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Bet Channel France ou l’extension du communautarisme noir dans les médias
Publié le 

22 juillet 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Bet Channel France ou l’extension du communautarisme noir dans les médias

Le jeudi 12 juillet 2018, lors des débats relatifs à la réforme de la Constitution, le premier amendement adopté par les représentants du peuple Français supprimait le mot « race » de l’article 1er de la Constitution, et affirmait l’égalité « sans distinction de sexe », autrement dit le rejet des discriminations dites de genre. Ainsi, deux des principaux combats des minorités idéologiques agissantes en France trouvaient un débouché constitutionnel : le féminisme radical, au point d’en être ridicule, l’antiracisme autrefois inventé par Mitterrand et ses amis. Cette première modification de la Constitution prend place dans le cadre d’une réforme constitutionnelle plus large, réforme qui provoque bien des débats, y compris au sujet des deux modifications évoquées. En particulier dans la presse jusque-là très favorable au président de la République actuelle, comme dans Libération, Le Monde ou le Huffingtonpost. Le plus étonnant n’est pourtant pas le fait de retirer le mot « race » de la Constitution, mais plutôt ceci : ce retrait va à l’encontre de tout ce que l’idéologie actuellement dominante et au pouvoir promeut au quotidien, à commencer par la promotion de toutes les identités autres qu’européennes, et du multiculturalisme comme mode de vie. Un exemple ? La chaîne de télévision Bet, qui s’affirme « 100 % noire ».

Il y a des Blancs et des Noirs, oui ou non ?

L’observateur aimerait bien être éclairé à ce pro­pos, tant le décalage paraît grand entre ce qui se pro­duit dans le pays réel (les rues des villes), la société médi­a­tique (ici, Bet) et les votes des députés. Offi­cielle­ment, il n’y a pas de races puisque la Con­sti­tu­tion a été révisée, et le racisme est d’ailleurs un délit ample­ment puni par la loi. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de dif­férences de nature entre les êtres humains. S’il n’y a pas de dif­férences de nature entre les êtres humains, il ne saurait donc y avoir de chaîne de télévi­sion « 100 % noire » ; la chose étant par nature impos­si­ble puisque il n’existe pas d’humains blancs ou noirs mais sim­ple­ment des humains. Pour­tant il y a Bet. On en perdrait presque le peu de latin qui reste, pour peu qu’il en reste.

Bet, c’est quoi ?

Une chaîne de télévi­sion améri­caine, unique­ment con­sacrée à la cul­ture noire et afro, débar­quée en France depuis 2012. D’abord mod­este­ment, sur MTV. Puis de façon autonome, à compter de 2015. La chaîne ne s’intéresse pas aux autres cul­tures, ni aux autres couleurs de peau (couleurs qui pour le coup, du point de vue de Bet, exis­tent bel et bien). Unique­ment à la cul­ture de per­son­nes ayant la peau sup­posé­ment noire, le tout dans un con­texte offi­cielle­ment non racial­iste. Un peu comme lors de la fête de la musique du 21 juin 2018 à l’Élysée. La chaîne dif­fuse des séries, des talk-shows, des doc­u­men­taires, des émis­sions de télé réal­ité, des céré­monies. Comme les « Bet Awards ». Bet, c’est pour « Black Enter­tain­ment Télévi­sion ». Il y a donc ain­si, avec les Awards, dans un monde sans races ni dis­crim­i­na­tions, une télévi­sion unique­ment noire qui organ­ise une céré­monie de récom­pens­es, céré­monie qui ne récom­pense que des per­son­nes noires et parce qu’elles sont noires. En 2015, Téléra­ma con­sid­érait que tout cela était une « bonne nou­velle ». Peu sur­prenant. Au début cepen­dant, Bet man­quait… de Noirs à l’antenne, ce qui a provo­qué une polémique. En par­ti­c­uli­er dans Le Monde, mais dans ses pages… Le Monde Afrique, ce qui tout de même ne manque pas de piquant.

Le temps des héros !

Pour étein­dre le feu, la chaîne fit alors appel à Rokhaya Dial­lo, ce qui est un gage évi­dent d’ouverture d’esprit. La présen­ta­trice s’est sou­vent illus­trée par la finesse de sa réflex­ion, ain­si au sujet des panse­ments, trop blancs de son point de vue. Des panse­ments racistes, en somme. Ce qui évidem­ment laisse per­plexe, dans un con­texte où, la Con­sti­tu­tion l’affirme, les races n’existent pas. Il est vrai que madame Dial­lo con­sid­ère qu’il y a en France un « racisme d’État », tan­dis qu’il ne lui sem­ble pas évi­dent que d’être la tête d’affiche d’une chaîne à voca­tion exclu­sive­ment noire a quelque chose d’un « racisme de média ». Une per­son­nal­ité « racisée » (c’est le vocab­u­laire de ces milieux-là) tra­vail­lant dans un média racial­iste (unique­ment noir) haute en couleur, si l’on ose.

Madame Dial­lo n’est cepen­dant pas la seule star de Bet France. Il y a aus­si l’homme araignée malien, Mamoudou Gas­sama ; le clan­des­tin malien a été filmé en train de récupér­er un enfant sur un bal­con, après avoir escal­adé la façade d’un immeu­ble. Il demandait l’asile poli­tique en France, ce qui ne l’empêche pas d’être ensuite reçu en grande pompe au Mali, son pays natal. Le car­ac­tère excep­tion­nel de cet événe­ment est à not­er : il n’est pas fréquent qu’un « réfugié poli­tique », ayant quit­té son pays d’origine, ici le Mali, pour des raisons… poli­tiques, donc, soit reçu avec tous les hon­neurs par le chef de l’État dont il s’est enfui. Reste que Gas­sama a con­nu d’autres hon­neurs, ceux des 18e Bet Awards 2018, à Los Ange­les, en présence d’une Rokhaya Dial­lo en robe longue. Mamoudou a été primé. Ce dernier lien est intéres­sant à suiv­re, c’est un média mil­i­tant en faveur de la régu­lar­i­sa­tion des clan­des­tins en Europe. En descen­dant sur la page, l’on s’apercevra que le média en ques­tion (Stu­dio Tamani, « toutes le voix du Mali ») est financé par l’Union Européenne, la Suède et la Suisse.

Ain­si, autour de Bet France, tout est racial­isé. Dans un pays qui vient de retir­er le mot race de sa con­sti­tu­tion, qui affirme que les hommes « nais­sent libres et égaux », que les dis­crim­i­na­tions fondées sur la couleur de peau sont un délit, un tel média ne fait-il pas tache ? La couleur au choix de cha­cun et cha­cune.

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