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Rachat des Cahiers du cinéma : la rédaction démissionne collectivement

8 mars 2020

Temps de lecture : 2 minutes
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Rachat des Cahiers du cinéma : la rédaction démissionne collectivement

Le mois dernier, nous évoquions la reprise des Cahiers du cinéma par un collectif d’une vingtaine d’actionnaires. Pour protester contre ce rachat, tous les membres de la rédaction ont décidé de quitter leurs postes.

Dans un bref com­mu­niqué en date du jeu­di 27 févri­er, les quinze jour­nal­istes salariés de la célèbre revue ont annon­cé leur démis­sion en invo­quant la clause de ces­sion, dis­posi­tif juridique per­me­t­tant à des jour­nal­istes de par­tir en faisant val­oir leur droit à indem­nités et au chô­mage à l’occasion d’un change­ment de pro­prié­taire du titre où ils exer­cent.

Une dénonciation de l’influence du cinéma français

En par­tant col­lec­tive­ment, les rédac­teurs du men­su­el enten­dent ain­si pro­test­er con­tre la com­po­si­tion du nou­v­el action­nar­i­at, qui mêle à la fois des investis­seurs très présents dans la sphère médi­a­tique et des pro­duc­teurs de ciné­ma influ­ents.

Pour les jour­nal­istes démis­sion­naires, la présence de huit pro­duc­teurs par­mi les repre­neurs risque d’entraîner des con­flits d’intérêts et de porter atteinte à l’indépendance des Cahiers du ciné­ma dans leur rôle de cri­tique.

Le rédac­teur en chef des Cahiers Stéphane Delorme, présent depuis plus de vingt ans au sein du titre, s’est ain­si exprimé sur France Cul­ture pour pré­cis­er la posi­tion de la rédac­tion :

« On ne peut absol­u­ment pas tra­vailler avec des pro­duc­teurs de ciné­ma, on est une revue cri­tique, on est cen­sés être libres, indépen­dants. Avoir par­mi les pro­prié­taire huit pro­duc­teurs posait un prob­lème de con­flit d’intérêts telle­ment énorme qu’il parais­sait impos­si­ble de rester ».

Les jour­nal­istes dénon­cent égale­ment la ligne qui leur a été com­mu­niquée, devant se « recen­tr­er sur le ciné­ma français », et ont à ce titre fait part de leur dés­ap­pro­ba­tion quant à la nom­i­na­tion de Julie Lethi­phu, déléguée générale de la Société des Réal­isa­teurs de Films, au poste de direc­trice générale de la revue.

Out­re la ques­tion des pro­duc­teurs, c’est égale­ment le pro­fil des hommes d’affaires présents au sein du col­lec­tif d’actionnaires qui est con­testé, pour une revue à l’engagement sou­vent très à gauche.

Une reprise en main par l’argent

On retrou­ve ain­si par­mi les vingt action­naires quelques grands patrons et investis­seurs célèbres comme le fon­da­teur de Meet­ic Marc Simonci­ni, le fon­da­teur de Free Xavier Niel (égale­ment action­naire à titre per­son­nel du Monde, Nice-Matin), Gré­goire Cher­tok, ban­quier chez Roth­schild, ou encore Alain Weill, prési­dent du groupe Nex­tRa­dioTV, pro­prié­taire par­tiel (avec Patrick Drahi) entre autres de RMC et BFMTV, et depuis peu de L’Express.

Stéphane Delorme ajoute à ce sujet : « il y a aus­si pas mal d’homme d’affaires dans ce petit con­glomérat et on retrou­ve les mêmes noms que d’habitude, Xavier Niel, Alain Weill. On en a assez que les mêmes rachètent tous les titres de presse », pré­cisant égale­ment « nous, BFM, on en dit du mal à longueur de page, on ne va pas être payés par Alain Weil ».

Avec cette démis­sion col­lec­tive, les jour­nal­istes des Cahiers du ciné­ma enten­dent à la fois dénon­cer un con­glomérat d’actionnaires qu’ils jugent « proches du pou­voir » et refuser d’une manière générale la con­cen­tra­tion des titres entre les mains d’une poignée de pro­prié­taires, qui ne cesse de porter atteinte à la lib­erté d’expression dans son ensem­ble.

Voir notre info­gra­phie sur Xavier Niel et celle sur Alain Weill.

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