De l’actu à l’humour en passant (toujours) par la gauche
Akim Omiri appartient à cette génération d’humoristes passés par les scènes ouvertes, le web, les collectifs de vidéos, puis revenus à la scène et à la radio avec un discours de plus en plus politique.
Avec « La Riposte » sur Radio Nova, il est devenu l’une des figures les plus visibles d’un humour qui se revendique de gauche, à la croisée de la satire médiatique, du « stand-up » et du combat culturel de son patron Matthieu Pigasse. Une manière assumée de dynamiter la « fenêtre d’Overton » et de faire évoluer les opinions.
Famille et jeunesse
Akim Omiri est né le 14 septembre 1985 au Havre. Sa trajectoire médiatique ne semble pas reposer sur une filiation avantageuse mais sur son propre travail.
« Déjà gamin, je faisais rire mes camarades de classe », a‑t-il confié au Liégeois magazine en mars 2024. Il grandit dans les quartiers nord de la ville normande, avant que sa mère ne déménage plus à l’ouest : « J’ai fait ma scolarité dans des établissements où on devait être deux à cinq rebeus maximum ! J’y ai subi un racisme de fou venant des profs, du CPE… », dira-t-il à Mr Mondialisation en avril 2026.
À 14 ans, il est hospitalisé pendant plus d’un an. Sur Thinkerview, en avril 2026, il affirme avoir eu un lymphome B non hodgkinien (un cancer du système lymphatique, souvent médiastinal, qui touche la région thoracique et peut atteindre/comprimer les poumons). Cette maladie grave à l’adolescence occupe une place centrale dans son récit personnel et dans son rapport au stand-up. Dans Public, il racontait avoir subi chimiothérapie et radiothérapie, tout en expliquant que cette épreuve ne l’avait pas empêché de devenir ensuite vice-champion de France universitaire de boxe.
Formation scolaire et universitaire
Akim Omiri obtient un baccalauréat littéraire, puis un DUT techniques de commercialisation au Havre. En 2007, il quitte sa ville natale pour Paris. Il présente alors ce départ comme un mélange d’études et de fuite vers la scène : il explique en juin 2025 avoir dit à ses parents qu’il partait poursuivre sa formation, tout en ayant déjà en tête l’idée de faire du stand-up.
À Paris, il suit des études de publicité. Certaines biographies mentionnent un bachelor de chef de publicité à l’ESP. Ce passage par la publicité n’est pas secondaire : il explique peut-être une partie de son aisance dans les formats courts, la punchline, la vidéo, le rythme et la capacité à condenser un propos politique dans une forme immédiatement partageable.
Comme plusieurs humoristes de sa génération, Akim Omiri n’est pas d’abord un produit de l’école de théâtre classique. Il vient de la scène ouverte, de l’écriture, du web, puis du plateau. C’est un profil hybride : auteur, comédien, vidéaste, chroniqueur, animateur, parfois acteur. Sa trajectoire épouse les mutations du rire français depuis les années 2010 : fin du monopole télévisuel, montée de YouTube, explosion des comedy clubs, puis retour des humoristes dans l’audio, la radio et le podcast.
Parcours professionnel : du Havre au web
Akim Omiri commence par les scènes ouvertes après son arrivée à Paris. Il affirme (au Liégeois Magazine) avoir découvert qu’il pouvait faire rire en testant de courts textes sur scène, dans des conditions souvent difficiles. Son modèle n’est pas seulement l’humoriste de divertissement, mais celui qui « parle aux gens » avec ses propres mots. Il cite volontiers Les Inconnus, Coluche ou Jamel Debbouze comme références.
Il remporte en 2010 la « Coupe du monde pour rire » organisée par Le Pranzo et passe occasionnellement par le Jamel Comedy Club.
Sa rencontre la même année avec Norman Thavaud et Hugo Tout Seul l’introduit dans l’univers des vidéastes. Il écrit pour d’autres, travaille avec Norman, Natoo, Cyprien, Le Rire Jaune, puis rejoint entre 2013 et 2016 le collectif Golden Moustache créé en 2012 par le groupe M6.
