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Covid : la CEDH soutient l’Arcom contre CNews

23 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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La Cour européenne des droits de l’homme estime que l’Arcom avait rai­son de met­tre CNews en demeure après une inter­view du pro­fesseur Chris­t­ian Per­ronne en 2021. Une déci­sion ren­due par cinq voix con­tre deux, qui valide l’intervention du régu­la­teur, en dépit d’un véri­ta­ble désac­cord entre les juges.

La CEDH a con­clu, le 18 juin, à l’absence de vio­la­tion de la lib­erté d’expression de CNews. La procé­dure con­cer­nait une émis­sion de novem­bre 2021 durant laque­lle Chris­t­ian Per­ronne avait con­testé l’existence d’une cinquième vague de Covid-19, défendu cer­tains traite­ments et mis en cause les vac­cins à ARN messager.

Une ingérence jugée « mesurée »

En mai 2022, l’Arcom avait mis la chaîne en demeure de respecter ses oblig­a­tions d’honnêteté et de rigueur, de présen­ter dif­férents points de vue sur les ques­tions con­tro­ver­sées et de con­serv­er la maîtrise de son antenne. Le Con­seil d’État avait rejeté le recours de CNews en août 2023. Devant la CEDH, la chaîne invo­quait l’article 10 de la Con­ven­tion européenne, con­sacré à la lib­erté d’expression.

La Cour recon­naît que la mise en demeure con­stitue bien une « ingérence » : même dépourvue d’amende, elle vise à dis­suad­er la chaîne de renou­vel­er le com­porte­ment reproché.

Les juges majori­taires esti­ment cepen­dant cette inter­ven­tion prévue par la loi, des­tinée à pro­téger la san­té et pro­por­tion­née. Ils soulig­nent qu’il ne s’agissait pas de sanc­tion­ner la dif­fu­sion des pro­pos de Chris­t­ian Per­ronne, mais l’absence d’une con­tra­dic­tion jugée suff­isante. La mesure n’étant qu’un aver­tisse­ment préal­able à une éventuelle sanc­tion, la Cour la con­sid­ère comme « mesurée ».

La déci­sion a toute­fois été adop­tée par cinq voix con­tre deux. Il s’agit en out­re d’un arrêt de cham­bre, sus­cep­ti­ble d’une demande de ren­voi devant la Grande Chambre.

CNews, chaîne de la contestation sanitaire ?

La présen­ta­tion de l’affaire pour­rait laiss­er penser que CNews avait adop­té, pen­dant la pandémie, une ligne franche­ment hos­tile à la vac­ci­na­tion et à la poli­tique san­i­taire. Or, la réal­ité est beau­coup plus nuancée. L’arrêt lui-même relève qu’entre le 15 et le 27 novem­bre 2021, une dizaine de sci­en­tifiques avaient été invités sur CNews et avaient défendu des posi­tions opposées à celles de Chris­t­ian Per­ronne, notam­ment sur « l’efficacité vac­ci­nale ». Pas­cal Praud avait lui-même déclaré en mars 2021 qu’il devait se faire vac­cin­er « pour les autres ». En juil­let, il expli­quait encore qu’à 57 ans, se faire vac­cin­er rel­e­vait du « bon sens ».

Les juges dis­si­dents Andreas Zünd et Diana Sâr­cu insis­tent pré­cisé­ment sur ce con­texte. Le pre­mier juge « dif­fi­cile, voire impos­si­ble » de reprocher à la chaîne d’avoir don­né la parole à un cri­tique de la poli­tique san­i­taire. La sec­onde relève que les jour­nal­istes avaient inter­rompu et con­testé l’invité à plusieurs repris­es, dans une séquence ne durant que dix-sept minutes.

La contestation était ailleurs

CNews a ouvert ses plateaux à quelques voix dis­cor­dantes, mais elle n’a jamais con­sti­tué le prin­ci­pal foy­er médi­a­tique de la con­tes­ta­tion con­tre les con­fine­ments, le pass san­i­taire ou la vaccination.

Cette oppo­si­tion s’est davan­tage dévelop­pée sur des médias alter­nat­ifs, par­mi lesquels TV Lib­ertés, qui cou­vrait dès juil­let 2021 les mobil­i­sa­tions con­tre le pass san­i­taire et présen­tait les restric­tions comme poten­tielle­ment dis­pro­por­tion­nées ou liberticides.

D’ailleurs, un récent débat dans le Bistrot Lib­ertés de TVL ani­mé par Éric Moril­lot, entre le pro­fesseur Didi­er Raoult et plusieurs chroniqueurs opposés à la poli­tique san­i­taire de l’époque, a mon­tré que la page Covid n’était pas com­plète­ment sor­tie du débat.

En con­fir­mant l’Arcom, la majorité de la CEDH pro­tège la capac­ité du régu­la­teur à impos­er une con­tra­dic­tion immé­di­ate. Ses deux juges dis­si­dents posent néan­moins la ques­tion inverse : à trop encadr­er la manière d’interroger une voix minori­taire, ne risque-t-on pas de ren­dre sa présence à l’antenne pra­tique­ment impossible ?

Olivi­er Frèrejacques
Rédac­teur en chef adjoint à TV Libertés

Voir aus­si : CNews fer­mée avant 2027 ? L’Arcom, bour­reau de la lib­erté d’expression

 

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