Projet contre les ingérences, observatoire de la désinformation, contrôle d’âge, blocage de contenus et surveillance des messageries, expulsion de Xenia Fedorova : avant 2027, l’extrême-centre promet de protéger les citoyens. Leur addition dessine pourtant un espace informationnel toujours plus étroitement encadré.
Vous n’arrivez plus à suivre ? L’Ojim fait le point. En quelques semaines, le bloc central a multiplié les initiatives contre les influences étrangères, les discours haineux ou l’exposition des enfants. Le point commun de toutes ces mesures : la limitation de la liberté d’expression sous couvert de la protection d’une catégorie de personnes.
Des ingérences étrangères…
Déposé au Sénat le 22 juillet en procédure accélérée, le projet du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez doit créer un référé permettant de retirer des contenus « manifestement inexacts ou trompeurs » portant gravement atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Il étend le référé électoral à tous les scrutins et triple les peines, jusqu’à six ans lorsqu’un intérêt étranger est servi. Une commission dirigée par des hauts fonctionnaires du Conseil d’État et pourra aussi alerter publiquement candidats et électeurs.
… aux « ingérences intérieures »
La formule du député centriste Laurent Lafon du 9 juillet dernier a suscité une vive levée de boucliers. C’est sûr, elle amalgame l’opposition numérique nationale à des attaques informationnelles d’États hostiles. L’arsenal répond déjà à de réelles opérations de déstabilisation, mais ce rapport sénatorial sur les « zones grises de l’information » élargit le regard aux « manipulations internes ». La proposition d’un « Observatoire de la désinformation » ont nourri la crainte d’une « bureaucratie de la vérité ».
Réseaux sociaux : protéger les enfants, contrôler les adultes
La « majorité numérique » votée le 21 juillet interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Pour l’appliquer, les plateformes devront contrôler l’âge de leurs utilisateurs. Emmanuel Macron a récemment internationalisé sa campagne : il a salué le 24 juillet le projet vietnamien d’interdire aux moins de 16 ans de publier ou commenter par un enthousiaste « Thanks for joining the movement », félicitant ainsi un régime pas franchement aligné sur les « valeurs » européennes.
La note de communauté sur le réseau social est éclairante à ce propos : « Le Vietnam musèle les médias, emprisonne les opposants politiques et pratique la torture à leur encontre. »
✅ Thanks for joining the movement. https://t.co/jtoH1Zf0Pt
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) July 24, 2026
Chat Control : l’enjeu du scan des échanges
À Bruxelles, la même rhétorique protectrice accompagne « Chat Control ». Le Conseil a rétabli jusqu’en avril 2028 la dérogation permettant un « scan » des messageries pour détecter les contenus pédocriminels. Les communications chiffrées de bout en bout sont exclues de cette mesure temporaire, mais le cadre permanent reste négocié. L’objectif est légitime… En revanche, l’accoutumance au scan des échanges est moins légitime.
La presse dans le périmètre
Le projet de loi « de cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », porté par Aurore Bergé, a été présenté en Conseil des ministres le 9 juillet 2026. Il s’agit d’un texte de 10 articles, distinct de la proposition de loi Yadan (retirée en avril 2026 après de fortes critiques). Il vise à renforcer la responsabilité pénale des personnes morales et les outils de poursuite contre le racisme et l’antisémitisme, tout en élargissant certaines mesures au-delà de l’antisémitisme seul.
C’est une réforme des délits de presse, prévoyant le blocage ou le déréférencement des contenus illicites. Le Conseil d’État a même écarté certaines dispositions initiales, estimant qu’elles risquaient de porter une atteinte « disproportionnée » à la liberté d’expression.
L’examen parlementaire est prévu pour octobre à l’Assemblée.
L’Arcom veut contrôler les créateurs de contenu
Le 28 juillet, le président de l’Arcom, Martin Ajdari, révélait sur Sud Radio vouloir « un regard nouveau sur le rôle des créateurs de contenu ».
Alors que la présidentielle 2027 se prépare, l’autorité audiovisuelle envisage de « regarder ceux qui ont la plus grande influence », pour leur imposer les règles d’équilibre et de modération dans le traitement de la campagne.
CNews dans le viseur
Le lendemain, le gendarme de l’audiovisuel infligeait une amende de 200 000 euros à CNews pour des propos jugés discriminants d’Erik Tegner sur l’immigration, six semaines après une mise en demeure pour des émissions trop « univoques ». Cette décision marquait déjà une… ingérence inédite dans la ligne éditoriale d’un média privé.
Le média de Vincent Bolloré a accumulé 63 sanctions depuis 2017, pour un total de 830 000 euros. L’Ojim a dévoilé dans deux études exclusives la partialité de l’Arcom à l’égard de LCI, France Info et BFM TV, moins visées que CNews.
Une partialité que l’autorité veut désormais appliquer aux créateurs de contenu ? Une nouvelle mission parlementaire devrait plaider dès septembre pour élargir ses prérogatives : La députée écologiste Sophie Taillé-Polian, corapporteure, regrettait en juin dernier que l’autorité s’était « longtemps restreinte à une conception passive de son rôle de régulation » et que « la loi devrait lui imposer d’agir de manière positive ».
L’expulsion de Xenia Fedorova
Ancienne directrice de RT France, Xenia Fedorova a été visée depuis le printemps par une intense campagne médiatique. Elle a reçu le 29 juillet 2026 un arrêté d’expulsion du territoire français. Les autorités lui reprochent de relayer sur CNews la « propagande du Kremlin » et de constituer une « menace particulièrement grave pour l’ordre public ». Selon l’arrêté, son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État. La chroniqueuse, présente en France depuis 2017, intervenait régulièrement dans la presse du groupe Bolloré. Assignée à résidence, elle doit pointer quotidiennement au commissariat et ne peut plus travailler. Son titre de séjour a été retiré de facto et ses avoirs ont été gelés. Son avocat a immédiatement formé un recours, dénonçant une atteinte à la liberté d’expression.
Olivier Frèrejaques
Voir aussi : Expulsion de Xenia Fedorova : rideau de fer sur le pluralisme

