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Attentats : Quand les médias dénonçaient en bloc « le fantasme de l’infiltration terroriste »

16 novembre 2015

Temps de lecture : 4 minutes
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Attentats : Quand les médias dénonçaient en bloc « le fantasme de l’infiltration terroriste »

Après avoir dénoncé l’hypothèse de terroristes parmi les « réfugiés » ; après avoir moqué et parfois psychiatrisé ceux qui affirmaient l’inverse, c’est désormais le sauve-qui-peut dans les rédactions.

Cer­tains médias bidouil­lent leurs arti­cles écrits durant ces dernières semaines, d’autres les sup­pri­ment car­ré­ment d’Internet, tous s’enferment dans un silence hau­tain et font comme si de rien n’était. Par leur dés­in­for­ma­tion, cer­tains jour­nal­istes sont pour­tant com­plices des atten­tats. Faut-il exiger qu’ils ren­dent des comptes ?

Athènes et Bel­grade ont con­fir­mé que le passe­port syrien retrou­vé à côté d’un kamikaze à Saint-Denis était celui d’un migrant arrivé en Europe par la Grèce et enreg­istré le 3 octo­bre sur l’île de Leros. Du nom de Ahmed Almuhammed, ce can­di­dat au statut de réfugié en Europe avait par la suite été enreg­istré en Ser­bie, puis en Croat­ie, en Autriche, en Alle­magne… avant de se retrou­ver le 13 novem­bre devant le Stade de France, une cein­ture d’explosifs autour de la taille. Les empreintes relevées sur le ter­ror­iste cor­re­spon­dent bel et bien à celles relevées en Grèce si bien que le doute n’est plus pos­si­ble. Deux autres ter­ror­istes auraient effec­tué le même par­cours et cer­tains dirigeants européens n’hésitent plus désor­mais à établir un lien direct entre les atten­tats et la vague de migra­tion que subit l’Europe depuis quelques mois.

Dès juil­let dernier, Michèle Conin­sx, prési­dente de l’agence européenne chargée de la coopéra­tion judi­ci­aire Euro­just avait indiqué à l’agence Asso­ci­at­ed Press avoir été infor­mée de cas de com­bat­tants de l’EI se faisant pass­er pour des réfugiés. Les médias dans leur majorité ont pour­tant choisi de traiter cette infor­ma­tion cap­i­tale comme un « fan­tasme », de nier l’hypothèse pour ne pas don­ner des argu­ments aux « anti-migrants » et de cul­pa­bilis­er ceux qui s’effrayaient légitime­ment de cette pos­si­bil­ité.

Les ter­ror­istes « ne se mêlent pas aux réfugiés » affir­mait ain­si docte­ment Ouest-France le 14 sep­tem­bre dernier. Le jour­nal qual­i­fi­ait car­ré­ment l’hypothèse de « ridicule », tout comme BFMTV s’appuyant sur une parole d’ « expert ». Le 9 sep­tem­bre, Pauline Moul­lot (Libéra­tion) bro­car­dait l’hebdomadaire Valeurs Actuelles qui met­tait en garde con­tre une arrivée de ter­ror­istes par ce biais.

