Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Dossier : Numéro 23, retour sur le casse du siècle [rediffusion]

17 août 2015

Temps de lecture : 10 minutes
Accueil | Dossiers | Dossier : Numéro 23, retour sur le casse du siècle [rediffusion]

Dossier : Numéro 23, retour sur le casse du siècle [rediffusion]

Ini­tiale­ment pub­lié le 29/06/2015

Comment devenir riche en seulement 2 ans et demi avec un investissement réduit ? Ce programme digne d’une bannière publicitaire pour site web véreux, Pascal Houzelot a fait mieux que le tenter : il l’a appliqué. Avec le rachat de sa chaîne Numéro 23 par le groupe NextRadioTV, annoncé en avril, pour près de 90 millions d’euros, le quinquagénaire proche de tous les pouvoirs a su transformer le plomb en or… Autrement dit l’attribution gratuite d’une fréquence publique en jackpot à retardement. Chronique d’un scandale d’État.

La diversité pour bannière

Le 8 mars 2012, après un appel à can­di­da­ture, le Con­seil supérieur de l’au­dio­vi­suel (CSA) audi­tionne le pro­jet de chaîne de Pas­cal Houzelot pour une attri­bu­tion de fréquence sur la Télévi­sion numérique ter­restre (TNT) gra­tu­ite. L’homme, lob­by­iste dis­cret incon­nu du grand pub­lic, est con­fi­ant et sere­in. Avec son pro­jet, plate­ment inti­t­ulé « TVous, la télé­di­ver­sité », il a toutes les raisons de se met­tre les Sages dans la poche. Sous cou­vert de bons sen­ti­ments et de défense de « toutes les diver­sités », il a un dossier qui, mal­gré ses nom­breuses zones de flou, ne se refuse pas. « Pas­cal Houzelot a sen­ti que la diver­sité dans l’au­dio­vi­suel, sur laque­lle le CSA tra­vail­lait de plus en plus, deve­nait un créneau por­teur, ce qu’il a admirable­ment su exploiter », se sou­vient un témoin dans Téléra­ma.

Il faut dire que Pas­cal Houzelot, qui détient 70 % de Numéro 23, peut se van­ter d’un action­nar­i­at intim­i­dant : François Pin­ault (Pin­ault-Print­emps-Red­oute), Bernard Arnault (LVMH), Matthieu Pigasse (banque Lazare, Le Monde), Xavier Niel (Free, Le Monde), Jean-Charles Naouri (groupe Casi­no) ou encore Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com). Le tout pour un cap­i­tal de départ de… 11 000 euros. Une broutille. La manœu­vre sem­blait écrite d’a­vance.

Quoi qu’il en soit, le 27 mars, après une délibéra­tion à huis-clos sur laque­lle pèsent déjà de nom­breux soupçons (à l’époque, le prési­dent du CSA, Michel Boy­on, dépend directe­ment du prési­dent Sarkozy), le Con­seil annonce la liste des 6 chaînes retenues (sur 34 dossiers) pour une attri­bu­tion gra­tu­ite de fréquence : cinq chaînes appar­tenant à des groupes de télévi­sion exis­tants, pour la sta­bil­ité, mais aus­si la petite TVous, seul pro­jet indépen­dant retenu… à la con­ster­na­tion générale.

Les dés pipés d’avance ?

Dans un livre à charge, Didi­er Maïs­to, proche de l’homme d’affaires Chris­t­ian Latouche, patron de Fidu­cial (dont Fidu­cial Médias détient le men­su­el Lyon Cap­i­tale), est revenu sur les couliss­es de l’at­tri­bu­tion. À l’époque, il avait lui aus­si ten­té d’obtenir une fréquence pour lancer une chaîne doc­u­men­taire, D‑Facto, mais le pro­jet n’avait pas été retenu.

