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La presse allemande sur la sellette ?

31 juillet 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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La presse allemande sur la sellette ?

[Pre­mière dif­fu­sion le 5 avril 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

Comme en France de plus en plus d’Allemands se méfient de la presse de leur pays, une presse en perte de vitesse et surtout de prestige. Mensonges, manque de pluralisme, carences dans la vérification des sources, tous ces facteurs expliquent la baisse de confiance des lecteurs.

La presse alle­mande jouis­sait depuis 1945 d’une répu­ta­tion de sérieux et d’un pres­tige indé­ni­ables. Ce n’est pas que la con­cen­tra­tion y fasse com­plète­ment défaut : on se rap­pellera du groupe de presse Springer, qui con­trôle tout de même 180 jour­naux et mag­a­zines nationaux et régionaux, dont le fameux tabloïd Bild Zeitung, infor­mant entre 20 et 25% des Alle­mands. Et on se sou­vient aus­si de la vin­dicte que la gauche et l’extrême-gauche alle­man­des ont tou­jours vouée à Axel Springer (1912–1985), homme résol­u­ment con­ser­va­teur voire réac­tion­naire, vis­cérale­ment anti­com­mu­niste et anti-intel­lectuel, vin­dicte qui a trou­vé dans le fameux roman L’honneur per­du de Katha­ri­na Blum de Hein­rich Böll et le film homonymes de Rain­er-Wern­er Fass­binder son point cul­mi­nant.

La majorité des jour­naux alle­mands reste cepen­dant – à la dif­férence de leurs homo­logues français – indépen­dants grâce à un élec­torat dis­per­sé, à des tirages très supérieurs à ceux de la presse française et à de bons équili­bres financiers. La presse alle­mande ne survit pas comme en France grâce aux seules sub­ven­tions directes et indi­rectes des con­tribuables.

Et pour­tant cela grince dans les chau­mières des lecteurs depuis quelques temps déjà, et notam­ment depuis qu’une presse de réin­for­ma­tion, iné­gale mais de plus en plus audi­ble, a fait son appari­tion notam­ment sur Inter­net. Le terme de « Lügen­presse » (presse men­songère), qui a été usité par tous les opposants aux régimes alle­mands en place depuis 1848, est revenu en force sur le devant de la scène. Et les jour­nal­istes pincés de rap­pel­er que ce terme a « sou­vent été par le passé util­isé par les extrêmes » et de se défendre de tout man­que­ment.

Mais qu’en est-il vrai­ment ? Pour en avoir le cœur net, le quo­ti­di­en Die Zeit (« Le temps ») a fait réalis­er, il y a quelques mois déjà, une enquête auprès du pub­lic par l’institut infrat­est dimap. Die Zeit n’est pas un des « trois grands » quo­ti­di­ens alle­mands (qui sont FAZ, Die Welt et Süd­deutsche Zeitung). Il fait par­tie, avec un tirage de tout de même près de 500 000 exem­plaires, du deux­ième rang seule­ment des quo­ti­di­ens nationaux alle­mands. Il présente aus­si quelques car­ac­téris­tiques uniques : il est excep­tion­nelle­ment épais, donne la parole à plusieurs opposants dans le cadre de débats con­tra­dic­toires, et est l’un des seuls jour­naux à ne pas s’afficher « unab­hängig » (indépen­dant) et « unparteilich » (non par­ti­san). Dirigé pen­dant des décen­nies par l’ancien chance­li­er fédéral Hel­mut Schmidt (1983–2015), il n’a en effet jamais caché ses sym­pa­thies sociales-démoc­rates.

Les résul­tats sont clairs et dépassent large­ment le prob­lème d’une frange extrémiste mar­ginale : le fait est que la méfi­ance d’une vaste frange du pub­lic alle­mand vis-à-vis des médias croît. Les Alle­mands s’informent en effet majori­taire­ment en regar­dant la télévi­sion ; en sec­ond lieu en lisant la presse et en troisième posi­tion sur Inter­net, où les qual­ités sont très vari­ables.

Si les médias écrits con­ser­vent donc un atout indé­ni­able, le ver est bel et bien dans le fruit : 60% des per­son­nes inter­rogées n’ont en effet aucune con­fi­ance (53%) ou seule­ment une con­fi­ance lim­itée (7%) dans la presse écrite con­tre 40% de per­son­nes con­fi­antes. La con­fi­ance a bais­sé chez 25% des gens au cours de ces dernières années. Les caus­es de la méfi­ance gran­dis­sante du grand pub­lic sont encore plus inquié­tantes car elles touchent à la qual­ité et au sérieux : 27% per­son­nes inter­rogées esti­ment en effet que l’information est volon­taire­ment biaisée et manip­ulée, ou bien uni­latérale (20%). 15% des per­son­nes inter­rogées esti­ment que cer­taines recherch­es sont mal faites ou insuff­isantes.

Et pour­tant, 10% seule­ment des Alle­mands esti­ment que leur presse n’est pas indépen­dante. C’est donc bien la chape de plomb du « poli­tique­ment cor­rect » qui est en cause… Les con­traintes économiques obligeront-elles les jour­naux alle­mands à révis­er leur posi­tion ? C’est en fait ce que sous-entend Die Zeit, en pub­liant des résul­tats qui décon­seil­lent de se con­tenter de jeter l’anathème sur ceux qui par­lent de « Lügen­presse ». Car le mal est pro­fond.

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