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Dossier : Numéro 23, retour sur le casse du siècle [rediffusion]

17 août 2015

Temps de lecture : 10 minutes
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Dossier : Numéro 23, retour sur le casse du siècle [rediffusion]

Ini­tiale­ment pub­lié le 29/06/2015

Comment devenir riche en seulement 2 ans et demi avec un investissement réduit ? Ce programme digne d’une bannière publicitaire pour site web véreux, Pascal Houzelot a fait mieux que le tenter : il l’a appliqué. Avec le rachat de sa chaîne Numéro 23 par le groupe NextRadioTV, annoncé en avril, pour près de 90 millions d’euros, le quinquagénaire proche de tous les pouvoirs a su transformer le plomb en or… Autrement dit l’attribution gratuite d’une fréquence publique en jackpot à retardement. Chronique d’un scandale d’État.

La diversité pour bannière

Le 8 mars 2012, après un appel à can­di­da­ture, le Con­seil supérieur de l’au­dio­vi­suel (CSA) audi­tionne le pro­jet de chaîne de Pas­cal Houzelot pour une attri­bu­tion de fréquence sur la Télévi­sion numérique ter­restre (TNT) gra­tu­ite. L’homme, lob­by­iste dis­cret incon­nu du grand pub­lic, est con­fi­ant et sere­in. Avec son pro­jet, plate­ment inti­t­ulé « TVous, la télé­di­ver­sité », il a toutes les raisons de se met­tre les Sages dans la poche. Sous cou­vert de bons sen­ti­ments et de défense de « toutes les diver­sités », il a un dossier qui, mal­gré ses nom­breuses zones de flou, ne se refuse pas. « Pas­cal Houzelot a sen­ti que la diver­sité dans l’au­dio­vi­suel, sur laque­lle le CSA tra­vail­lait de plus en plus, deve­nait un créneau por­teur, ce qu’il a admirable­ment su exploiter », se sou­vient un témoin dans Téléra­ma.

Il faut dire que Pas­cal Houzelot, qui détient 70 % de Numéro 23, peut se van­ter d’un action­nar­i­at intim­i­dant : François Pin­ault (Pin­ault-Print­emps-Red­oute), Bernard Arnault (LVMH), Matthieu Pigasse (banque Lazare, Le Monde), Xavier Niel (Free, Le Monde), Jean-Charles Naouri (groupe Casi­no) ou encore Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com). Le tout pour un cap­i­tal de départ de… 11 000 euros. Une broutille. La manœu­vre sem­blait écrite d’a­vance.

Quoi qu’il en soit, le 27 mars, après une délibéra­tion à huis-clos sur laque­lle pèsent déjà de nom­breux soupçons (à l’époque, le prési­dent du CSA, Michel Boy­on, dépend directe­ment du prési­dent Sarkozy), le Con­seil annonce la liste des 6 chaînes retenues (sur 34 dossiers) pour une attri­bu­tion gra­tu­ite de fréquence : cinq chaînes appar­tenant à des groupes de télévi­sion exis­tants, pour la sta­bil­ité, mais aus­si la petite TVous, seul pro­jet indépen­dant retenu… à la con­ster­na­tion générale.

Les dés pipés d’avance ?

Dans un livre à charge, Didi­er Maïs­to, proche de l’homme d’affaires Chris­t­ian Latouche, patron de Fidu­cial (dont Fidu­cial Médias détient le men­su­el Lyon Cap­i­tale), est revenu sur les couliss­es de l’at­tri­bu­tion. À l’époque, il avait lui aus­si ten­té d’obtenir une fréquence pour lancer une chaîne doc­u­men­taire, D‑Facto, mais le pro­jet n’avait pas été retenu.

