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Allemagne : des antifas camouflés en journalistes

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21 septembre 2023

Temps de lecture : 8 minutes
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Allemagne : des antifas camouflés en journalistes

Temps de lecture : 8 minutes

Les photographes radicaux de gauche sont souvent à l’origine d’attaques violentes. Munis de cartes de presse, ils ouvrent la voie au plus près de leurs victimes. Et reçoivent d’importantes subventions. Junge Freiheit a mené une enquête pour savoir d’où ils viennent.

Les extrémistes de gauche veu­lent détru­ire leurs opposants. Et, pour un antifa, est opposant toute per­son­ne qui n’est pas antifa. Vis­ites à domi­cile, men­aces, atteintes cor­porelles sont leur pain quo­ti­di­en. Ils l’af­fichent sur Inter­net. Mais com­ment les auton­o­mistes vio­lents obti­en­nent-ils donc les don­nées per­son­nelles de leurs victimes ?

Entre autres, sous le cam­ou­flage de jour­nal­istes. Car la lib­erté de la presse a un statut con­sti­tu­tion­nel dans l’État qu’ils com­bat­tent. Et sous cette pro­tec­tion, il est pos­si­ble de pren­dre de mag­nifiques pho­tos, d’es­pi­onner et de dénon­cer en pas­sant presque inaperçu.

Pour un antifa, « tout cela n’est pas si difficile »

« Une fois qu’on s’y met vrai­ment, ce n’est pas si dif­fi­cile de faire des recherch­es », déclarait une cer­taine Clara au jour­nal­iste Emil Lar­son du jour­nal nd ‑aktuell (anci­en­nement Neues Deutsch­land – Jour­nal appar­tenant à Die Linke, par­ti poli­tique d’ex­trême gauche. Neues Deutsch­land était l’or­gane offi­ciel du par­ti com­mu­niste de la RDA. N.d.t.). Son arti­cle sur les « groupes de recherche antifas­cistes » date de trois ans, mais plusieurs affir­ma­tions restent intéres­santes. Les antifas, expli­quait Clara, exer­cent dif­férentes pro­fes­sions dans leur vie civile.

Ils sont entre autres employés de banque, menuisiers et étu­di­ants. En rai­son de leur par­cours pro­fes­sion­nel, ils dis­posent d’un excel­lent accès aux don­nées per­son­nelles, bien au-delà des adress­es enreg­istrées, ou, du fait de leurs études, ils pos­sè­dent « cer­taines com­pé­tences informatiques ».

Techniques du ministère de la Sécurité de l’État de la RDA

Les antifas con­nais­sent, en par­tie grâce à leur expéri­ence per­son­nelle, la sit­u­a­tion finan­cière et famil­iale de la per­son­ne sur­veil­lée par les extrémistes de gauche. Le motif de leurs actions, ain­si qu’ils l’af­fir­ment, est d’at­tir­er l’at­ten­tion sur les vic­times afin de les exclure de la société et ain­si de les met­tre en insécu­rité. Ils sont heureux que ceux qu’ils ont dénon­cés, ostracisés, ne puis­sent même plus com­man­der une tasse de café.

Cette incer­ti­tude amèn­erait alors leurs vic­times à aban­don­ner leur tra­vail poli­tique. Reste à savoir s’il s’agit d’un vœu pieux de la part des extrémistes de gauche ou si cela cor­re­spond à la réal­ité : il s’agit en fait de la mise en œuvre de la direc­tive 1/76 du min­istère de la Sécu­rité de l’État de l’ex-RDA.

Effet haut-parleur des annonces sur Internet

Ces sbires de la vio­lence antifa utilisent une méth­ode en deux étapes. Vient tout d’abord le « tar­get­ing ». Le mot anglais : tar­get , la cible ; le « tar­get­ing » équiv­aut donc à pren­dre pour cible, à mar­quer et cibler une vic­time. Des extrémistes de gauche déguisés en jour­nal­istes pho­togra­phient les per­son­nes qui attirent leur atten­tion lors de man­i­fes­ta­tions, d’événe­ments ou à des stands de cam­pagnes élec­torales. Les pho­tos sont alors pub­liées sur Inter­net avec une demande d’i­den­ti­fi­ca­tion des personnes.

