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Gilets jaunes : éditoriaux hostiles à la ramasse !
Publié le 

15 janvier 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Gilets jaunes : éditoriaux hostiles à la ramasse !

Le mouvement des gilets jaunes semblant s’installer dans la durée début 2019 conduit le pouvoir politique à de surprenantes décisions, comme l’organisation d’un « débat » national aux thèmes circonscrits, ponctuées de revirements qui posent question. Le flou domine. En est-il de même au sein du quatrième pouvoir, et en particulier sous la plume des éditorialistes ? Décryptage des jours qui sont suivi « l’acte 8 », à travers trois éditoriaux.

Philippe Tesson en colère dans Le Point, défense du désordre établi

Avant la presse quo­ti­di­enne, c’est un édi­to­r­i­al qui vaut mod­èle, et qui donne envie d’aller lire les autres, qui attire l’attention de l’OJIM : celui de Philippe Tes­son pub­lié par Le Point dès le 7 janvier2019. L’éditorialiste est en « colère ». Pour lui, « Même si le mou­ve­ment des gilets jaunes était vertueux, rien ne jus­ti­fierait qu’une poignée d’entre eux casse les sym­bol­es de la République ». Le début de l’éditorial : « Il faut arrêter le mas­sacre ». Rien que cela ? Non : « Ce rit­uel bar­bare du same­di est indigne d’un peu­ple civil­isé qui donne des leçons au monde entier. Il est révoltant, écœu­rant, insup­port­able ». C’est une « minable car­i­ca­ture de guerre civile ».

Les mots sont forts, vio­lents. On aurait pu souhaiter lire les mêmes mots au sujet de la détresse vécue depuis des années par ce « peu­ple des gilets jaunes » vic­time du mépris de classe, de la pré­car­ité, du chô­mage, de la pau­vreté, de l’insécurité cul­turelle, du déracin­e­ment et de la « fab­rique des crétins » qu’est dev­enue l’école où sont sco­lar­isés ses enfants. Entre autres. C’est exacte­ment cela que dis­ent les gilets jaunes et que ne com­prend pas l’éditorialiste parisien : il faut en effet arrêter un mas­sacre, celui de la mon­di­al­i­sa­tion oli­garchique.

Plus avant dans son édi­to­r­i­al, Philippe Tes­son con­sid­ère qu’un Macron mal­adroit aurait « irrité un pays endor­mi ». N’est-ce pas plutôt l’éditorialiste du Point qui s’était endor­mi, s’il n’a pas sen­ti mon­ter, depuis le vol référendaire de 2005, la colère pop­u­laire, celle d’un peu­ple auquel les « élites », celles de Tes­son, ont volé, par mépris, la sou­veraineté ? Du reste, Tes­son com­prend si peu ce qui se passe qu’il revendique le fait de ne pas faire par­tie du même « ensem­ble » de Français que les gilets jaunes, indi­quant ne pas avoir les « mêmes valeurs ». D’autant plus qu’il sous-entend que des man­i­fes­tants tra­vailleraient pour… « pour qui ? », c’est juste­ment la ques­tion que pose Tes­son, lais­sant enten­dre qu’il y aurait manip­u­la­tion dans l’air, dans un heb­do­madaire qui pour­tant, à l’instar de la majorité de ses con­frères, pré­tend lut­ter con­tre les théories du com­plot.

Évidem­ment, Tes­son accuse les lead­ers poli­tiques qu’il con­sid­ère comme pop­ulistes, de droite comme de gauche, de jouer un rôle dans ce qu’il appelle « insur­rec­tion ». Par con­tre il ne s’interroge pas sur les raisons de la colère, ni sur sa pro­pre place (con­fort­able) dans la société. Une illus­tra­tion du Con­fort intel­lectuel cher à Mar­cel Aymé.

Le Monde et les gilets jaunes, je t’aime moi non plus

Pour Le Monde du 8 jan­vi­er, il s’agit d’une « révolte sociale inédite depuis un demi-siè­cle » et enrac­inée qui, si elle pose con­fusé­ment des reven­di­ca­tions « légitimes » (celles que Le Monde accrédite), con­tient aus­si des « vel­léités insur­rec­tion­nelles choquantes ». L’éditorial indique que la vio­lence est le fait de grou­pus­cules vio­lents, mais pas seule­ment : « Il faut égale­ment met­tre en garde les gilets jaunes eux-mêmes con­tre la com­plai­sance active ou ver­bale dont ils peu­vent faire preuve à l’égard de cette ultra­vi­o­lence ». De même, il faudrait « fustiger les (ir)responsables poli­tiques qui jouent avec le feu, attisent ce cli­mat de haine et excusent, quand ils ne les jus­ti­fient pas, ces agres­sions con­tre l’ordre répub­li­cain ».