Dans TNT, un scan­dale d’É­tat (édi­tions Les Enquêtes de Lyon Cap­i­tale, 2015), il racon­te son par­cours du com­bat­tant pour ten­ter de décrocher le Graal. Pres­sions, copinages, arrange­ments… La délibéra­tion du CSA aurait selon lui été truquée depuis le début, c’est-à-dire depuis l’ap­pel à can­di­da­ture lui-même qui « fonc­tionne à l’envers, et n’est lancé par le CSA que lorsque l’Élysée a don­né son aval aux futurs béné­fi­ci­aires ». Mais alors, pourquoi le lancer tout de même ? « C’est que le pou­voir a nour­ri un doute gran­dis­sant sur le groupe Nex­tRa­dioTV, dirigé par Alain Weill » (qui pro­pose sa can­di­da­ture pour la chaîne RMC Décou­verte), juge Maïs­to. « Les prin­ci­paux con­seillers de Nico­las Sarkozy – Patrick Buis­son, prési­dent de la chaîne His­toire (appar­tenant au groupe TF1), et Camille Pas­cal, ancien secré­taire général de France Télévi­sions – finiront eux-mêmes par douter du bien-fondé de leur déci­sion ini­tiale », ajoute-t-il.

Juste­ment, Buis­son est au cœur de l’af­faire, c’est lui qui « tire toutes les ficelles », lui affirme le prési­dent d’un insti­tut de sondage. Ren­dez-vous est pris. Sur place, au Roy­al Mon­ceau, l’an­cien con­seiller de Sarkozy annonce la couleur : « Bon, on ne va pas se racon­ter d’histoires, TF1 et M6 c’est fait, NRJ et TVous la diver­sité aus­si. Restent les cas BFM et L’Équipe, pour eux c’est un peu plus com­pliqué. » Jouant le naïf, Didi­er Maïs­to bon­dit : « Les autres chaînes, je peux com­pren­dre, mais TVous, franche­ment, ça me dépasse com­plète­ment. Com­ment peut-on sérieuse­ment défendre un tel pro­jet ? La diver­sité, ça doit être trans­ver­sal, ça ne peut pas être sur un seul canal, ça n’a pas de sens… »

Et Patrick Buis­son de tranch­er net : « Ne cherchez pas à com­pren­dre, Houzelot a déjà sa chaîne, c’est fait, c’est comme ça, il a ses entrées partout, vous feriez mieux d’arrêter de pos­er des ques­tions et de fouin­er. » Voilà qui a le mérite d’être clair ! Et puis, « quand Sarkozy dit quelque chose, le prési­dent du CSA écoute », con­fie l’homme de l’om­bre du Prési­dent. Juste pour s’« amuser », Maïs­to con­tin­uera tout de même de sol­liciter le con­seiller, mais ses cour­ri­ers res­teront sans suite. Lorsqu’il lui annonce que Yazid Sabeg et Sal­i­ma Saa sou­ti­en­nent le pro­jet de D‑Facto, Buis­son répond poli­ment : « Tous ces sou­tiens sont totale­ment inutiles… Ne perdez pas votre temps. »

Engagements non-tenus et flop historique

TVous la télé­di­ver­sité, rebap­tisée Numéro 23, est finale­ment lancée le 12 décem­bre 2012, avec une con­ven­tion réécrite à la dernière minute. De chaîne con­sacrée à la défense et à la pro­mo­tion de la diver­sité, celle-ci a ain­si muté en mini-général­iste. Un for­mat fourre-tout qui, en plus, a l’a­van­tage d’être plus facile à ven­dre, aux annon­ceurs mais aus­si… aux poten­tiels repre­neurs. Aus­si, la chaîne Urb TV, portée par l’hu­moriste Yas­sine Belat­tar et que le CSA avait con­traint de fusion­ner avec Numéro 23, a été totale­ment absorbée jusqu’à dis­paraître. « Un Sage m’a dit : “Vous avez la meilleure offre sur le plan édi­to­r­i­al, Houzelot le tour de table le plus solide finan­cière­ment, il faut vous enten­dre” », con­fie Belat­tar. Au final, il ne restera rien de cette fusion décidée unique­ment pour la forme. La diver­sité, c’est vendeur, et ça peut rap­porter gros.