Dans TNT, un scan­dale d’É­tat (édi­tions Les Enquêtes de Lyon Cap­i­tale, 2015), il racon­te son par­cours du com­bat­tant pour ten­ter de décrocher le Graal. Pres­sions, copinages, arrange­ments… La délibéra­tion du CSA aurait selon lui été truquée depuis le début, c’est-à-dire depuis l’ap­pel à can­di­da­ture lui-même qui « fonc­tionne à l’envers, et n’est lancé par le CSA que lorsque l’Élysée a don­né son aval aux futurs béné­fi­ci­aires ». Mais alors, pourquoi le lancer tout de même ? « C’est que le pou­voir a nour­ri un doute gran­dis­sant sur le groupe Nex­tRa­dioTV, dirigé par Alain Weill » (qui pro­pose sa can­di­da­ture pour la chaîne RMC Décou­verte), juge Maïs­to. « Les prin­ci­paux con­seillers de Nico­las Sarkozy – Patrick Buis­son, prési­dent de la chaîne His­toire (appar­tenant au groupe TF1), et Camille Pas­cal, ancien secré­taire général de France Télévi­sions – finiront eux-mêmes par douter du bien-fondé de leur déci­sion ini­tiale », ajoute-t-il.

Juste­ment, Buis­son est au cœur de l’af­faire, c’est lui qui « tire toutes les ficelles », lui affirme le prési­dent d’un insti­tut de sondage. Ren­dez-vous est pris. Sur place, au Roy­al Mon­ceau, l’an­cien con­seiller de Sarkozy annonce la couleur : « Bon, on ne va pas se racon­ter d’histoires, TF1 et M6 c’est fait, NRJ et TVous la diver­sité aus­si. Restent les cas BFM et L’Équipe, pour eux c’est un peu plus com­pliqué. » Jouant le naïf, Didi­er Maïs­to bon­dit : « Les autres chaînes, je peux com­pren­dre, mais TVous, franche­ment, ça me dépasse com­plète­ment. Com­ment peut-on sérieuse­ment défendre un tel pro­jet ? La diver­sité, ça doit être trans­ver­sal, ça ne peut pas être sur un seul canal, ça n’a pas de sens… »

Et Patrick Buis­son de tranch­er net : « Ne cherchez pas à com­pren­dre, Houzelot a déjà sa chaîne, c’est fait, c’est comme ça, il a ses entrées partout, vous feriez mieux d’arrêter de pos­er des ques­tions et de fouin­er. » Voilà qui a le mérite d’être clair ! Et puis, « quand Sarkozy dit quelque chose, le prési­dent du CSA écoute », con­fie l’homme de l’om­bre du Prési­dent. Juste pour s’« amuser », Maïs­to con­tin­uera tout de même de sol­liciter le con­seiller, mais ses cour­ri­ers res­teront sans suite. Lorsqu’il lui annonce que Yazid Sabeg et Sal­i­ma Saa sou­ti­en­nent le pro­jet de D‑Facto, Buis­son répond poli­ment : « Tous ces sou­tiens sont totale­ment inutiles… Ne perdez pas votre temps. »

Engagements non-tenus et flop historique

TVous la télé­di­ver­sité, rebap­tisée Numéro 23, est finale­ment lancée le 12 décem­bre 2012, avec une con­ven­tion réécrite à la dernière minute. De chaîne con­sacrée à la défense et à la pro­mo­tion de la diver­sité, celle-ci a ain­si muté en mini-général­iste. Un for­mat fourre-tout qui, en plus, a l’a­van­tage d’être plus facile à ven­dre, aux annon­ceurs mais aus­si… aux poten­tiels repre­neurs. Aus­si, la chaîne Urb TV, portée par l’hu­moriste Yas­sine Belat­tar et que le CSA avait con­traint de fusion­ner avec Numéro 23, a été totale­ment absorbée jusqu’à dis­paraître. « Un Sage m’a dit : “Vous avez la meilleure offre sur le plan édi­to­r­i­al, Houzelot le tour de table le plus solide finan­cière­ment, il faut vous enten­dre” », con­fie Belat­tar. Au final, il ne restera rien de cette fusion décidée unique­ment pour la forme. La diver­sité, c’est vendeur, et ça peut rap­porter gros.

