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Quand le CSA lançait un avertissement à Jean-Pierre Pernaut

5 mars 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Quand le CSA lançait un avertissement à Jean-Pierre Pernaut

5 mars 2022

Temps de lecture : 4 minutes

Jean-Pierre Per­nault est décédé le 2 mars 2022, après un dou­ble can­cer, de la prostate puis des poumons. Peu se rap­pel­lent que celui qui était « la voix de la province et des vil­lages » avait fait l’objet d’un aver­tisse­ment par le CSA au print­emps 2017 pour des pro­pos poli­tique­ment incor­rects datant de novem­bre 2016. Nous red­if­fu­sons notre arti­cle du 24 mars 2017 sur le sujet en même temps que le por­trait de celui que beau­coup appelaient famil­ière­ment : Jean-Pierre.

Avertissement du CSA à Jean-Pierre Pernaut : faut-il taire le réel ?

Pre­mière dif­fu­sion le 24 mars 2017

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a exprimé dans une décision mise en ligne mardi 21 mars sur son site des « regrets » concernant des propos tenus par le journaliste Jean Pierre Pernaut pendant le Journal de 13 heures de TF1 le 10 novembre 2016. Il a par ailleurs demandé à la chaine de télévision de veiller à respecter ses engagements vis-à-vis du CSA.

Voici les élé­ments prin­ci­paux de la décision :

« Le jour­nal­iste a indiqué, à la suite d’un reportage sur les sans-abris et en tran­si­tion avec le sujet suiv­ant sur les migrants : “Voilà, plus de places pour les sans-abris mais en même temps les cen­tres pour migrants con­tin­u­ent à ouvrir partout en France” ».

Le CSA rap­pelle que « l’article 9 de la con­ven­tion con­clue entre le Con­seil et TF1 prévoit que “La société veille dans son pro­gramme (…) à respecter les dif­férentes sen­si­bil­ités poli­tiques, cul­turelles et religieuses du pub­lic : à ne pas encour­ager des com­porte­ments dis­crim­i­na­toires en rai­son de la race, du sexe, de la reli­gion ou de la nation­al­ité : à pro­mou­voir les valeurs d’intégration et de sol­i­dar­ité qui sont celles de la République (…)” ».

« Après exa­m­en de la séquence, le Con­seil a regret­té la for­mu­la­tion choisie par le jour­nal­iste, esti­mant que celle-ci était de nature à sous-enten­dre que les migrants seraient priv­ilégiés par les autorités publiques par rap­port aux per­son­nes sans domi­cile fixe. Il a donc con­sid­éré que ces pro­pos pou­vaient encour­ager un com­porte­ment discriminatoire.

Le CSA a dès lors demandé aux respon­s­ables de TF1 de veiller, à l’avenir, à pleine­ment respecter les dis­po­si­tions préc­itées de l’article 9 de sa con­ven­tion ».

Pour mémoire, le CSA a dans ses mis­sions celles « de garan­tir la lib­erté de com­mu­ni­ca­tion audio­vi­suelle en France (…) le respect de l’ex­pres­sion plu­ral­iste des courants d’opin­ion (…) la rigueur dans le traite­ment de l’in­for­ma­tion ». Il peut dans ce cadre adopter des « déci­sions » ou for­muler des rap­pels aux oblig­a­tions des « édi­teurs ou dis­trib­u­teurs ».

Au regard de ces missions et du cahier des charges conclu avec TF1, le commentaire de J. P. Pernaut est-il répréhensible ? La phrase de J.-P. Pernaut est-elle une opinion ou un élément factuel ?

Suite au déman­tèle­ment de la jun­gle de Calais, l’ouverture en 2016 de cen­tres d’accueils et d’orientation (CAO), estimés à 400, exclu­sive­ment dédiés aux migrants est un fait relaté tant par les pou­voirs publics que par la presse. La fréquente sat­u­ra­tion des cen­tres d’hébergement pour les Sans Domi­cile Fixe est égale­ment un élé­ment factuel, comme le relatait Le Parisien en octo­bre dernier.

Si le jour­nal­iste a relevé une dif­férence de traite­ment dans l’accès à l’hébergement d’urgence, ses pro­pos ne con­ti­en­nent pas de souhait de voir les SDF traités de façon plus favor­able que les migrants.

Les dis­posi­tifs mis en place, qui seg­mentent les pop­u­la­tions pré­caires et ne per­me­t­tent pas aux SDF l’accès aux cen­tres d’accueil et d’orientation, sont par con­tre « dis­crim­i­na­toires », dans le sens où l’accueil n’y est pas indif­féren­cié, con­traire­ment à celui dans l’hébergement d’urgence de droit commun.

Avant que la polémique ne prenne de l’ampleur, L’Obs esti­mait en sep­tem­bre 2015 au sujet du « piège de la con­cur­rence » entre « réfugiés ou SDF » que «  ce genre d’op­po­si­tion entre “nou­veaux réfugiés” et pré­caires “déjà sur place” n’est pas totale­ment sans fonde­ment ». Deux témoignages vien­nent appuy­er cette inter­ro­ga­tion : « Tou­jours est-il que l’in­com­préhen­sion gagne cer­tains per­son­nels du Samu social de Paris, “qui chaque jour doivent refuser 150 per­son­nes”, indique son prési­dent Eric Pliez au mag­a­zine “TSA”. “La pénurie crée un effet de tri et de con­cur­rence”, admet Christophe Robert, de la Fon­da­tion Abbé-Pierre, auprès de Rue 89. »

Le Canard enchainé du 16 sep­tem­bre 2015 évo­quait « les migra­tions du dis­cours offi­ciel ». Le jour­nal indi­quait que « O mir­a­cle ! Depuis que Hol­lande trot­tine der­rière Merkel en annonçant l’accueil de 24 000 réfugiés en deux ans, les places d’hébergement se mul­ti­plient. Les asso­ci­a­tions décou­vrent des gise­ments cachés de cen­taines de lits vacants, des maisons de retraite à demi vides, des cen­tres de for­ma­tions inoc­cupés ». « Au total, en ile de France, la pré­fec­ture annonce avoir iden­ti­fié « 26 lieux d’accueil pos­si­bles ». Inter­rogé, le directeur de la Fédéra­tion nationale des asso­ci­a­tions d’ac­cueil et de réin­ser­tion sociale affirme « ça fait des années qu’on nous explique qu’il n’y a pas de places. La moitié des gens qui appel­lent le 115 restent à la rue, et, là, on décou­vre que des bâti­ments publics ou para­publics sont sous util­isés ».

Thier­ry Velu, prési­dent du Groupe­ment Sec­ours Cat­a­stro­phe Français, « pointant du doigt un manque de volon­té poli­tique » s’interrogeait dans un arti­cle de 20 Min­utes pub­lié en novem­bre 2016 inti­t­ulé «  Nord: Les migrants ont-ils été logés au détri­ment des SDF ? » : « « Com­ment se fait-il que l’on ait trou­vé 7 000 places pour les migrants en si peu de temps alors que des per­son­nes dor­ment toute l’année dehors ? ».

La phrase de tran­si­tion de J.P. Per­naut n’était donc pas une opin­ion ni un encour­age­ment à une quel­conque « dis­crim­i­na­tion » mais un élé­ment factuel, con­staté par des pro­fes­sion­nels de l’insertion. Un con­stat sans doute trop poli­tique­ment incor­rect pour le CSA qui mon­tre une fois de plus son par­ti-pris idéologique.

Voir aus­si : Jean-Pierre Per­naut, portrait

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