Rai­son d’être orig­inelle de la chaîne, cette « diver­sité » lais­sera rapi­de­ment sa place à des red­if­fu­sions de pro­grammes améri­cains et d’émissions de téléréal­ité. « Où est la diver­sité dans les émis­sions à la c… dif­fusées par la chaîne, des con­cours de tatouages aux mag­a­zines sur le para­nor­mal ? », peste le député PS Mar­cel Roge­mont, furieux con­tre ces engage­ments non-tenus. Résul­tat : avec ses 5 salariés, la chaîne devient vite la lanterne rouge de la TNT, réu­nis­sant en moyenne un faible 0,7 % de part de marché et accu­mu­lant des pertes de 10 mil­lions d’eu­ros par an. Dernière­ment, elle s’est à nou­veau illus­trée par une audi­ence ris­i­ble : same­di 20 juin 2014, elle a réu­ni 4 000 téléspec­ta­teurs pour sa red­if­fu­sion de la série cana­di­enne « Orphan Back », soit 0 % de part d’au­di­ence… en prime time.

Une revente à prix d’or

Pour­tant, deux ans et demi après son lance­ment, mal­gré ces résul­tats lam­en­ta­bles, Numéro 23 s’of­fre au groupe Nex­tRa­dioTV pour la coquette somme de 88,3 mil­lions d’eu­ros. Une ques­tion se pose alors : com­ment expli­quer qu’un tel boulet audio­vi­suel ait pu attir­er la con­voitise d’un groupe solide et sérieux ? La réponse est sim­ple : plus que les résul­tats d’au­di­ence et les béné­fices, c’est la fréquence elle-même, den­rée rare, dont il est surtout (pour ne pas dire essen­tielle­ment) ques­tion.

Si Pas­cal Houzelot se défend d’avoir eu pour seul objec­tif de reven­dre, le fait que cette trans­ac­tion inter­vi­enne pile au moment où s’achève la date lim­ite d’in­ter­dic­tion de revente (fixée à deux ans et demi par le CSA) soulève bien des soupçons et des indig­na­tions. D’au­tant qu’il s’ag­it d’une fréquence – et donc d’un bien pub­lic – attribuée gra­tu­ite­ment, et que la taxe sur la plus-val­ue liée à sa revente ne s’élève qu’à 5 %..

Dans un cour­ri­er com­mun envoyé aux Sages, trois chaînes de télévi­sions (TF1, M6 et Canal+) ont dénon­cé une « fraude », notant au pas­sage qu’Houzelot s’é­tait juste­ment éver­tué à faire pass­er l’in­ter­dic­tion de 5 ans à 2 ans et demi juste avant l’at­tri­bu­tion de la fréquence…

Selon les trois patrons en colère, l’homme d’af­faires a « ren­con­tré des groupes audio­vi­suels en place pour pro­pos­er sa chaîne à la revente, alors que rien dans la con­jonc­ture extérieure ni dans son tour de table ne le jus­ti­fi­ait ». Un « dévoiement de la loi » qui « pénalise le con­tribuable, mais aus­si [leurs] groupes qui eux respectent les règles de la régu­la­tion », esti­ment-ils. Enfin, ces derniers ont rap­pelé que c’est juste­ment « au motif notam­ment de la pro­tec­tion de Numéro 23 et des chaînes de Nex­tRa­dioTV que le CSA a refusé le pas­sage en gra­tu­it de LCI, Paris Pre­mière et Canal+ » aupar­a­vant.

Mais les trois hommes sont loin d’être les seuls à crier au scan­dale et à dénon­cer un traf­ic de fréquences. « L’unique objec­tif des por­teurs de ce pro­jet était de plan­i­fi­er une belle opéra­tion finan­cière », dénonce l’an­cien sage Rachid Arhab. À l’époque de l’at­tri­bu­tion, il avait été le seul, avec Alain Méar, à s’op­pos­er au pro­jet très vague d’Houzelot.