Vient ensuite la touche finale, le « dox­ing ». Un autre terme anglais. Docs sig­ni­fie doc­u­ments, famil­ière­ment, « dox ». Le « dox­ing » désigne la col­lecte de don­nées per­son­nelles sur Inter­net. Ces don­nées sont ensuite pub­liées sans le con­sen­te­ment de la per­son­ne concernée.

Les antifa disposent d’un « réseau très uni de partisans »

Comme l’ex­plique le rap­port de l’Of­fice de pro­tec­tion de la Con­sti­tu­tion du Land de Saxe-Anhalt pour 2020, à la page 161 : « Dans le con­texte de l’an­tifas­cisme, les extrémistes vio­lents de gauche n’agis­sent pas en vase clos, mais peu­vent s’ap­puy­er sur un réseau de sou­tien très uni. En con­séquence, les attaques d’extrême gauche sont dev­enues de plus en plus vio­lentes et per­son­nelles ces dernières années. Les vic­times sont spé­ci­fique­ment recher­chées afin d’être attaquées dans leur envi­ron­nement personnel. »

Con­di­tion préal­able à cela, avant tout : les « recherch­es antifas­cistes ». Il s’ag­it de cam­pagnes d’es­pi­onnage qui per­me­t­tent notam­ment de rechercher l’adresse, l’employeur et les con­di­tions de vie d’ex­trémistes de droite pré­sumés ou avérés, puis de les pub­li­er à des fins de stigmatisation.

Les antifa évoluent à la limite de la légalité

Ces « équipes de recherche » agis­sent prin­ci­pale­ment sur Inter­net, util­isant néan­moins égale­ment des méth­odes d’ob­ser­va­tion clas­siques. « Les actions de ces équipes sont à la lim­ite de la légal­ité, car il n’est pas rare que l’op­posant poli­tique soit espi­onné lors d’ac­tiv­ités sous cou­vert de « documentation ».

Les « équipes de recherche » pho­togra­phient à la fois les par­tic­i­pants et leurs plaques d’im­ma­tric­u­la­tion, et les pub­lient ensuite à des « fins de doc­u­men­ta­tion » sur des blogs créés spé­ciale­ment à cet effet, comme par exem­ple sur le por­tail de la scène extrémiste de gauche de la ville de Halle, le « Por­tail d’in­for­ma­tion antifa Baisse ton pan­talon ». À l’aide de por­traits détail­lés, les par­tic­i­pants doivent être iden­ti­fiés. Ils sont ensuite « démasqués » publique­ment, par le biais d’af­fich­es ou sur Internet.

L’im­por­tance des con­nais­sances infor­ma­tiques pour le tra­vail des extrémistes de gauche se con­state sur la « plate-forme de recherch­es EXIF ​​», d’ex­trême gauche : «  Les don­nées EXIF sont des méta­don­nées telles que la date, l’heure, le temps d’ex­po­si­tion ou les coor­don­nées géo­graphiques qui sont automa­tique­ment stock­ées en images numériques. En bref : EXIF met l’im­age en texte. L’un des élé­ments con­sti­tu­tifs les plus impor­tants de la recherche antifas­ciste est la col­lecte et l’évaluation d’images. Les man­i­fes­ta­tions, réu­nions, ren­con­tres etc. sont analysées et liées aux infor­ma­tions existantes. »

Les cartes de presse donnent un accès rapide

Afin d’obtenir des por­traits nets des vic­times et de les iden­ti­fi­er, le pho­tographe doit se rap­procher — ce qui peut être dif­fi­cile lors des man­i­fes­ta­tions. Une carte de presse facilite grande­ment le tra­vail, per­me­t­tant d’aller de man­i­fes­tants à con­tre-man­i­fes­tants, en pas­sant et repas­sant par les bar­rières de police. Ils doivent mon­tr­er leur carte de presse aux agents.