Rai­son d’être orig­inelle de la chaîne, cette « diver­sité » lais­sera rapi­de­ment sa place à des red­if­fu­sions de pro­grammes améri­cains et d’émissions de téléréal­ité. « Où est la diver­sité dans les émis­sions à la c… dif­fusées par la chaîne, des con­cours de tatouages aux mag­a­zines sur le para­nor­mal ? », peste le député PS Mar­cel Roge­mont, furieux con­tre ces engage­ments non-tenus. Résul­tat : avec ses 5 salariés, la chaîne devient vite la lanterne rouge de la TNT, réu­nis­sant en moyenne un faible 0,7 % de part de marché et accu­mu­lant des pertes de 10 mil­lions d’eu­ros par an. Dernière­ment, elle s’est à nou­veau illus­trée par une audi­ence ris­i­ble : same­di 20 juin 2014, elle a réu­ni 4 000 téléspec­ta­teurs pour sa red­if­fu­sion de la série cana­di­enne « Orphan Back », soit 0 % de part d’au­di­ence… en prime time.

Une revente à prix d’or

Pour­tant, deux ans et demi après son lance­ment, mal­gré ces résul­tats lam­en­ta­bles, Numéro 23 s’of­fre au groupe Nex­tRa­dioTV pour la coquette somme de 88,3 mil­lions d’eu­ros. Une ques­tion se pose alors : com­ment expli­quer qu’un tel boulet audio­vi­suel ait pu attir­er la con­voitise d’un groupe solide et sérieux ? La réponse est sim­ple : plus que les résul­tats d’au­di­ence et les béné­fices, c’est la fréquence elle-même, den­rée rare, dont il est surtout (pour ne pas dire essen­tielle­ment) ques­tion.

Si Pas­cal Houzelot se défend d’avoir eu pour seul objec­tif de reven­dre, le fait que cette trans­ac­tion inter­vi­enne pile au moment où s’achève la date lim­ite d’in­ter­dic­tion de revente (fixée à deux ans et demi par le CSA) soulève bien des soupçons et des indig­na­tions. D’au­tant qu’il s’ag­it d’une fréquence – et donc d’un bien pub­lic – attribuée gra­tu­ite­ment, et que la taxe sur la plus-val­ue liée à sa revente ne s’élève qu’à 5 %..

Dans un cour­ri­er com­mun envoyé aux Sages, trois chaînes de télévi­sions (TF1, M6 et Canal+) ont dénon­cé une « fraude », notant au pas­sage qu’Houzelot s’é­tait juste­ment éver­tué à faire pass­er l’in­ter­dic­tion de 5 ans à 2 ans et demi juste avant l’at­tri­bu­tion de la fréquence…

Selon les trois patrons en colère, l’homme d’af­faires a « ren­con­tré des groupes audio­vi­suels en place pour pro­pos­er sa chaîne à la revente, alors que rien dans la con­jonc­ture extérieure ni dans son tour de table ne le jus­ti­fi­ait ». Un « dévoiement de la loi » qui « pénalise le con­tribuable, mais aus­si [leurs] groupes qui eux respectent les règles de la régu­la­tion », esti­ment-ils. Enfin, ces derniers ont rap­pelé que c’est juste­ment « au motif notam­ment de la pro­tec­tion de Numéro 23 et des chaînes de Nex­tRa­dioTV que le CSA a refusé le pas­sage en gra­tu­it de LCI, Paris Pre­mière et Canal+ » aupar­a­vant.

Mais les trois hommes sont loin d’être les seuls à crier au scan­dale et à dénon­cer un traf­ic de fréquences. « L’unique objec­tif des por­teurs de ce pro­jet était de plan­i­fi­er une belle opéra­tion finan­cière », dénonce l’an­cien sage Rachid Arhab. À l’époque de l’at­tri­bu­tion, il avait été le seul, avec Alain Méar, à s’op­pos­er au pro­jet très vague d’Houzelot.

Pour la SACD (Société des Auteurs et Com­pos­i­teurs Dra­ma­tiques), « le CSA a surtout aidé des investis­seurs financiers à utilis­er le paysage audio­vi­suel pour faire fruc­ti­fi­er leurs affaires ». Et d’a­jouter : « Les créa­teurs non plus n’ont pas pu compter sur l’en­gage­ment de Numéro 23 dans la créa­tion et atten­dent par ailleurs tou­jours le verse­ment de sommes impor­tantes de droits d’au­teur, tou­jours en souf­france depuis le lance­ment de la chaîne, qui n’ap­plique pas l’engagement de respect de la pro­priété intel­lectuelle qui fig­ure dans la con­ven­tion qu’elle a signée avec le CSA ». En effet, depuis sa créa­tion, la chaîne n’a jamais ver­sé le moin­dre cen­time aux auteurs, accu­mu­lant une dette qui s’élève aujour­d’hui à 1,5 mil­lion d’eu­ros pour l’ensem­ble des sociétés d’au­teurs (Sacem, Scam, SACD).

