Accueil E Veille médias E Diffusion de RT dans l’UE : l’interdiction étendue aux sites gratuits, selon la Cour de justice

Diffusion de RT dans l’UE : l’interdiction étendue aux sites gratuits, selon la Cour de justice

8 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Dans une déci­sion qui durcit les sanc­tions européennes, la CJUE a jugé le 2 juil­let que l’interdiction de dif­fu­sion des con­tenus de RT, en vigueur depuis mars 2022, s’applique désor­mais aus­si aux sites inter­net publics et gra­tu­its. Une inter­pré­ta­tion large de la notion d’« opéra­teur » qui vise à fer­mer les brèch­es par lesquelles cir­cu­laient les infos pro­duites par les médias russ­es, mais qui soulève de vives inquié­tudes sur l’ex­ten­sion d’un droit d’ex­cep­tion au sein de l’UE.

La diplo­matie russe a réa­gi au quart de tour. Le jour même de la déci­sion, Maria Zakharo­va, sa porte-parole, a qual­i­fié l’arrêt de « grave vio­la­tion des droits de l’Homme » et d’exemple de « per­sé­cu­tion judiciaire ».

Les sanc­tions visant Rus­sia Today (RT) ont en effet été clar­i­fiées… et ren­for­cées. Dans un arrêt ren­du le 2 juil­let, la Cour de jus­tice de l’Union européenne a estimé que l’interdiction de dif­fu­sion des con­tenus visant le média pub­lic russe, en vigueur depuis mars 2022, s’appliquait désor­mais explicite­ment aux sites inter­net publics gratuits.

Bien sûr, de nom­breux comptes, que cela soit sur X ou Telegram, ont été relancés sous de nou­veaux noms par les médias publics russ­es depuis 2022, pour con­tourn­er la cen­sure. Mais cette déci­sion vise les par­ti­c­uliers, fer­mant une brèche dans laque­lle s’était engouf­fré le pub­lic de RT au sein de l’UE. Au risque de porter une nou­velle atteinte à la lib­erté d’expression.

Un élargissement de la notion d’opérateur

À l’origine, cette déci­sion fait suite à une procé­dure pénale engagée pour « asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs » en Alle­magne con­tre trois per­son­nes, accusées d’avoir pub­lié à trois repris­es des vidéos de la chaîne RT Deutsch­land sur un site web libre d’accès, quoique financé par des dons, « Trau­gott-Ickeroth » ayant levé 60 000 euros de 2022 à 2023.

La CJUE a tranché, esti­mant que l’interdiction de dif­fu­sion visant RT visait tous les opéra­teurs. La notion d’« opéra­teur » a ain­si été définie de manière par­ti­c­ulière­ment large. Elle englobe selon la Cour « toute per­son­ne », physique ou morale, qui serait « respon­s­able, directe­ment ou indi­recte­ment, de la mise à dis­po­si­tion des con­tenus inter­dits ». Sont aus­si con­cernées les activ­ités non rémunérées ou l’exploitation d’un site Inter­net financé par des dons, sans que « l’étendue ni la durée de la dif­fu­sion effec­tuée » n’ait d’importance.

Une inter­pré­ta­tion large qui vise à empêch­er « la dif­fu­sion de la pro­pa­gande mise en place par la Russie » et à pro­téger « l’ordre et la sécu­rité publics de l’UE », selon les juges.

En Alle­magne, les prévenus risquent jusqu’à cinq ans de prison. On notera au pas­sage que la jurispru­dence alle­mande estime déjà, depuis plus de quar­ante ans, qu’évoquer un fait erroné ne relève pas de la lib­erté d’expression, ce qui réduit la défense des intéressés. En France, le scé­nario d’un blocage du site par l’Arcom, éventuelle­ment assor­ti d’une amende, serait privilégié.

Une extension du « droit de la guerre hybride »

Bien sûr, la déci­sion a aus­si ses par­ti­sans, heureux de voir « les con­tourne­ments de la pro­pa­gande russe » con­tre­car­rés. « RT n’est pas un média comme les autres, c’est un out­il du Krem­lin », assènent-ils.

Reste que le flou qui entoure la déci­sion ne ras­sure guère. « Cen­sure numérique : pub­li­er du con­tenu de RT mèn­era-t-il en prison ? » s’est inter­rogé @sergiodde : « Un sim­ple partage de vidéo peut désor­mais con­duire devant les tribunaux. »

Rap­pelons qu’à l’origine, les sanc­tions visant RT avaient été pris­es par la Com­mis­sion sans la moin­dre procé­dure judi­ci­aire. « Les procé­dures de sanc­tions n’ex­i­gent aucune preuve de la part des gou­verne­ments, lais­sent peu de chances aux per­son­nes visées de se défendre devant les tri­bunaux et peu­vent avoir des con­séquences désas­treuses sur leurs moyens de sub­sis­tance », rel­e­vait l’éditorialiste Matthew Pet­ti dans la revue lib­er­tari­enne améri­caine Rea­son Mag­a­zine.

On observe désor­mais aisé­ment l’élargissement con­tin­uel du champ de la « lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion », qui va de pair avec le con­cept de « guerre hybride », pour jus­ti­fi­er des mesures excep­tion­nelles au sein de l’UE. Un droit d’exception qui devient la norme ?

En Russie, Vladimir Pou­tine a signé le 4 mars 2022, dans la foulée des inter­dic­tions européennes visant les médias russ­es, une loi inter­dis­ant la dif­fu­sion d’in­for­ma­tions « délibéré­ment fauss­es » sur les forces armées. De nom­breux médias occi­den­taux (la BBC, CNN, Voice of Amer­i­ca, France 24) ont été blo­qués par le régu­la­teur Roskom­nad­zor le même mois.

 

Édouard Chan­ot

Voir aus­si : ÉTUDE INÉDITE. Plu­ral­isme dans l’audiovisuel : com­ment l’Arcom a fer­mé les yeux sur LCI et France Info

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