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CNews fermée avant 2027 ? L’Arcom, bourreau de la liberté d’expression

20 juin 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

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TRIBUNE – L’Arcom a mis en demeure CNews de se con­former à une « exi­gence d’expression plu­ral­iste ». Der­rière cette déci­sion admin­is­tra­tive se cache selon Rodolphe Cart une volon­té poli­tique claire : sanc­tion­ner la chaîne qui a osé par­ler sans fil­tre de l’immigration, de l’islamisme, de l’Ukraine, de l’UE et des ratés de l’exécutif. Une restric­tion lib­er­ti­cide des médias est à crain­dre pour 2027.

Jour­nal­iste indépen­dant, con­tribu­teur aux revues Élé­ments, Front pop­u­laire et Omer­ta, Rodolphe Cart est l’auteur de l’essai Mélen­chon, le bruit et la fureur (éd. La Nou­velle Librairie). Il inter­vient régulière­ment sur le plateau de CNews.

Rap­pelons les faits : dans une déci­sion dif­fusée lun­di 15 juin sur son site, l’Autorité de régu­la­tion de la com­mu­ni­ca­tion audio­vi­suelle et numérique (Arcom) a mis en demeure la chaîne d’information en con­tinu CNews de « se con­former à l’exigence d’expression plu­ral­iste des courants de pen­sée et d’opinion ».

En cause : l’absence régulière « d’expression d’une plu­ral­ité de points de vue dans le traite­ment des prin­ci­paux thèmes abor­dés à l’antenne, ain­si que la pré­dom­i­nance glob­ale d’un même cadre d’interprétation de l’actualité et d’un même courant de pen­sée et d’opinion ».

Une déci­sion inquié­tante qui pose ques­tion à moins d’un an des prési­den­tielles. L’Arcom a‑t-elle franchi une ligne rouge con­cer­nant la lib­erté d’expression ? Allons-nous vivre une pre­mière, dans un pays démoc­ra­tique, avec la fer­me­ture inique d’une chaîne avant une échéance élec­torale d’une si grande impor­tance ? En tout cas, tous les sig­naux sont au rouge…

L’Arcom liste les sujets interdits

Ce n’est pas la pre­mière fois que CNews se fait taper sur les doigts par le régu­la­teur. Mais, jusqu’i­ci, l’Ar­com ne s’é­tait jamais pronon­cée sur la ques­tion du plu­ral­isme des courants de pen­sée et d’opin­ion au sein d’un média privé, un champ plus large que celui des temps de parole poli­tique (sur lequel Radio France a été mise il y a peu) ou des inci­dents d’an­tenne ponctuels. C’est donc une pre­mière d’une grande grav­ité, et, mal­heureuse­ment, qui va sûre­ment se mul­ti­pli­er et s’aggraver.

La déci­sion de l’instance de régu­la­tion mérite que l’on s’y attarde. On peut y lire une dénon­ci­a­tion de la : « pré­dom­i­nance d’un même cadre d’in­ter­pré­ta­tion de l’ac­tu­al­ité, mar­quée par une focal­i­sa­tion, à tra­vers les ques­tions de sécu­rité intérieure, sur la men­ace que représen­teraient l’im­mi­gra­tion et l’is­lam pour la société française, la mise en cause, notam­ment sur ces ques­tions, de l’ac­tion de l’exé­cu­tif et de l’U­nion européenne et une forte défi­ance à l’é­gard de l’in­sti­tu­tion judi­ci­aire, out­re la cri­tique sys­té­ma­tique du par­ti La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. »

Mais ce n’est pas tout. « La ges­tion de la guerre (en Ukraine) par l’exé­cu­tif français a été vive­ment mise en cause sous deux angles récur­rents : soit en cri­ti­quant les aides finan­cières à Kiev au motif qu’il exis­terait des prob­lèmes plus impor­tants (sécu­rité, immi­gra­tion ou “islamisme”), soit en présen­tant les déc­la­ra­tions du gou­verne­ment comme indû­ment alarmistes et de nature à instru­men­talis­er un sen­ti­ment de peur au sein de la pop­u­la­tion française », écrit l’Arcom.