Pour le député PS Mar­cel Roge­mont, « il est inad­mis­si­ble que des gens puis­sent se faire autant d’ar­gent sur un bien pub­lic ». « C’est un vrai braquage ! Un scan­dale insen­sé ! », clame l’an­cien min­istre de la Cul­ture Frédéric Mit­ter­rand. Et celui-ci de faire remar­quer : « C’est étrange (…) que per­son­ne ne s’é­tonne, par exem­ple, de ce que Pas­cal Houzelot, à qui le CSA attribuait gra­tu­ite­ment et pour deux ans une fréquence pour Numéro 23, revende sa chaîne le jour J de la fin de son bail et empoche 90 mil­lions d’eu­ros ! » Même colère du côté de la séna­trice UDI Cather­ine Morin-Desail­ly, qui juge, sur son blog, que « reven­dre ses parts juste après la date lim­ite légale, et ceci dans un con­texte de fragilité des finances publiques, ne peut que sus­citer l’indig­na­tion ».

Pas dupe, le mag­a­zine Lyon Cap­i­tale note de son côté, au sein d’un dossier très appro­fon­di sur le sujet, qu’il est « très sur­prenant d’entendre aujourd’hui des par­lemen­taires (notam­ment UMP et UDI) crier au scan­dale, quand tout était con­nu, expliqué, dis­séqué depuis trois ans »… De plus, ce n’est pas la pre­mière fois qu’une fréquence publique est ain­si reven­due. En 2009, TF1 s’of­frait TMC et NT1 auprès du groupe AB pour 192 mil­lions d’eu­ros. L’an­née suiv­ante, Lagardère cédait Vir­gin 17 à Bol­loré pour 70 mil­lions. En 2011, le même Bol­loré revendait Vir­gin 17 (dev­enue Direct Star) et D8 pour 465 mil­lions d’eu­ros à Canal+.

Et Houzelot dans tout ça ? Avec 70 % du cap­i­tal, il touchera 50 mil­lions d’eu­ros en « cash », et 40 autres mil­lions en act­ifs recon­vert­ibles en cap­i­tal de Nex­tRa­dioTV (qui pos­sède déjà BFMTV et RMC Décou­verte sur la TNT), soit 5 % de celui-ci. « C’est plus une fusion qu’une vente. Numéro 23 devrait arriv­er à son point d’équili­bre l’an prochain. Si j’avais voulu faire de la spécu­la­tion, j’au­rais atten­du un an de plus et reven­du beau­coup plus cher à un grand groupe », explique-t-il. Et de pour­suiv­re en ajoutant qu’il est un « pro­fes­sion­nel des médias depuis vingt-cinq ans », qu’il a « accom­pa­g­né le groupe TF1 pen­dant quinze ans », qu’il a « pro­duit des films et créé une autre chaîne, Pink ». « Si j’avais voulu faire une opéra­tion avec un groupe plus puis­sant, je l’au­rais fait avant. Je con­tin­ue sur ma logique d’en­tre­pre­neur », con­clut-il pour se défendre. En vain, au vu des cir­con­stances.

Qui est Pascal Houzelot ?

Tit­u­laire d’une licence en droit privé, fils d’un notaire bor­de­lais, Pas­cal Houzelot est un lob­by­iste très act­if. En 1986, il rejoint Matignon au cab­i­net de Jacques Chirac et y tisse ses ami­tiés poli­tiques. En 1989, il passe des palais de mar­bre aux tours de verre. Il rejoint TF1 en tant que « chargé de mis­sion » auprès d’Éti­enne Mougeotte, dont il devien­dra l’homme à tout faire. Il y passe dix ans, de quoi étof­fer large­ment son car­net d’adresse.

Intime de Pierre Bergé, c’est par son inter­mé­di­aire qu’il obtien­dra un siège au con­seil de sur­veil­lance du Monde. « Pas­cal Houzelot a la bise, l’accolade et le tutoiement faciles, surtout avec ses amis poli­tiques, para-poli­tiques et du CAC 40, qu’il appelle par leur petit nom et à voix haute, sur un air enten­du », note Lyon Cap­i­tale. Dans son apparte­ment du Marais, il donne régulière­ment des dîn­ers mondains aux­quels se presse le Tout-Paris. On y croise, entres autres, Emmanuel Macron, min­istre de l’É­conomie, Manuel Valls, Pre­mier min­istre, Fleur Pel­lerin, min­istre de la Cul­ture, Anne Hidal­go, maire de Paris, ou encore Olivi­er Schrameck… prési­dent du CSA. En somme, du beau monde.

Depuis 2004, il est prési­dent (et fon­da­teur) de Pink TV, à l’o­rig­ine chaîne de diver­tisse­ment des­tinée au pub­lic homo­sex­uel, mais trans­for­mée en chaîne pornographique gay suite à son flop d’au­di­ence et sa perte d’ar­gent chronique, qui ne s’est du reste pas arrangée. Gay, Pas­cal Houzelot l’est, et l’af­firme haut et fort, allant jusqu’à accuser tous ses détracteurs d’ho­mo­pho­bie. « C’est un intri­g­ant, un réseau­teur, très présent dans le lob­by gay. Il ne s’in­téresse qu’à ceux qui gravi­tent dans ces univers. Soit on fait par­tie de sa coterie, soit on n’ex­iste pas », con­fie l’un de ses anciens col­lab­o­ra­teurs dans Le Parisien.

Poli­tique­ment, s’il a de nom­breux réseaux à gauche, l’homme a soutenu Nico­las Sarkozy en 2007 et a ses rela­tions égale­ment à droite de l’échiquier poli­tique. Tou­jours dans Le Parisien, un jour­nal­iste et ami de l’in­téressé, qui a préféré rester anonyme, déclare : « C’est un lob­by­iste, et il est rémunéré pour cela. Il l’as­sume. Ses con­nex­ions ont sûre­ment favorisé la revente de Numéro 23. » Un avis évidem­ment partagé par Didi­er Maïs­to : « N’ayant ni la sur­face finan­cière ni le tal­ent pour porter un pro­jet audio­vi­suel digne de ce nom, ayant par ailleurs accu­mulé les plan­tages et les fias­cos pro­fes­sion­nels, Pas­cal Houzelot a cepen­dant, de l’avis général, “de l’entregent” », écrit-il dans son livre.

Le 13 févri­er 2015, il est fait Cheva­lier des Arts et des Let­tres par la min­istre de la Cul­ture, Fleur Pel­lerin. Une dis­tinc­tion cen­sée récom­penser « les per­son­nes qui se sont dis­tin­guées par leur créa­tion dans le domaine artis­tique ou lit­téraire ou par la con­tri­bu­tion qu’elles ont apportée au ray­on­nement des arts et des let­tres en France et dans le monde »… Comble de l’ironie pour quelqu’un qui, de son pro­pre aveu, « ne sait pas dessin­er et accu­mule les fautes d’orthographe ». Ironie égale­ment pour Fleur Pel­lerin qui, comme on va le voir, se mon­tr­era plus tard favor­able à une tax­a­tion accrue de son opéra­tion avec Nex­tRa­dioTV. Une chose est sûre : il y a des min­istres qui feraient bien de révis­er leurs fich­es…

Rebondissements et tergiversation du gouvernement

Pour en revenir à la lev­ée de boucliers qui a suivi l’an­nonce de la revente, le Sénat a adop­té en réac­tion, le 6 mars 2014, un amende­ment à la loi Macron visant à faire pass­er de 5 à 20 % la taxe sur la revente des fréquences publiques moins de cinq ans après leur attri­bu­tion. Une ini­tia­tive soutenue par Fleur Pel­lerin, min­istre de la Cul­ture, mais à laque­lle s’op­pose le min­istre de l’É­conomie, Emmanuel Macron. Le but : sanc­tion­ner par une tax­a­tion accrue cette trans­ac­tion avant que le CSA ne lui donne son agré­ment.