Pour la SACD (Société des Auteurs et Com­pos­i­teurs Dra­ma­tiques), « le CSA a surtout aidé des investis­seurs financiers à utilis­er le paysage audio­vi­suel pour faire fruc­ti­fi­er leurs affaires ». Et d’a­jouter : « Les créa­teurs non plus n’ont pas pu compter sur l’en­gage­ment de Numéro 23 dans la créa­tion et atten­dent par ailleurs tou­jours le verse­ment de sommes impor­tantes de droits d’au­teur, tou­jours en souf­france depuis le lance­ment de la chaîne, qui n’ap­plique pas l’engagement de respect de la pro­priété intel­lectuelle qui fig­ure dans la con­ven­tion qu’elle a signée avec le CSA ». En effet, depuis sa créa­tion, la chaîne n’a jamais ver­sé le moin­dre cen­time aux auteurs, accu­mu­lant une dette qui s’élève aujour­d’hui à 1,5 mil­lion d’eu­ros pour l’ensem­ble des sociétés d’au­teurs (Sacem, Scam, SACD).

Pour le député PS Mar­cel Roge­mont, « il est inad­mis­si­ble que des gens puis­sent se faire autant d’ar­gent sur un bien pub­lic ». « C’est un vrai braquage ! Un scan­dale insen­sé ! », clame l’an­cien min­istre de la Cul­ture Frédéric Mit­ter­rand. Et celui-ci de faire remar­quer : « C’est étrange (…) que per­son­ne ne s’é­tonne, par exem­ple, de ce que Pas­cal Houzelot, à qui le CSA attribuait gra­tu­ite­ment et pour deux ans une fréquence pour Numéro 23, revende sa chaîne le jour J de la fin de son bail et empoche 90 mil­lions d’eu­ros ! » Même colère du côté de la séna­trice UDI Cather­ine Morin-Desail­ly, qui juge, sur son blog, que « reven­dre ses parts juste après la date lim­ite légale, et ceci dans un con­texte de fragilité des finances publiques, ne peut que sus­citer l’indig­na­tion ».

Pas dupe, le mag­a­zine Lyon Cap­i­tale note de son côté, au sein d’un dossier très appro­fon­di sur le sujet, qu’il est « très sur­prenant d’entendre aujourd’hui des par­lemen­taires (notam­ment UMP et UDI) crier au scan­dale, quand tout était con­nu, expliqué, dis­séqué depuis trois ans »… De plus, ce n’est pas la pre­mière fois qu’une fréquence publique est ain­si reven­due. En 2009, TF1 s’of­frait TMC et NT1 auprès du groupe AB pour 192 mil­lions d’eu­ros. L’an­née suiv­ante, Lagardère cédait Vir­gin 17 à Bol­loré pour 70 mil­lions. En 2011, le même Bol­loré revendait Vir­gin 17 (dev­enue Direct Star) et D8 pour 465 mil­lions d’eu­ros à Canal+.

Et Houzelot dans tout ça ? Avec 70 % du cap­i­tal, il touchera 50 mil­lions d’eu­ros en « cash », et 40 autres mil­lions en act­ifs recon­vert­ibles en cap­i­tal de Nex­tRa­dioTV (qui pos­sède déjà BFMTV et RMC Décou­verte sur la TNT), soit 5 % de celui-ci. « C’est plus une fusion qu’une vente. Numéro 23 devrait arriv­er à son point d’équili­bre l’an prochain. Si j’avais voulu faire de la spécu­la­tion, j’au­rais atten­du un an de plus et reven­du beau­coup plus cher à un grand groupe », explique-t-il. Et de pour­suiv­re en ajoutant qu’il est un « pro­fes­sion­nel des médias depuis vingt-cinq ans », qu’il a « accom­pa­g­né le groupe TF1 pen­dant quinze ans », qu’il a « pro­duit des films et créé une autre chaîne, Pink ». « Si j’avais voulu faire une opéra­tion avec un groupe plus puis­sant, je l’au­rais fait avant. Je con­tin­ue sur ma logique d’en­tre­pre­neur », con­clut-il pour se défendre. En vain, au vu des cir­con­stances.