« Le fan­tasme de l’infiltration ter­ror­iste », titrait de son côté France Inter avec cette morgue car­ac­téris­tique des idéo­logues. Au lende­main des atten­tats, dans un acte d’une lâcheté inouïe, la rédac­tion changeait en douce son titre sur Inter­net par « Des ter­ror­istes par­mi les migrants ? », légiti­mant rétroac­tive­ment la ques­tion qu’elle inter­di­s­ait alors. Quel courage de pos­er cette ques­tion le 14 novem­bre après la décou­verte du passe­port ! L’article par­lait de l’hypothèse d’une infil­tra­tion comme d’un « chif­fon rouge agité par l’extrême-droite pour faire peur aux Français ». Était-il telle­ment absurde d’agiter ce chif­fon-rouge ? Est-ce vrai­ment l’extrême-droite qui fait aujourd’hui peur aux Français ? Est-ce l’extrême-droite qui a provo­qué la panique le ven­dre­di 13 novem­bre et vidé les rues de Paris le lende­main ? Aucune réponse de la rédac­tion en ques­tion. « Quand on fait une demande d’asile, on laisse néces­saire­ment ses empreintes », écrivait Géral­dine Hal­lot, l’auteur de l’article, avec le sen­ti­ment d’avoir trou­vé l’argument défini­tif con­tre le « chif­fon rouge ». En effet, le ter­ror­iste a lais­sé des empreintes en Grèce et alors ? Cela ne l’a pas empêche de se faire sauter aux abor­ds du stade de France.

« Com­plé­ment d’enquête », le 15 octo­bre dernier, se moquait de la « para­no hon­groise » en général et de la télévi­sion hon­groise en par­ti­c­uli­er, laque­lle fai­sait bien enten­du œuvre de pro­pa­gande en voy­ant « des ter­ror­istes partout, y com­pris chez les migrants ». Et si c’était « Com­plé­ment d’enquêtes » qui s’était livré à la pire des pro­pa­gan­des en niant l’ampleur de la men­ace pour des raisons de basse idéolo­gie ? « Des ter­ror­istes par­mi les migrants ? Ce fan­tasme sem­ble faire des rav­ages en Hon­grie, notam­ment à la télévi­sion », affir­mait le reportage. Fan­tasme : « pro­duc­tion de l’imagination par laque­lle le moi cherche à échap­per à l’emprise de la réal­ité », explique le Robert. Qui a fan­tas­mé ? Ceux qui affir­maient que des ter­ror­istes se mêlaient aux migrants ou ceux qui affir­maient que c’était un fan­tasme ridicule ? Le 13 novem­bre a apporté la réponse.

Mais celui qui s’est le plus enfon­cé dans ce déni idéologique a une fois de plus été Thomas Guénolé qui dénonçait le 28 sep­tem­bre dans L’Obs « l’islamo-psychose » dans laque­lle avaient selon lui som­bré les Français. Il demandait à ses com­pa­tri­otes de cess­er de « fan­tas­mer », là encore, et tenait les argu­ments de l’infiltration et du dan­ger représen­té par l’islam comme une « une rhé­torique pseu­do-cul­turelle dan­gereuse car elle ne tient absol­u­ment pas compte du réel ». Le poli­to­logue bro­dait ain­si tran­quille­ment sur la psy­chose et le « réel », reje­tant ceux qui voulaient alert­er leurs com­pa­tri­otes sur les risques que fai­sait courir ces migra­tions démentes dans la caté­gorie des malades men­taux : « Con­cept venu de la psy­chi­a­trie, la psy­chose désigne une perte de con­tact avec le réel, au prof­it d’une per­cep­tion fan­tas­mée et déli­rante de la réal­ité. La psy­chose peut par­faite­ment porter sur un thème poli­tique : auquel cas, sous le masque de l’opinion l’on assiste en fait à un cas d’école de trou­bles psy­cho­tique », écrivait-il en effet. Mais au fait : qui a per­du con­tact avec le réel ? Qui a une per­cep­tion déli­rante de la réal­ité en s’imaginant vivre dans le pays des Bisounours ? Le 13 novem­bre, là encore, a apporté la réponse.

Et à présent ? Cer­taines rédac­tions comme RTL font pure­ment et sim­ple­ment dis­paraître leurs arti­cles bro­car­dant le « fan­tasme », d’autres pren­nent laconique­ment acte de la réal­ité de l’infiltration, mais aucune ne s’explique sur cette dés­in­for­ma­tion de masse qui depuis le 13 novem­bre a du sang sur les mains.

Crédit pho­to : file404 via Shutterstock.com

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