Même dis­cours que Le Point et surtout… que les mem­bres du gou­verne­ment. A aucun moment ces médias ne se deman­dent pourquoi ils sont, à tra­vers les attaques con­tre BFM, la cible des man­i­fes­tants. L’incompréhension les con­duit à mon­tr­er encore plus de col­lab­o­ra­tion idéologique avec le pou­voir poli­tique, démon­trant la réal­ité de l’oligarchie. Cette respon­s­abil­ité qu’ils ont dans le chaos actuel, ni les médias ni les poli­tiques ne parais­sent capa­bles de le sen­tir.

La preuve ? Le Monde veut une « solu­tion poli­tique » illus­trée par le « débat » que le gou­verne­ment veut men­er, … Qui peut imag­in­er que les édi­to­ri­al­istes du Monde ne sont pas con­scients de la réal­ité du prob­lème : le peu­ple n’est plus représen­té dans cette République qui pré­tend être une démoc­ra­tie libérale représen­ta­tive. Le Monde pour­rait en appel­er à des élec­tions (à la pro­por­tion­nelle ou avec plus de pro­por­tion­nelle comme on voudra), comme solu­tion devant la crise de représen­ta­tion poli­tique que vit le pays. Mais il ne le peut pas. Pourquoi ? A l’instar de la majorité des médias, Le Monde ne peut pas imag­in­er une démoc­ra­tie dans laque­lle les idées qu’il défend, lui, ne seraient pas au pou­voir.

Le Figaro, de l’ordre avant toute chose

Pour Le Figaro du 7 jan­vi­er 2019, la tonal­ité est proche : « Une fois encore, le désor­dre pub­lic l’a emporté », com­mence l’éditorial, mimant de ne pas voir que c’est juste­ment ce désor­dre que l’on appelle mon­di­al­i­sa­tion, qui l’emporte depuis tant d’années, que le mou­ve­ment des gilets jaunes rejette, ain­si que cet autre désor­dre qu’est le déni de représen­ta­tion démoc­ra­tique : les « pop­ulismes », com­bi­en de députés ? Pour com­bi­en de mil­lions d’électeurs ? Accrochée à son pou­voir et à ses priv­ilèges, l’oligarchie médi­a­tique et poli­tique n’est pas en capac­ité de saisir le pourquoi pro­fond du mou­ve­ment, et donc a fort peu de chances de résoudre la sit­u­a­tion. Pour Le Figaro, c’est d’une vio­lence « mor­tifère » et « vénéneuse » dont il s’agit.

Un vocabulaire violent

Du Point au Monde, en pas­sant par Le Figaro, le fait que des mots de ce genre soient choi­sis inter­roge. La suite vient immé­di­ate­ment : « Ces vio­lences sont inex­cus­ables, et la fas­ci­na­tion qu’elles exer­cent sur cer­tains respon­s­ables poli­tiques ne l’est pas moins ». D’où vient que les édi­to­ri­al­istes des médias offi­ciels dis­ent tous la même chose, et à peu près la même chose que le gou­verne­ment ? Accrédi­tant l’idée d’une caste ayant con­fisqué le pou­voir. Et com­ment ne pas voir com­bi­en le choix des mots est d’une extrême vio­lence ? Con­traire­ment au Monde pour­tant, Le Figaro perçoit une des caus­es de la colère : la décon­struc­tion pro­duite par les « élites mon­di­al­isées » libérales lib­er­taires depuis 50 ans, décon­struc­tion qui pro­duit le délite­ment dans lequel le pays est plongé, décon­struc­tion dont la con­cep­tion du monde et les actes de Macron sont le sym­bole. Vio­lence con­tre la République ? Que l’on repense à la Fête de la Musique don­née à l’Élysée Reste que le mou­ve­ment des gilets jaunes « n’a que trop duré », n’étant que caprice « d’enfants gâtés ». Le Figaro sem­ble mal con­naître une France périphérique où ce qui est gâté ce sont les dents des déplorables, de ceux qui ne sont rien, des sans-dents.

Paris sem­ble ne rien com­pren­dre à ce qui sourd des pro­fondeurs du pays. La preuve ? Quand le philosophe Vin­cent Ces­pedes indique, sur Cnews, « com­pren­dre » (il n’a pas dit légitimer, soutenir, vouloir ou défendre) la vio­lence des gilets jaunes, c’est une lev­ée de boucli­er sur un plateau de télévi­sion entière­ment acquis à la thèse selon laque­lle com­pren­dre serait déjà accréditer. C’est pré­cisé­ment la racine du mal qui gan­grène, par « élites » inter­posées, la société française : cette manière de dia­boli­sa­tion de qui pense autrement que le Paris des « élites mon­di­al­isées », cette cer­ti­tude de détenir les rênes de l’unique con­cep­tion du monde pos­si­ble, vision pro­pre­ment total­isante et sec­taire. Paris pense-t-il ?

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