Du drame familial à la saisine de l’Arcom
Amine Elbahi s’est fait connaître du grand public en 2016 en témoignant du départ de sa sœur Leïla pour rejoindre Daech en Syrie. Juriste engagé contre l’islamisme au sein de LR, il devient chroniqueur régulier sur CNews avant de s’attaquer à l’émission « 100 % Frontières » en saisissant l’Arcom.
Famille et jeunesse
Né le 27 avril 1996 à Roubaix, dans une fratrie de six enfants d’origine kabyle algérienne, nés de « trois pères différents ». Il dit avoir grandi dans un quartier ghettoïsé.
À 18 ans, il est confronté au choc de sa vie : sa sœur Leïla quitte le domicile familial pour rejoindre les rangs de Daech en Syrie. Cette affaire le fait connaître des médias en 2016. La Voix du Nord a été le premier journal à l’avoir interviewé.
Plus tard, il témoignera avoir quitté Roubaix après des menaces de mort suite à ses prises de position contre l’islamisme et l’« islamisation de la ville ». Il affirme même avoir été placé sous protection policière après la diffusion d’une enquête sur M6.
Formation
Après l’obtention d’un baccalauréat économique et social, spécialité sciences politiques, au lycée Jean Moulin de Roubaix en 2015, il poursuit ses études à l’université de Lille, où il obtient une licence de droit puis un master 2 en droit public des affaires, avec une spécialisation en droit public de l’économie.
Il complétera cette formation, en 2021–2022, par la « Classe Talents » de l’ENA et la préparation en affaires publiques de l’École normale supérieure.
Parcours professionnel
Il évolue professionnellement dans le secteur du droit public, de l’administration et de la production de contenus juridiques. Il fait ses premières armes à la Métropole européenne de Lille, où il occupe successivement plusieurs fonctions de juriste de 2016 à 2018, avant de rejoindre en 2020 le Centre hospitalier de Roubaix comme médiateur Covid-19.
En 2021, il poursuit sa carrière de juriste, d’abord en cabinet d’avocats et au Tribunal administratif de Paris, puis chez SOCLE Avocats à partir de 2022. Parallèlement, il enseigne à l’université de Lille entre 2022 et 2023, comme chargé d’enseignement. Il devient ensuite rédacteur juridique pour Verbes et Lois entre 2024 et 2025.
Parcours militant
Ses prises de position contre l’islamisme, dans le sillage des attentats qui ont endeuillé la France, l’ont conduit à s’engager activement au sein de formations politiques de droite. D’abord, au sein de l’UMP, dès 2014. Il rejoint la campagne de Valérie Pécresse pour la présidentielle 2022, au sein du pôle « Autorité » piloté par Éric Ciotti, présenté comme une sorte d’« arme » de Pécresse contre les extrêmes (Zemmour, Le Pen).
Les Républicains l’investissent comme candidat aux législatives dans la 8ᵉ circonscription du Nord (Roubaix), circonscription très défavorable à la droite. Il obtient 6 % des voix au premier tour.
À l’automne 2022, il se rallie ensuite publiquement à Éric Ciotti dans la course à la présidence de LR, confirmant son ancrage dans l’aile la plus dure du parti sur les trois thèmes phares (sécurité, immigration, islamisme).
Collaborations médiatiques
Sa première contribution dans la presse a été publiée par Libération. En octobre 2016, il signe une tribune intitulée « Elle est partie défier la République qui n’a pas su la retenir », revenant sur la mésaventure de sa sœur.
Le grand public découvre Amine Elbahi, en janvier 2022, à travers « Zone interdite » (M6), où il témoigne des dérives islamistes et du communautarisme à Roubaix, évoquant notamment des poupées sans visages mises en vente par des magasins islamiques. Se disant menacé de mort, il a été placé sous protection policière.
Il est dans la foulée repéré par Cnews, et devient chroniqueur régulier en 2023–2024. Il intervenait régulièrement dans plusieurs formats : Morandini Live, L’Heure des Pros, Le Meilleur de l’Info puis 100 % Frontières.
Parallèlement, il publie aussi des tribunes et analyses dans des médias classés à droite comme Le Figaro, Atlantico ou encore Valeurs actuelles, sur des thèmes d’actualité liés à l’islamisme, à l’insécurité et au pluralisme médiatique.
Controverses
Le 10 juin 2026. Médiapart révèle qu’Amine Elbahi a saisi l’ARCOM contre Cnews et l’émission « 100 % Frontières ». Dans son signalement, le chroniqueur s’attaquait à Erik Tegnér, coanimateur de l’émission, en jugeant que les « prises de position clairement identifiables » de ce dernier font peser « un risque sérieux de déséquilibre dans l’expression des courants de pensée et d’opinion ».
Après avoir lui-même profité des tribunes sur Cnews pour promouvoir une certaine idée de l’anti-islamisme, le voilà qui reprochait à l’émission 100 % Frontières la place « quasi exclusive » accordée à l’immigration, l’islam, l’insécurité et les Français issus de l’immigration. Il a dénoncé des séquences où l’on a demandé à plusieurs reprises à des invités d’origine maghrébine (dont lui-même) s’ils se sentaient « 100 % Français », ce qu’il a vécu comme stigmatisant.
Il a ainsi été jusqu’à demander à l’ARCOM de comptabiliser le temps de parole d’Erik Tegnér « en sa qualité de personnalité politique », dans le sens où celui-ci, d’après une enquête du média breton Splann, serait adhérent du microparti Identité‑Libertés, fondé par Marion Maréchal. Ironie de l’histoire : l’information a depuis été démentie.
https://x.com/AmineElbahii/status/2064718365482996096?s=20
Amine Elbahi a toutefois déclaré sur X « prendre ses responsabilités », assumant avoir demandé à l’autorité de régulation de « tirer les conséquences » des « nouveaux éléments d’information relatifs à la situation politique d’Erik Tegnér » au regard des règles sur le pluralisme.
Le trublion chroniqueur misait sans doute sur la facilité avec laquelle l’ARCOM agit contre CNews, régulièrement interpellée et sanctionnée pour manquements à ses obligations (qui s’élèvent au printemps 2026 à 630 000 euros d’amendes et à 61 sanctions).
Il a toutefois demandé d’être retiré de « 100 % Frontières », tout en acceptant d’intervenir encore sur le média. « Je n’ai pas été écarté de CNews et je continuerai à intervenir dans les différentes émissions de la chaîne afin d’élargir les angles de débat, comme je le fais depuis plus de 5 ans », a‑t-il posté le 3 juin 2026 sur X.
Publications
Amine Elbahi est l’auteur d’un livre‑témoignage, Je ne me tairai pas !, publié en 2022 aux éditions Robert Laffont. Dans cet ouvrage, il revient avec moult détails sur son enfance à Roubaix, le départ de sa sœur pour Daech en 2014 et son activisme contre l’islamisme, en se targuant de l’avoir fait à visage découvert.
Sa nébuleuse
Cette expérience personnelle fit rapidement de lui un militant engagé contre l’islamisme en France, à l’heure où de nombreux médias et acteurs politiques dénonçaient « l’entrisme » des mouvements islamistes dans les institutions.
Dans son livre, il indique avoir d’abord rejoint la réserve citoyenne de l’Éducation nationale créée par la ministre en place Najat Vallaud-Belkacem après la vague d’attentats de 2015 et 2016 pour « promouvoir les valeurs de la République ».
Il a depuis été sollicité pour intervenir dans des formations de prévention de la radicalisation destinées à des professeurs, des conseillers principaux d’éducation et des chefs d’établissement, où il les initiait à détecter les premiers signes de radicalisation.
En 2019, il crée une association, la Caisse sociale, dont l’objectif est de « permettre à tout un chacun d’exercer tous ses droits en matière de prestations sociales.
Depuis 2022, il milite pour le rapatriement des femmes et enfants de djihadistes retenus en Syrie.
En 2020, il adhère à l’association Anticor (une association de lutte anticorruption fondée en 2002).
En 2024, il fonde Vigie Liberté, une association regroupant des juristes, des avocats et des universitaires engagés dans la défense des libertés publiques. Il annonce le 18 juin 2026 « la première victoire au fond » de son organisation, contre un arrêté de la préfecture du Doubs autorisant l’usage de caméras aéroportées par la gendarmerie pour une durée de 3 mois.
Il l’a dit
« Moi, je me définis en France comme 100 % français (…) mais sans oublier mes origines. », CNews, 21 mai 2026.
« Les Français ont une justice administrative à deux vitesses sous les yeux. », CNews, 6 mai 2026.
« Les Français ne font pas assez d’enfants, tandis que le pays accueille des chiffres records au titre de l’immigration. », CNews, 10 mai 2025.
« Israël mène un combat pour sa survie. », CNews, 17 avril 2026.
Ils ont dit
« Un jeune juriste roubaisien d’origine kabyle engagé contre l’islamisme », devenu une « arme » de Valérie Pécresse contre les extrêmes, y compris Éric Zemmour », Le Figaro, 10 octobre 2022.
« Il est un juriste de Roubaix aux convictions laïques, pris en étau entre les communautaristes qui lui reprochent son combat contre l’islamisme et les identitaires d’extrême droite », Marianne, 21 février 2022
« (…) CNews est si radicale qu’elle choque même en interne. Au point qu’un chroniqueur de la chaîne a discrètement saisi l’Arcom. », Mediapart, 10 juin 2026.
« Merci à mon ami Amine Elbahi pour le combat qu’il mène depuis si longtemps. », Marine Le Pen (In Je ne me tairai pas, 2022).
« Mesdames et messieurs, savez-vous que vos impôts financent parfois des associations islamiques, à cause de la compromission de vos élus ? Je salue le courage d’Amine Elbahi qui nous le révèle. », Éric Zemmour (in Je ne me tairai pas, 2022).
Mussa A.