Qui est Pascal Houzelot ?

Tit­u­laire d’une licence en droit privé, fils d’un notaire bor­de­lais, Pas­cal Houzelot est un lob­by­iste très act­if. En 1986, il rejoint Matignon au cab­i­net de Jacques Chirac et y tisse ses ami­tiés poli­tiques. En 1989, il passe des palais de mar­bre aux tours de verre. Il rejoint TF1 en tant que « chargé de mis­sion » auprès d’Éti­enne Mougeotte, dont il devien­dra l’homme à tout faire. Il y passe dix ans, de quoi étof­fer large­ment son car­net d’adresse.

Intime de Pierre Bergé, c’est par son inter­mé­di­aire qu’il obtien­dra un siège au con­seil de sur­veil­lance du Monde. « Pas­cal Houzelot a la bise, l’accolade et le tutoiement faciles, surtout avec ses amis poli­tiques, para-poli­tiques et du CAC 40, qu’il appelle par leur petit nom et à voix haute, sur un air enten­du », note Lyon Cap­i­tale. Dans son apparte­ment du Marais, il donne régulière­ment des dîn­ers mondains aux­quels se presse le Tout-Paris. On y croise, entres autres, Emmanuel Macron, min­istre de l’É­conomie, Manuel Valls, Pre­mier min­istre, Fleur Pel­lerin, min­istre de la Cul­ture, Anne Hidal­go, maire de Paris, ou encore Olivi­er Schrameck… prési­dent du CSA. En somme, du beau monde.

Depuis 2004, il est prési­dent (et fon­da­teur) de Pink TV, à l’o­rig­ine chaîne de diver­tisse­ment des­tinée au pub­lic homo­sex­uel, mais trans­for­mée en chaîne pornographique gay suite à son flop d’au­di­ence et sa perte d’ar­gent chronique, qui ne s’est du reste pas arrangée. Gay, Pas­cal Houzelot l’est, et l’af­firme haut et fort, allant jusqu’à accuser tous ses détracteurs d’ho­mo­pho­bie. « C’est un intri­g­ant, un réseau­teur, très présent dans le lob­by gay. Il ne s’in­téresse qu’à ceux qui gravi­tent dans ces univers. Soit on fait par­tie de sa coterie, soit on n’ex­iste pas », con­fie l’un de ses anciens col­lab­o­ra­teurs dans Le Parisien.

Poli­tique­ment, s’il a de nom­breux réseaux à gauche, l’homme a soutenu Nico­las Sarkozy en 2007 et a ses rela­tions égale­ment à droite de l’échiquier poli­tique. Tou­jours dans Le Parisien, un jour­nal­iste et ami de l’in­téressé, qui a préféré rester anonyme, déclare : « C’est un lob­by­iste, et il est rémunéré pour cela. Il l’as­sume. Ses con­nex­ions ont sûre­ment favorisé la revente de Numéro 23. » Un avis évidem­ment partagé par Didi­er Maïs­to : « N’ayant ni la sur­face finan­cière ni le tal­ent pour porter un pro­jet audio­vi­suel digne de ce nom, ayant par ailleurs accu­mulé les plan­tages et les fias­cos pro­fes­sion­nels, Pas­cal Houzelot a cepen­dant, de l’avis général, “de l’entregent” », écrit-il dans son livre.

