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Pub­lié le 26 juillet 2014 | Éti­quettes :

Analyse du JT de France 2 : semaine du 14 au 19 juillet 2014

L'Ojim a regardé le journal de France 2 de 20h pendant la semaine du 14 juillet, un exercice instructif. La plupart des sujets sont traités de manière floue, privant le téléspectateur d'une compréhension globale des thèmes abordés. Le journal fait peu de mises en perspective, d'enquêtes solides, auxquelles il préfère les commentaires de quidam n'offrant aucune valeur ajoutée. Les thèmes sont peu ou pas hiérarchisés, aucune priorité n'est de mise, l'interview du Président le 14 juillet se voyant ainsi reléguée à la 4ème place d'un JT, entre le saut en parachute d'un journaliste et un reportage agroalimentaire... Le journal survole et mélange tout.

4 thèmes ont dominé l'actualité : le sport (Coupe du monde et Tour de France faisant la une en début de semaine au détriment du 14 juillet) pour être rapidement balayés par les événements ukrainiens et palestiniens et, dans une moindre mesure, l'affaire de la condamnation de la candidate FN.

Nombreux ont été les sujets absents ou relégués au second plan : renouvellement de mandat de Bachar El Assad, état du Moyen-Orient, enjeux politiques et politiciens de la réforme territoriale, particularités et difficultés politiques de l'élection de M. Juncker à la tête de la CE.

L'affaire de la chute de l'avion en Ukraine s'avère la plus significative: elle a fait la une du journal les 17, 18 et 19 juillet, la moitié du JT lui étant parfois consacrée. La rédaction adopte une position allant plutôt dans le sens de la diplomatie américaine: de longues minutes sont passées sur les sentiments de M. Obama, tout en balayant d'un revers de la main les « alibis » que M. Poutine essayerait de trouver pour «refuser d'endosser la responsabilité de l'acte » (JT du 18/07). Les mêmes arguments sont répétés chaque jour, établissant une frontière claire entre des « acteurs de la stabilité internationale » (gouvernement de Kiev, administration américaine) et des « agents potentiellement belliqueux » (administration russe, rebelles ukrainiens), ces derniers empêchant apparemment la commission d'enquête internationale de faire son travail (« Les tirs pourraient venir de Russie », JT du 14/07. « Comme toujours le Kremlin dit être victime, et continue de souffler le chaud et le froid », JT du 19/07).

La suspicion du second camp semble établie, alors qu'il aurait été intéressant d'évoquer de même les intérêts du 1er camp d'être à l'origine de l'attaque. Enfin, le JT n'estime pas utile de parler de l'affaire de l'avion abattu par l'Ukraine en 2001, nié puis assumé par cette dernière.

L'analyse concernant Gaza est plus subtile. La rédaction semble avoir fait le choix de minimiser les aspects polémiques du conflit (drames engendrés par l'action d' Israël) et ses conséquences en France (manifestations pro-Palestine violentes, principalement par des éléments issus de l'immigration extra-européenne), et préfère le consensus : elle se concentre ainsi sur quelques images de maisons bombardées et des déclarations de civils de chaque camp appelant à la paix. Est évoquée enfin une guerre entre 2 entités militaires (Tsahal et Hamas), alors que s'opère en réalité un véritable drame humain impliquant des populations civiles. Le nombre de morts dans chaque camp ne nous est pas communiqué. L'émotion prime sur la réelle information.

De même, le traitement des conséquences en France de ce conflit laisse à désirer : le journal du 14 juillet rappelle quelques slogans polémiques des manifestations parisiennes («mort aux Juifs»), quelques « heurts » sont signalés, on est cependant loin du traitement généralement réservé aux manifestations violentes. Aucune information n'est disponible sur le profil des protagonistes (les groupes incriminés, leur origine, leur histoire). Ce journal offrira en revanche l'analyse la plus honnête de la semaine, celui des autres jours se contentant d'évoquer des manifestations pro-palestiniennes, à défaut de mentionner les mises à sac de certains quartiers.

Le samedi soir un soutien clair est affiché en faveur de nouveaux israéliens venant de Paris, « regrettant le climat qui s'est dégradé pour les Juifs en France ». Entre son refus de souligner la présence de populations extra-européennes et la lutte contre l'antisémitisme, la rédaction hésite sur la conduite à tenir.

Concernant l'affaire de l'ex candidate FN le JT donne le sentiment de prendre parti : la réaction du FN est traitée très succinctement, les irrégularités juridiques sont passées sous silence (tribunal dont dépend l'attaquant). L'histoire de l'association Walwari, la légitimité dont elle dispose pour attaquer Mme Leclère, sont autant de questions que la rédaction n'aborde pas. Le spécialiste interrogé, s'il reconnaît une décision exceptionnellement sévère, en soutient la légitimité («condamnation pour l'exemple»).

De façon plus générale, on retiendra le silence éloquent concernant les sifflets du 14 juillet et les interpellations qui suivirent, la politique intérieure étonnamment absente de l'actualité (exemple probant de la réforme territoriale) en passant par la complaisance affichée envers les Femen et leur action à l'Assemblée ou le mutisme des journalistes à propos des problèmes connus par la Police et l'Armée (surprenant en cette semaine du 14 juillet et en dépit des braquages et manifestations violentes), autant d'exemples de désinformation ou de non-dits.

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