois du progressisme radieux, les dogmes de l’écologie radicale, la sexualité à l’aune des théories woke. Les apprentissages de la lecture, de l’écriture, des mathématiques, de l’histoire de France, de la littérature française, sont relégués à l’arrière-plan ou manipulés. L’éducation aux médias et à l’information (EMI) « permet de poursuivre la découverte des supports d’information et de communication engagée dès la maternelle », peut-on lire sur le site du ministère de l’EN. Ce dernier encourage les professeurs à « guider les élèves dans la découverte des médias » dès le CE1. L’endoctrinement s’amplifie au collège pour finir par de venir pluridisciplinaire au lycée : comme pour l’éducation au « développement durable », il est demandé aux professeurs des différentes disciplines de faire une place à l’éducation aux médias et à l’information. Le site Éduscol de l’EN propose des outils élaborés avec… France Info. Canopé, le réseau de formation des enseignants, a pour mission d’offrir à ces derniers des outils leur permettant de promouvoir « l’école inclusive, l’éducation à la transition écologique, l’éducation aux valeurs de la République et l’éducation aux médias ». Éducation aux médias ? L’association Parents Vigilants a révélé en avril que, lors de la « Semaine de la presse », le CDI du lycée Teilhard de Chardin (Saint-Maur) a organisé une rencontre des élèves avec Matthieu Suc, journaliste à Mediapart, média neutre et impartial, comme chacun sait. Celui-ci aurait intimé l’ordre aux élèves de ne plus regarder et de demander à leurs parents de ne plus regarder non plus CNews, cette « chaîne de fachos ». Combien de petites réunions de ce genre sont organisées chaque année dans nos collèges et nos lycées ? Il suffit de voir quels journaux ont droit de cité dans les CDI des établissements scolaires, pour comprendre quelle orientation politique y domine – Libération, Le Monde et toute la presse de gauche et de centre-gauche y règnent en majesté.
🟡 Un journaliste de Mediapart dérape dans un lycée du Val-de-Marne !
Lors de la “Semaine de la presse” au lycée Teilhard de Chardin (Saint-Maur), une conférence a viré au militantisme idéologique.
Selon plusieurs témoignages concordants, un journaliste de Mediapart aurait :… pic.twitter.com/xNp6UmrLuC
— Parents Vigilants (@LesParentsVigil) April 13, 2026
Le gouvernement français et l’ARCOM devancent, voire initient les décisions de la Commission européenne où la novlangue s’applique : le « Bouclier Démocratique Européen » (BDE) est censé « renforcer la position de démocraties fortes et résilientes » et « permettre aux citoyens de vivre nos valeurs démocratiques communes, à savoir la liberté d’expression, l’indépendance des médias et la résilience des institutions (sic) ». Il est prévu qu’il apportera un « soutien financier en faveur du journalisme indépendant » et « d’organisations de la société civile » – en clair, il financera les médias aux ordres et certaines associations et ONG triées sur le volet et transformées en patrouilles de la police de la pensée. Police qui veillera à la stricte application des édits censoriaux promulgués par l’UE.
Le DSA échafaudé par Thierry Breton est un des outils prévus pour bâillonner les opposants au Système. Le BDE concocté par Nathalie Loiseau n’est pas un bouclier défendant la démocratie en Europe mais un bouclier protégeant la Commission européenne de la démocratie. Un esprit totalitaire plane au-dessus de l’UE en général et de la France en particulier, cette dernière étant de plus en plus souvent à la manœuvre lorsqu’il s’agit d’entraver les libertés individuelles. Le dressage du citoyen passe par son éducation aux médias « à tout âge », dixit la Commission européenne. Le Système omnipotent labellise des « outils informationnels » conformes à son idéologie, vérifie régulièrement leurs contenus, restreint par tous les moyens possibles l’accès aux médias contrecarrant son projet ; des organismes recommandés, voire créés directement par le pouvoir, sont payés, avec l’argent des contribuables, pour contrôler la totalité des médias, dénoncer auprès des autorités de régulation « indépendantes » ceux qui dérogent à la ligne du parti ainsi que les individus suspects qui, faisant fi des injonctions du pouvoir, continuent de s’opposer à lui ; pour les plus récalcitrants, le Système a échafaudé un arsenal complet de sanctions allant jusqu’à la censure de chaînes YouTube ou de plateformes numériques et à la fermeture de comptes bancaires privés ou d’entreprises s’opérant sans jugement, sans bruit médiatique, selon des méthodes que n’auraient pas reniées certains régimes totalitaires. Curieusement, aucun parti politique ayant pignon sur rue ne semble s’inquiéter de l’appareil de surveillance médiatique que la France et l’UE bâtissent conjointement en créant toujours plus de lois liberticides et d’organismes chargés de contrôler leur application. La propagande européiste évoque régulièrement les valeurs démocratiques de l’UE. Pourtant, la Commission européenne, source de la majorité des lois régissant la vie des Européens, est constituée de technocrates non élus, d’exécutants mis en place par le Système pour élaborer des directives entérinées par un Parlement à sa botte. Pour rappel, le DSA a été voté en juillet 2022 par le Parlement européen à une large majorité (539 voix pour, 54 contre, 30 abstentions) – AUCUN eurodéputé français n’a voté contre…