Au moins, nous pou­vons remerci­er l’autorité de Mar­tin Adjari de dress­er la liste des sujets cen­surés en France. Islamisme, Ukraine, Union européenne, action du gou­verne­ment, immi­gra­tion et insécu­rité : voilà tous les thèmes « inter­dits » et dont il ne faut par­ler qu’avec le petit doigt sur la cou­ture. Cir­culez, vous n’avez plus votre mot à dire !

L’Arcom cherche à freiner l’ascension de la chaîne

CNews dérange. CNews est un poil à grat­ter dont cer­tains, en haut lieu, voudraient bien se débar­rass­er. Le suc­cès de la chaîne per­turbe tout un écosys­tème politi­co-médi­a­tique habitué à sa main­mise com­plète sur le traite­ment de l’in­for­ma­tion en France. Voilà pourquoi ce sys­tème hausse le ton et se défend si autoritairement.

Or, cette époque est révolue. Tous les sondages récents le démon­trent : l’immense majorité des Français se méfie de plus en plus des médias. Com­ment expli­quer autrement l’engouement pop­u­laire autour de la dernière com­mis­sion d’enquête sur l’au­dio­vi­suel pub­lic, menée de main de maître par Charles Allon­cle ? Com­ment expli­quer que des jour­nal­istes comme Chris­tine Kel­ly, Pas­cal Praud ou Gau­thi­er Le Bret jouis­sent d’une telle pop­u­lar­ité ? Com­ment com­pren­dre que CNews soit dev­enue la pre­mière chaîne d’in­for­ma­tion de France en 2025, devant son grand rival BFMTV ?

Cette déci­sion est avant tout un acharne­ment. Cela fait des années que l’Arcom cherche à frein­er l’irrésistible ascen­sion de la chaîne. Ce suc­cès est d’une logique implaca­ble : CNews fut la pre­mière grande chaîne à par­ler du quo­ti­di­en du Français sans ce déni si cou­tu­mi­er des autres médias. Les Français s’y sont retrou­vés, et ils ont eu pour la pre­mière fois l’impression qu’on leur par­lait sans haine, et surtout sans cette morgue qui car­ac­térise si bien un cer­tain milieu ger­manopratin pour le reste du peuple.

« En France, il est de plus en plus dan­gereux d’oser dire cer­taines vérités et de met­tre en lumière cer­tains faits. »

Or, pour abat­tre son chien, il faut l’accuser d’avoir la rage. La manœu­vre est bien con­nue. Que reproche-t-on à CNews ? De ne pas avoir de muselière et de ne pas répon­dre au doigt et à l’œil. Ces dernières années, en France, il est de plus en plus dan­gereux d’oser dire cer­taines vérités et de met­tre en lumière cer­tains faits. CNews l’a fait, et c’est pour cela qu’on la punit aujourd’hui.

Si on retrou­ve tou­jours les mêmes accoudés au cra­choir pour dévers­er leur haine sur la chaîne, n’oublions pas de men­tion­ner le Cen­tre, qui, bien caché der­rière les vitupéra­tions des mata­mores de gauche, acqui­esce en ne pipant mot. Si le Cen­tre est un élas­tique qui peut s’élargir ou se rétracter selon les cir­con­stances, n’oublions pas que son barycen­tre penche large­ment à gauche, notam­ment par soumis­sion au mag­istère moral du « camp du bien ».

Un succès qui dérange

Que reproche-t-on en réal­ité à CNews ? Son suc­cès mas­sif, mais surtout d’être le porte-voix d’un ras-le-bol pop­u­laire trop longtemps calom­nié. En clair, de ne pas suiv­re la doxa dominante.

Son suc­cès se mesure au nom­bre de téléspec­ta­teurs, certes, mais aus­si sur quelque chose de plus pro­fond : cette chaîne ne ressem­ble à aucune autre. Ne soyons pas dupes : les démoc­ra­ties d’Europe de l’Ouest sont malades. Malade d’un manque de lib­erté d’expression cri­ant, et dont l’u­na­n­imisme des médias cen­traux est un symp­tôme vis­i­ble par tous. Il faut alors que CNews se range sur les sujets évo­qués précédem­ment ou se taise, car le plu­ral­isme est devenu un gros mot dans la France de Macron.

