Accueil E Veille médias E CNews face à l’Arcom : les défenseurs de la chaîne contre-attaquent

CNews face à l’Arcom : les défenseurs de la chaîne contre-attaquent

18 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 25 117,97€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 249
83,7%

Après la mise en demeure de CNews par l’Arcom, plusieurs voix proches de la chaîne ou attachées à la lib­erté édi­to­ri­ale dénon­cent un tour­nant préoc­cu­pant. De Fer­ghane Azi­hari à Chris­tine Kel­ly, en pas­sant par Marc Bau­driller, la cri­tique vise moins l’exigence de plu­ral­isme que son usage administratif.

La mise en demeure de CNews par l’Arcom n’a pas seule­ment réjoui les adver­saires habituels de la chaîne. Elle a aus­si provo­qué une riposte de ses défenseurs, qui y voient un précé­dent dan­gereux pour la lib­erté édi­to­ri­ale. Le régu­la­teur reproche à CNews la « pré­dom­i­nance » d’un même courant de pen­sée et d’opinion sur plusieurs thèmes : sécu­rité, immi­gra­tion, islam, guerre en Ukraine, jus­tice ou sur La France insoumise. Mais, pour ses sou­tiens, c’est pré­cisé­ment cette ligne iden­ti­fi­able qui par­ticipe au plu­ral­isme général du paysage audiovisuel.

Une « tentation illibérale »

Pas de doute d’abord : l’Arcom a franchi un palier en inter­venant dans la ligne édi­to­ri­ale d’un média privé. « Le gen­darme de l’au­dio­vi­suel s’ou­vre, de manière spec­tac­u­laire, un espace de com­pé­tence jamais vu jusqu’i­ci dans une démoc­ra­tie, en tout cas dans la démoc­ra­tie française depuis la guerre », con­state ain­si Marc Bau­driller, directeur adjoint de la rédac­tion de Boule­vard Voltaire.

La déci­sion inquiète en effet sur le virage autori­taire de l’Arcom : il y voit une men­ace claire de fer­me­ture de CNews (comme pour C8), fustigeant une « ère nou­velle de mise sous tutelle de la presse ».

Un point soulevé par l’essayiste Fer­ghane Azi­hari­dans Le Figaro Mag­a­zine ce 17 juin : le régu­la­teur « cède à la ten­ta­tion illibérale », dénonce-t-il. En d’autres ter­mes : à l’abus de pou­voir et au favoritisme. Une men­ace d’autant plus évi­dente que cette déci­sion risque fort d’être « à géométrie vari­able ». L’institution de Mar­tin Ajdari appli­quera-t-elle la même exi­gence aux médias publics ou privés dont les angles dom­i­nants penchent dans d’autres directions ?

Autre argu­ment cen­tral soulevé par Azi­hari : la neu­tral­ité jour­nal­is­tique, qui serait une fic­tion. Tout média choisit ses sujets, ses angles, ses invités, ses pri­or­ités. Dès lors, l’enjeu démoc­ra­tique ne serait pas que chaque antenne con­ti­enne toutes les opin­ions à parts égales, mais que plusieurs lignes édi­to­ri­ales puis­sent coex­is­ter. « CNews incar­ne une ligne édi­to­ri­ale sous-représen­tée chez les rédac­tions con­cur­rentes », estime-t-il.

Dénonçant une « ruse du sys­tème », le jour­nal­iste du Figaro Paul Sugy a for­mulé sur X une cri­tique proche : CNews aurait davan­tage con­tribué au plu­ral­isme glob­al de la TNT que nom­bre de ses con­cur­rentes, pré­cisé­ment parce qu’elle a don­né une place à des opin­ions peu représen­tées ailleurs.

Cette ligne de défense peut se résumer ain­si : si toutes les chaînes doivent devenir intérieure­ment équili­brées selon les critères de l’Arcom, alors le paysage audio­vi­suel risque para­doxale­ment de devenir plus uniforme.

Chris­tine Kel­ly, anci­enne mem­bre du CSA (ex-Arcom) dev­enue fig­ure de CNews, a en sub­stance soulevé le même point. Sa défense tient en une idée : le plu­ral­isme, c’est aus­si la lib­erté pour le téléspec­ta­teur de choisir une chaîne assumant une ligne

La « famille » CNews serre les rangs

Du côté de la chaîne, le com­mu­niqué offi­ciel con­teste « fer­me­ment » les griefs de l’Arcom et rap­pelle que les oblig­a­tions en matière de plu­ral­isme poli­tique et de temps de parole sont respectées.

Autour de la chaîne, plusieurs vis­ages fam­i­liers : ani­ma­teurs, édi­to­ri­al­istes, chroniqueurs ou invités réguliers, ont relayé le com­mu­niqué ou dénon­cé une déci­sion qui vis­erait moins un man­que­ment objec­tif qu’une sen­si­bil­ité édi­to­ri­ale dev­enue trop influente.

C’est ce que Jean-Marc Moran­di­ni a immé­di­ate­ment mis en avant sur son site, soulig­nant que CNews serait, selon lui, attaquée alors même que les équili­bres poli­tiques seraient respec­tés « à la minute près ». Poussé vers la sor­tie il y a quelques mois après un long et pénible feuil­leton qui a fait per­dre des plumes à la chaîne d’information, il reste sol­idaire du média.

Pluralisme interne ou diversité du paysage ?

Jérôme Bour­reau-Guggen­heim, dans un mes­sage sur X, relève que la per­son­nal­ité la plus invitée en mars 2025 sur CNews, le mois con­cerné par la mise en demeure, était Manuel Bom­pard, coor­di­na­teur nation­al de La France insoumise. Il devance ain­si Philippe de Vil­liers et le social­iste Jérôme Guedj.

La con­tro­verse dépasse déjà le cas CNews. Elle pose une ques­tion démoc­ra­tique clas­sique, mais dev­enue brûlante à l’approche de 2027 : le plu­ral­isme se mesure-t-il à l’intérieur de chaque média ou dans la diver­sité réelle des médias disponibles ? Or, en voulant cor­riger CNews, l’Arcom s’impose en fin de compte de nou­velles exi­gences. L’autorité sera-t-elle à la hauteur ?

Olivi­er Frèrejacques

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs : ,