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Rachat du Telegraph : comment Axel Springer a mis en échec les Émiratis

9 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Les con­quêtes d’Abu Dhabi dans l’univers médi­a­tique occi­den­tal vien­nent d’essuyer un énième échec. Mal­gré tous les sig­naux de « bonne con­duite » et d’allégeance qu’ils ne cessent d’envoyer à leurs alliés occi­den­taux, au risque de s’attirer les foudres des Arabes, il y a des domaines où les Emi­ratis ne passent pas.

Les Émi­ratis ne s’étaient pas encore remis du coup de masse qu’ils avaient reçu, fin mai dernier, avec la rup­ture bru­tale qui s’était pro­duite entre le bri­tan­nique Sky News et Sky News Ara­bia. Les voici qui doivent faire face à un nou­veau revers.

Après avoir pos­tulé depuis plus de deux ans pour racheter le pres­tigieux titre lon­donien The Tele­graph, le groupe améri­cano-émi­rati Red­Bird IMI (con­trôlé à 75 % par l’émirati IMI) a été con­traint de céder sa place à un puis­sant groupe alle­mand, Axel Springer.

La genèse

Il faut savoir que Red­Bird IMI avait repris la dette des anciens pro­prié­taires bri­tan­niques, mais n’a pas pu finalis­er le rachat, suite à une cam­pagne acharnée menée par des poli­tiques et des députés hos­tiles à tout investisse­ment étranger dans la presse locale, sous pré­texte que cela en influ­encerait les lignes éditoriales.

Ceux-ci arguaient du fait que les Émi­rats arabes unis, prin­ci­pal action­naire du groupe, affichaient un bilan « peu glo­rieux » en matière de droits de l’homme et de lib­erté d’expression (voir notre arti­cle paru en juin 2025).

Mais ce n’est pas le cas avec les Alle­mands ! De guerre lasse, Red­Bird IMI a accep­té l’offre d’Axel Springer. En moins de deux mois, ce dernier, assuré du feu vert de Lon­dres (mais aus­si de Vienne et de Dublin), a annon­cé avoir bouclé l’opération, le 30 juin dernier, en ver­sant 575 mil­lions de livres au groupe américano-émirati.

La direc­tion a été la pre­mière à s’en réjouir : « Le Tele­graph est enfin en sécu­rité sous la direc­tion ambitieuse d’Ax­el Springer », a écrit le quo­ti­di­en lon­donien dans un éditorial.

Qui est Axel Springer ?

Fondé en 1946 à Berlin, Axel Springer est devenu l’un des plus puis­sants groupes de presse européens, avec plus de 10 000 salariés et une présence dans plus de 25 pays.

Il compte des titres emblé­ma­tiques tels que le tabloïd Bild, le quo­ti­di­en Die Welt, ain­si que plusieurs mar­ques numériques inter­na­tionales telles que Politi­co, Busi­ness Insid­er, Morn­ing Brew ou encore la coen­tre­prise polon­aise avec Ringi­er (Fakt, Newsweek, Onet…).

Cette acqui­si­tion du Tele­graph con­stitue l’un des plus vastes investisse­ments de son his­toire, après le rachat du site d’information améri­cain Politi­co pour env­i­ron 1 mil­liard de dol­lars en 2021.

Il est à not­er, par ailleurs, que le groupe alle­mand a devancé une offre con­cur­rente du pro­prié­taire du Dai­ly Mail (DMGT), qui espérait lui aus­si met­tre la main sur le Tele­graph avant d’être pris de court par la propo­si­tion d’Axel Springer.

Axel Springer promet d’injecter des moyens dans le développe­ment numérique, les abon­nements et l’offre événe­men­tielle du Tele­graph, tout en réaf­fir­mant la « préser­va­tion de l’indépendance édi­to­ri­ale » de la rédaction.

Une crise de confiance 

Cette affaire a sus­cité de nom­breuses réactions.

Les médias émi­ratis se sont emparés de cet énième affront pour régler des comptes avec leurs « amis » bri­tan­niques. Min­imisant la déroute des Emi­ratis dans cette affaire, l’incontournable Sky News Ara­bia s’est con­solé en avançant que la vente du Tele­graph par Red­Bird IMI au groupe alle­mand était, au con­traire, une bonne affaire. En ven­dant pour 575 mil­lions de livres, celui-ci a engrangé 75 mil­lions de bénéfice.

Du côté de la presse proche de Doha (tou­jours à l’affût du moin­dre faux pas des frères enne­mis d’Abu Dhabi), Arabi21 estime que l’échec des Émi­rats à acquérir le Dai­ly Tele­graph s’ex­plique par « une forte oppo­si­tion poli­tique au Roy­aume-Uni ». Ce site trou­ve légitimes les réserves for­mulées par la classe poli­tique bri­tan­nique sur le choix d’un pays « dont le pal­marès en matière de la lib­erté de la presse est des plus sombres. »

De son côté, Al-Jazzera, qui ne rate pour­tant pas l’occasion de car­i­ca­tur­er la poli­tique émi­ratie, rap­pelle que le nou­veau pro­prié­taire de Tele­graph (et de Politi­co, entre autres) a récem­ment réu­ni ses jour­nal­istes pour les met­tre devant un choix : « Soutenir Israël ou démis­sion­ner » !  Une allu­sion à une polémique récente autour de Math­ias Döpfn­er, le PDG d’Axel Springer. Fin avril, lors d’une réu­nion interne ten­due à Politi­co, des jour­nal­istes ont accusé ce dernier d’utiliser le média pour pro­mou­voir un agen­da poli­tique per­son­nel, notam­ment via ses édi­to­ri­aux très pro-israëliens et pro-améri­cains dans le con­texte des con­flits au Moyen-Ori­ent. Döpfn­er a répon­du claire­ment lors de la réu­nion, un enreg­istrement audio ayant fuité : le sou­tien à Israël fait par­tie des valeurs fon­da­men­tales non négo­cia­bles du groupe. Si un jour­nal­iste ne partage pas celles-ci, il devrait démis­sion­ner et tra­vailler ailleurs.

Les jour­nal­istes du Tele­graph sont prévenus.

Mus­sa A., cor­re­spon­dant de l’O­jim en zone MENA

Voir aus­si : Dif­fu­sion de RT dans l’UE : l’interdiction éten­due aux sites gra­tu­its, selon la Cour de justice

 

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