Un sénateur veut lister les donateurs des médias indépendants
En France, à moins d’un an des présidentielles, l’étau de la censure se resserre de plus en plus. Pour compléter le travail d’entrave à la liberté d’expression de l’ARCOM, le Sénat, dans le cadre d’une mission d’information étrangement (ou pas) intitulée « Zones grises de l’information : comment mieux réguler les médias en ligne », auditionne depuis plusieurs semaines les représentants de médias numériques et des réseaux sociaux. Plusieurs de ces médias – Disclose et Off Investigation, entre autres – ont révélé le 21 mai avoir reçu un courriel signé du président de ladite mission d’information, le sénateur UDI Laurent Lafon, leur réclamant expressément « la liste des donateurs [leur] ayant fait un don de plus de 3 000 euros, au cours des deux dernières années, en indiquant le montant du don ». Les médias concernés ont bien sûr refusé de répondre à cette requête inquisitoriale tout en constatant que les plus éminents représentants de l’État, sans doute habitués à voir voltiger des sommes astronomiques, celles qui inondent à coups de subventions publiques la presse à leurs ordres et les associations à leur solde, par exemple, semblent ignorer que les dons de plus de trois mille euros faits aux médias indépendants sont rarissimes et que la très grande majorité sont inférieurs à 50 euros (3). Mais peu importe : le pouvoir tient surtout à intimider, à montrer qu’il envisage très sérieusement de traquer les Français participant à la survie de médias non labellisés par le Système. Il espère que la peur l’emportera sur le désir de liberté. Uniformisation de l’opinion, éducation aux médias, surveillance perpétuelle, contrôle permanent, intimidation, coercition, censure, etc. – je persiste et je signe : un esprit totalitaire plane au-dessus de notre pays. De prochaines mesures, concoctées conjointement par la France et la Commission européenne, devraient malheureusement confirmer cette sombre réalité.
Didier Desrimais
Notes
- J’appelle « Système » l’ensemble des organisations visibles et invisibles planifiant l’avenir des nations européennes, c’est-à-dire leur disparition au profit d’une Europe fédérale composée de parlements fantoches et dirigée par une techno-structure disciplinée n’ayant de comptes à rendre qu’à l’architecte de ce saccage programmé, une oligarchie privilégiée, puissante, économiquement globaliste, idéologiquement mondialiste, apologiste de la « société ouverte » chère à George Soros, plus à l’aise à New York ou Berlin qu’en Picardie, pour reprendre les mots de Raphaël Glucksmann.
- Ne soyons pas naïfs : ces médias de gauche et d’extrême gauche protestent aujourd’hui, à juste titre, contre des mesures mettant en péril la liberté d’expression – mais gageons qu’il ne faudra pas les pousser beaucoup pour les voir s’acoquiner avec le Système le moment voulu, à l’approche d’élections s’annonçant par trop défavorables au camp progressiste, par exemple. Ils se targueront alors de faire, eux, du journalisme, à l’inverse de médias honnis, supposément d’extrême droite, qu’ils accuseront d’être les bras armés d’une idéologie complotiste et nauséabonde. Ils retrouveront alors les vieux réflexes de la gauche médiatique : demande de mise au pas desdits médias, fact-checking à tous les étages, délation, etc. En un mot, ils rentreront dans le rang, rang dont, en vérité, ils ne se seront jamais beaucoup éloignés…"
Puisque vous êtes là, une minute d’attention s’il vous plaît…
…nous avons une petite faveur à vous demander. Vous êtes chaque jour plus nombreux à nous lire. Le travail de l’Observatoire du journalisme (Ojim) est unique. Chaque jour nous contribuons à « vous informer sur ceux qui vous informent », à nous battre pour la liberté d’expression, pour le pluralisme dans les médias, contre les censures.
Tout ceci se fait avec une petite équipe motivée, certains sont bénévoles mais la plupart sont des journalistes indépendants ou des étudiants en journalisme qui sont rémunérés. La majorité des rédacteurs, le webmestre, le manager des réseaux sociaux, l’infographiste, le vidéaste, le dessinateur sont rémunérés. Nous aider c’est préserver notre indépendance et conforter une voix attaquée en justice par Ramzi Khiroun, numéro 2 du groupe Lagardère, pour nous faire taire. Votre don est éligible à un reçu fiscal de 66%. Un don de 50 € ne vous coûtera que 16 €. Un don de 100 € vous revient à 33 €. Un don même minime est un encouragement, cela ne vous prend qu’une minute. D’avance merci !
Claude Chollet
Président de l'Ojim