Le 13 févri­er 2015, il est fait Cheva­lier des Arts et des Let­tres par la min­istre de la Cul­ture, Fleur Pel­lerin. Une dis­tinc­tion cen­sée récom­penser « les per­son­nes qui se sont dis­tin­guées par leur créa­tion dans le domaine artis­tique ou lit­téraire ou par la con­tri­bu­tion qu’elles ont apportée au ray­on­nement des arts et des let­tres en France et dans le monde »… Comble de l’ironie pour quelqu’un qui, de son pro­pre aveu, « ne sait pas dessin­er et accu­mule les fautes d’orthographe ». Ironie égale­ment pour Fleur Pel­lerin qui, comme on va le voir, se mon­tr­era plus tard favor­able à une tax­a­tion accrue de son opéra­tion avec Nex­tRa­dioTV. Une chose est sûre : il y a des min­istres qui feraient bien de révis­er leurs fich­es…

Rebondissements et tergiversation du gouvernement

Pour en revenir à la lev­ée de boucliers qui a suivi l’an­nonce de la revente, le Sénat a adop­té en réac­tion, le 6 mars 2014, un amende­ment à la loi Macron visant à faire pass­er de 5 à 20 % la taxe sur la revente des fréquences publiques moins de cinq ans après leur attri­bu­tion. Une ini­tia­tive soutenue par Fleur Pel­lerin, min­istre de la Cul­ture, mais à laque­lle s’op­pose le min­istre de l’É­conomie, Emmanuel Macron. Le but : sanc­tion­ner par une tax­a­tion accrue cette trans­ac­tion avant que le CSA ne lui donne son agré­ment.

Pour le député UMP Chris­t­ian Kert, « le délai d’in­ter­dic­tion de ces­sion doit être au min­i­mum porté à cinq ans ». « L’idéal serait même d’obliger les pro­prié­taires à ren­dre pure­ment et sim­ple­ment leur fréquence », ajoute Rachid Arhab.

L’af­faire sem­blait en marche quand, jeu­di 11 juin, l’a­mende­ment a été pure­ment et sim­ple­ment sup­primé de la loi en com­mis­sion à l’Assem­blée nationale. Pour Cather­ine Morin-Desail­ly (UDI), qui a défendu l’a­mende­ment au Sénat, il s’ag­it d’une « sup­pres­sion incom­préhen­si­ble » qui revient « dans les faits à avalis­er les con­di­tions de vente de Numéro 23 ». Et celle-ci d’a­jouter que, si la sup­pres­sion était main­tenue, « la gauche devra assumer face aux Français d’avoir entériné des pra­tiques par­mi les plus dis­cuta­bles du ‘monde de la finance’ favorisant, qui plus est, l’en­richisse­ment de per­son­nal­ités réputées proches des cer­cles actuels du pou­voir ».

Face au nou­veau tol­lé provo­qué, la ten­ta­tive capote et l’a­mende­ment a eu vite fait d’être réin­tro­duit. Comme M. Macron l’avait annon­cé, celui-ci est de retour avec une forme « mieux adap­tée », porté par le député social­iste Patrick Bloche. Il sanc­tion­nera d’une taxe de 20 % la revente d’une chaîne moins de cinq ans après son attri­bu­tion, de 10% entre cinq et dix ans et de 5% au-delà. Quant au mon­tant lim­ite de la taxe sur la plus-val­ue, il est fixé à 26 %.

Après de mul­ti­ples rebondisse­ments, la réponse lég­isla­tive à ce scan­dale d’É­tat sem­ble donc ressus­citée… à moins qu’un nou­v­el épisode ne survi­enne avant le 14 juil­let, date d’adop­tion défini­tive du texte. Quoi qu’il arrive, cette tax­a­tion, bien que révisée, ne remet aucune­ment en cause une pra­tique dont la fron­tière avec l’e­scro­querie est mince… Après tout, qu’est-ce que 20 % quand on a hérité d’une fréquence publique gra­tu­ite­ment, sans avoir rien investi ou presque ? Pas­cal Houzelot pour­ra en témoign­er.

Au fait : à l’origine, la TNT était cen­sée incar­n­er la démoc­ra­ti­sa­tion de la télévi­sion…

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