Pour le député UMP Chris­t­ian Kert, « le délai d’in­ter­dic­tion de ces­sion doit être au min­i­mum porté à cinq ans ». « L’idéal serait même d’obliger les pro­prié­taires à ren­dre pure­ment et sim­ple­ment leur fréquence », ajoute Rachid Arhab.

L’af­faire sem­blait en marche quand, jeu­di 11 juin, l’a­mende­ment a été pure­ment et sim­ple­ment sup­primé de la loi en com­mis­sion à l’Assem­blée nationale. Pour Cather­ine Morin-Desail­ly (UDI), qui a défendu l’a­mende­ment au Sénat, il s’ag­it d’une « sup­pres­sion incom­préhen­si­ble » qui revient « dans les faits à avalis­er les con­di­tions de vente de Numéro 23 ». Et celle-ci d’a­jouter que, si la sup­pres­sion était main­tenue, « la gauche devra assumer face aux Français d’avoir entériné des pra­tiques par­mi les plus dis­cuta­bles du ‘monde de la finance’ favorisant, qui plus est, l’en­richisse­ment de per­son­nal­ités réputées proches des cer­cles actuels du pou­voir ».

Face au nou­veau tol­lé provo­qué, la ten­ta­tive capote et l’a­mende­ment a eu vite fait d’être réin­tro­duit. Comme M. Macron l’avait annon­cé, celui-ci est de retour avec une forme « mieux adap­tée », porté par le député social­iste Patrick Bloche. Il sanc­tion­nera d’une taxe de 20 % la revente d’une chaîne moins de cinq ans après son attri­bu­tion, de 10% entre cinq et dix ans et de 5% au-delà. Quant au mon­tant lim­ite de la taxe sur la plus-val­ue, il est fixé à 26 %.

Après de mul­ti­ples rebondisse­ments, la réponse lég­isla­tive à ce scan­dale d’É­tat sem­ble donc ressus­citée… à moins qu’un nou­v­el épisode ne survi­enne avant le 14 juil­let, date d’adop­tion défini­tive du texte. Quoi qu’il arrive, cette tax­a­tion, bien que révisée, ne remet aucune­ment en cause une pra­tique dont la fron­tière avec l’e­scro­querie est mince… Après tout, qu’est-ce que 20 % quand on a hérité d’une fréquence publique gra­tu­ite­ment, sans avoir rien investi ou presque ? Pas­cal Houzelot pour­ra en témoign­er.

Au fait : à l’origine, la TNT était cen­sée incar­n­er la démoc­ra­ti­sa­tion de la télévi­sion…

Sur le même sujet

Related Posts

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Michel Denisot

PORTRAIT — Michel Denisot est né en avril 1945 à Buzançais en Indre, il est jour­nal­iste, pro­duc­teur et ani­ma­teur de télévi­sion, il a égale­ment été prési­dent de deux clubs de foot­ball français.

Laetitia Avia

PORTRAIT — Laeti­tia Avia : « Kara­ba la sor­cière, pourquoi es-tu si méchante ? » Née en 1985 à Livry-Gar­gan de par­ents togo­lais, Laëti­tia Avia a con­nu le par­cours qui fait l’orgueil d’une République s’efforçant pénible­ment de main­tenir un sem­blant d’apparences méri­to­cra­tiques.

Patrick Drahi

PORTRAIT — À la tête d’un empire économique colos­sal, Patrick Drahi a com­mencé à s’intéresser aux médias à par­tir des années 2000, rachetant Libéra­tion, L’Express, L’Expansion, Stu­dio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Clas­si­ca, etc., avant de lorgn­er vers le groupe Nex­tRa­dioTV.

Ivanne Trippenbach

PORTRAIT — Ivanne Trip­pen­bach est une jour­nal­iste de L’Opinion qui a fait de “l’extrême-droite” son cheval de bataille, a grand coups de dénon­ci­a­tions choc. Pour dia­bolis­er son adver­saire idéologique, la jour­nal­iste n’est pas à un détail près.

Paul Amar

PORTRAIT — Paul Amar est né le 11 jan­vi­er 1950 à Con­stan­tine (Algérie) de Charles (agent de la SNCF) et Julie Ghenas­sia. La famille sera rap­a­triée en 1961 et s’installera dans la région lyon­naise.