S’ag­it-il de cartes de presse véri­ta­bles ? On en trou­ve sur Inter­net pour un peu moins de 25 euros, comme arti­cles de farces et attrapes, des­tinés unique­ment à un usage privé. Le porte-parole de l’As­so­ci­a­tion alle­mande des jour­nal­istes (DJV), Hen­drik Zörn­er, a déclaré à Junge Frei­heit qu’il igno­rait com­plète­ment l’u­til­i­sa­tion abu­sive de la carte de presse nationale par des extrémistes. « Je ne suis au courant d’au­cun cas » a‑t-il déclaré au télé­phone. En out­re, les policiers seraient for­més pour recon­naître les faux papiers.

Un com­men­taire de févri­er 2019 dresse un tableau dif­férent. Le même Zörn­er y cri­tique l’utilisation abu­sive de la carte de presse – à droite. Les nazis utilis­eraient de faux papiers lors des man­i­fes­ta­tions pour pénétr­er dans les zones bar­rées et tabass­er les gauchistes. De plus, la police serait sou­vent inca­pable de recon­naître les fauss­es cartes de presse.

Selon les infor­ma­tions de Junge Frei­heit cepen­dant, il y aurait eu au moins un soit-dis­ant jour­nal­iste muni d’une fausse carte de presse lors de la man­i­fes­ta­tion du 1er mai à Berlin cette année.

Financement grâce à des fondations et des subventions du gouvernement fédéral

Ces antifas cam­ou­flés en jour­nal­istes ont aus­si une autre tâche. Ils sont cen­sés fournir des pho­tos « choc » des man­i­fes­ta­tions. Rien de plus sim­ple pour eux puisqu’ils peu­vent pho­togra­phi­er en toute sécu­rité, en direct, faisant par­tie eux-même des man­i­fes­tants. Les images sont ensuite pub­liées sur dif­férents blogs sur Inter­net, ces col­lec­tions de pho­tos idéal­isant la man­i­fes­ta­tion. Un mar­ket­ing intel­li­gent en soi. Bien enten­du, toutes les per­son­nes pho­tographiées sont ren­dues méconnaissables.

Et les médias grand pub­lic eux aus­si aiment fouiller dans ces col­lec­tions, à la recherche de matériel iconographique.

Les antifas béné­fi­cient égale­ment de la for­ma­tion con­tin­ue. La Linke Medi­en­akademie (LiMA)/L’Académie des médias de gauche, pro­pose des cours et des con­férences : « Notre objec­tif est de pro­mou­voir des per­spec­tives cri­tiques et éman­ci­patri­ces dans les médias. » Inter­vi­en­nent des con­férenciers et des inter­locu­teurs de renom tels que Emi­ly Laquer, dev­enue célèbre comme porte-parole des par­tic­i­pants aux émeutes frisant la guerre civile lors du som­met du G20 à Ham­bourg en 2017.

Emi­ly Laquer appar­tient à la « Gauche inter­ven­tion­niste (IL) post-autonome et ori­en­tée vers la vio­lence », selon un rap­port des Affaires intérieures de Ham­bourg. Il y est dit à pro­pos de ce mou­ve­ment : « Grâce à un tra­vail d’al­liance tac­tique et stratégique ciblé avec des non-extrémistes, par exem­ple sur la ques­tion du G20, ils assurent la mise en con­tact de l’ag­i­ta­tion extrémiste de gauche au-delà des struc­tures extrémistes de gauche. » Par ailleurs, la LiMA/Académie des médias de gauche a été financée en 2022 par la Fon­da­tion Rosa-Lux­em­burg à hau­teur de 60.000 euros, rece­vant par ailleurs 22.000 euros du Fonds Socio-cul­turel, ce dernier étant à son tour financé par la com­mis­saire du gou­verne­ment fédéral à la cul­ture et aux médias

Source : Junge Frei­heit, 20/08/2023. Tra­duc­tion : AC

Voir aus­si : Les romances antifas dans les médias de grand chemin

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