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États-Unis : du parti unique au média unique ?

3 mars 2021

Temps de lecture : 3 minutes

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États-Unis : du parti unique au média unique ?

États-Unis : du parti unique au média unique ?

Comme nous l’avions anticipé, aux États-Unis l’opération de néantisation de l’opposition populaire poursuit sa route. Qui a vu aux temps jadis le film Wag the Dog (Des hommes d’influence avec Robert de Niro et Dustin Hoffman)  comprendra que persiste la technique consistant à utiliser scénaristes et metteurs en scène pour inventer de fausses crises médiatiques en vue de maintenir le pouvoir en place. Aujourd’hui encore, la queue remue le chien et non le contraire, comme dans le film et la vie politique américaine entre en phase de purgation, appuyée sur la narration de la tentative de « coup d’État » de Donald Trump. Et pendant que Trump, balourd du traquenard, s’empêtrait dans son 6 janvier devenu 6 février, l’establishment réinventait sa version soft de l’incendie du Reichstag.

Les Trumpistes et leur révocation de l’édit de Nantes

Résul­tat, trois chantiers de vio­ls des foules ont été depuis lancés, appuyés sur les vérités offi­cielles, qui sculp­tèrent dans le mar­bre le sujet de l’élection prési­den­tielle, celui du SARS-CoV­‑2 (rebap­tisé COVID-19), ain­si que de la nar­ra­tion sur la révolte du 6 jan­vi­er, point de départ d’un sys­tème coerci­tif désor­mais en marche. Il a d’abord fal­lu faire com­pren­dre aux 74 mil­lions et plus d’électeurs de Trump qu’il ne sont plus les bien­venus dans la sphère poli­tique et cul­turelle, sauf à se soumet­tre. Le trump­iste doit ain­si affron­ter une sorte de Révo­ca­tion de l’édit de Nantes, celle qui relégua les protes­tants français à un rôle sub­al­terne, privé de ses lib­ertés de culte, ici privé pro­gres­sive­ment de ses lib­ertés politiques.

Le FBI en action

Si crise il y a, la mise hors la loi des opin­ions réfrac­taires devient plus facile. Le FBI flotte ain­si déjà toutes voiles dehors afin de tra­quer les oies activistes du Capi­tole. Non seule­ment cette mise hors la loi, est facile, mais aus­si sans espérance pour les con­trevenants. Le 2e impeach­ment de Trump a en réal­ité envoyé un mes­sage sim­ple : nous n’allons pas vous lâch­er. Et vous pou­vez dire adieu au deux­ième amende­ment de la con­sti­tu­tion, celui qui vous donne le droit de vous pro­téger. N’oubliez pas que vous êtes de mau­vais­es per­son­nes, ne vous com­parez pas aux com­bat­tants antifas et BLM : ils ne met­tent pas nos villes à feu et à sang; ils sont des révo­lu­tion­naires , des vrais, dignes de George Wash­ing­ton, pas vous!

Les sup­port­ers de Trump désor­mais ren­trés à la niche, il deviendrait alors logique de couper ce dernier ain­si que ses acolytes de leurs cour­roies de trans­mis­sion. L’OJIM a ample­ment cou­vert le sujet des oukas­es de Twit­ter et des autres réseaux soci­aux, qui visaient Trump, ses proches, ses alliés. L’étape en cours monte d’un cran : celui de la dis­tri­b­u­tion tech­nique et logis­tique, autrement dit il faut con­va­in­cre les loueurs d’autoroutes de l’information de fer­mer le trafic.

C’est bien avancé.

Les tuyaux conservateurs coupés

Ama­zon a ain­si élim­iné de sa grille Parler.com , le nou­veau Twit­ter con­ser­va­teur lancé à la vitesse du son et co-financé par Rebekah Mer­cer. Ce site, accusé d’avoir coor­don­né les évène­ments du 6 jan­vi­er, a dû fer­mer ses portes le 10 jan­vi­er 2021, il tente aujourd’hui un redé­mar­rage par des voies dif­férentes. Ceci lance un aver­tisse­ment à un autre site pop­uliste, Rum­ble, créé au Cana­da, qui cible le marché de YouTube.  Le film poli­tique va cepen­dant plus loin. Il met ce mois-ci en scène le Con­grès et les chaines de télévi­sion câblées ou en streaming.

Réca­pit­u­lons : l’histoire a com­mencé avant novem­bre 2020 dans la peur d’un prob­a­ble coup d’état insti­tu­tion­nel. Elle se pour­suiv­ait par une ten­ta­tive cafouilleuse le 6 jan­vi­er. Immé­di­ate­ment après la cap­i­tale des États-Unis fut occupée par 40 000 sol­dats (plus qu’en Afghanistan) de la garde nationale, patri­otes qui dor­ment dans les park­ings et se tour­nent les pouces. S’est ensuivi l’épisode de l’impeachment, tragi­comique, des­tiné à cul­pa­bilis­er les trump­istes, mais visant à des réformes sup­plé­men­taires, por­tant par exem­ple sur la péren­ni­sa­tion du vote par cor­re­spon­dance ou sur la créa­tion de deux sièges de séna­teurs pour le Dis­trict of Colum­bia (la ville de Wash­ing­ton à 80% démoc­rate) per­me­t­tant mécanique­ment le con­trôle « à vie » d’un Sénat pas­sant de 100 à 102 membres.

Deux parlementaires démocrates pour le média unique

C’est dans cette attente qu’il serait préférable de bâil­lon­ner les derniers bas­tions médi­a­tiques que sont Fox News, News­max et d’autres moin­dres, pour­tant déjà large­ment minori­taires nationale­ment. Mais ceux-ci demeurent la voix de l’opposition pop­u­laire à l’establishment. C’est pourquoi, dans une let­tre envoyée à une nuée de grands dis­trib­u­teurs, deux par­lemen­taires démoc­rates argu­mentent et s’étonnent : com­ment ces dis­trib­u­teurs peu­vent-ils en effet tolér­er dans leur sys­tème des médias qui propa­gent des « fauss­es nou­velles » sur l’élection prési­den­tielle, sur les évène­ment du 6 jan­vi­er, et sur la COVID-19?

Ceci a provo­qué une réac­tion somme toute équili­brée du site Axios, acquis à l’establishment. Et une autre, artic­ulée, d’un com­men­ta­teur qui monte en puis­sance dans la « pop­u­losphère », le jour­nal­iste et cinéaste Dinesh D’Souza. Sa con­clu­sion : les États-Unis s’orienteraient non seule­ment vers un régime de par­ti unique, mais de médias uniques. À suivre…

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