Dans un entre­tien avec L’Incorrect, Mar­cel Gauchet dit tout : « La doc­trine de l’Arcom a ceci d’absurde que, prise à la let­tre, elle reviendrait à leur deman­der (aux médias) de dire tous la même chose. Un média peut être engagé et hon­nête, c’est le point qui demande à être con­trôlé et c’est le seul. (…) Pour le reste, la lib­erté des com­men­taires et des points de vue doit être totale. Autant le plu­ral­isme interne doit être de règle dans les médias publics, autant dans les médias privés, il n’a pas de sens. (…) Son cahi­er des charges a été très mal défi­ni, comme c’est le cas de la plu­part de ces autorités pré­ten­du­ment « indépen­dantes » qui ne sont que le faux nez d’un con­sen­sus oligarchique. »

« Nos dirigeants aiment se racon­ter de belles histoires. »

Nos dirigeants aiment se racon­ter de belles his­toires. Si les peu­ples se reb­if­f­ent partout en Occi­dent, ce n’est pas qu’ils ont de bonnes raisons de le faire ou de le penser, mais c’est parce qu’ils sont manip­ulés. Il faut alors attribuer la mon­tée des colères con­tem­po­raines à des chaînes d’information comme CNews, à des édi­to­ri­al­istes « sul­fureux » ou à des par­tis poli­tiques qui « souf­fleraient sur les brais­es ». On con­naît désor­mais bien la musique.

Or, ni les pas­sions poli­tiques ni les colères pop­u­laires n’ont atten­du CNews pour exis­ter ou se cristallis­er. La vérité est bien plus cru­elle : la classe dirigeante française actuelle ne com­prend plus le peu­ple français, et ce dernier veut sa vengeance. Les séces­sions élec­torales (Jean-Marie Le Pen au sec­ond tour en 2002), les poussées anti­oli­garchiques (refus du TCE en 2005), les révoltes con­tre les par­tis de gou­verne­ment (dénon­ci­a­tion du “sys­tème UMPS”), les refus de l’ordre établi (Bon­nets rouges, Gilets jaunes) appar­ti­en­nent à l’histoire de notre pays, sans que CNews ait joué un rôle dans ces évène­ments. Vouloir faire de CNews la cause prin­ci­pale de ces con­vul­sions revient donc à pren­dre le ther­momètre pour la fièvre.

Voir aus­si : Apoplex­ie dans les médias dom­i­nants : le JD News appelle à renouer avec la Russie

Fermer CNews avant 2027

Enfin, prenons un peu de recul. À mesure que nous nous rap­pro­chons de la prési­den­tielle de 2027, les vents pour la lib­erté d’expression et d’information sont mau­vais. Il ne faut pas se voil­er la face : la cen­sure sur inter­net ou dans les médias tra­di­tion­nels (presse, télévi­sion, etc.) plane sur la prochaine élec­tion présidentielle.

La récente cabale con­tre Xenia Fedoro­va le démon­tre : il y a un plan pour aboutir à la fer­me­ture de CNews, et cela le plus rapi­de­ment pos­si­ble. Cer­tains le deman­dent déjà à haute voix, d’autres s’ac­tivent dans l’ombre pour arriv­er à leur fin. Dis­ons-le franche­ment : il existe une con­spir­a­tion anti-CNews.

Il fau­dra retenir une chose des deux man­dats d’Emmanuel Macron : de la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion à la régu­la­tion des algo­rithmes, un glisse­ment sans précé­dent s’est opéré. En qual­i­fi­ant récem­ment la lib­erté d’expression de « pure bull­shit », Macron a démon­tré que l’Europe se range du côté de la régu­la­tion crois­sante de la parole publique, de la cen­sure préven­tive de la lib­erté d’expression, et de la répres­sion directe des paroles autres que celles des gouvernements.

Cette déci­sion de l’Arcom est le signe annon­ci­a­teur que nous sommes en train de vivre une bas­cule ter­ri­ble. Celle d’un pou­voir fer­mé sur lui-même et con­va­in­cu que la parole libre doit être encadrée, fil­trée, cor­rigée, pour la ren­dre com­pat­i­ble avec une cer­taine vision pro-européenne, anti-pop­u­laire et multiculturaliste.

Rodolphe Cart

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