Dans une interview à Liégeois Magazine en mars 2024, il reconnaît que cette période lui avait permis de vivre de l’écriture, mais aussi qu’elle l’éloignait en partie de sa propre voix. C’est le paradoxe classique du web humoristique : il offre une visibilité et un métier, mais peut aussi absorber l’auteur derrière les codes du collectif, de la plateforme et de la vidéo virale.
Akim Omiri se recentre ensuite sur ses propres projets. Sa chaîne YouTube cumule plusieurs vidéos à fort succès. Au printemps 2025, cette chaîne comptait près de 800 000 abonnés.
Rapidement, ses contenus l’ont identifié sur la gauche de l’échiquier politique avec une propension à la victimisation et des thèmes très convenus : maladie, suicide, racisme, rapport à la société, hypocrisie médiatique, violence symbolique.
Le stand-up comme outil politique
Son premier spectacle, « Akim Omiri est super gentil », est présenté en 2017, mis en scène par Kader Aoun. La voix encore adolescente et le vocabulaire fleuri, le sketch est repris sur Rire et Chansons et témoigne de l’intérêt déjà majeur pour les questions raciales.
Son deuxième spectacle, « Contexte », qui sera joué en septembre 2026, est présenté par le théâtre des Mathurins comme « explorant des thèmes tels que l’éducation formatée, la « Cancel Culture » et les théories complotistes. Plus qu’un simple divertissement, ce spectacle s’attaque aux enjeux sociaux de fond. »
Akim Omiri utilise l’humour comme un moyen de vulgarisation, d’agitation et de combat culturel. Son public y voit une satire nécessaire et légitime, ses adversaires y voient un militantisme sous couvert d’humour.
Radio Nova : de chroniqueur à animateur de « La Riposte »
L’arrivée d’Akim Omiri sur Radio Nova pour lancer « La Riposte » en mars 2025 s’inscrit dans un contexte plus large. La station, propriété du groupe Combat de Matthieu Pigasse, a pris un virage très gaucher, notamment après l’arrivée de Guillaume Meurice et de plusieurs anciens visages de France Inter à l’automne 2024. Avec « La Dernière », puis « La Riposte », Radio Nova a cherché à faire du rire politique un marqueur éditorial.
L’émission est alors présentée comme une chronique quotidienne d’Akim Omiri, du lundi au vendredi à 12 h 30. La page podcast actuelle présente le programme comme un rendez-vous hebdomadaire en public, avec une équipe de chroniqueurs et une ligne assumée : répondre à des médias « mainstream » accusés de se droitiser.
Le vocabulaire employé par Radio Nova est révélateur. L’émission est décrite comme le « cortège de tête d’une manif » ou le « QG » d’une riposte contre les médias traditionnels et consiste en une revue de presse sarcastique et de la contre-offensive idéologique.
Akim Omiri s’y installe comme chef de bande. Il n’est pas seulement chroniqueur : il devient animateur, éditorialiste humoristique, procureur satirique et figure de ralliement pour un public de gauche radicalisée par les débats sur les médias, la Palestine, « l’extrême droite », le macronisme ou les chaînes d’information en continu, CNews en tête.
En mars 2026, Radio Nova revendique un succès d’audience exceptionnel, à contre-courant d’un marché radio en baisse, avec 1,6 million d’auditeurs quotidiens, une audience multipliée par quatre en deux ans.
Accusé d’antisémitisme
Israël et la question palestinienne sont l’un des sujets récurrents de son humour quelquefois noir, surtout depuis la guerre à Gaza. Il raille les communiqués de Tsahal et Benjamin Netanyahu.
Cette ligne lui vaut des accusations répétées d’antisémitisme de la part de collectifs pro-israéliens.
Le 26 mai 2026, des militants sionistes se sont ainsi invités sur son plateau arguant que le présentateur était « antisémite ». Ce dernier fait alors preuve de sang-froid, répondant aux critiques en direct avant de décortiquer la séquence dans une vidéo.
Au printemps 2026, un bras de fer oppose Caroline Fourest (et le magazine Franc-Tireur) à la suite de sketchs de Pierre-Emmanuel Barré visant Sophia Arram, humoriste/chroniqueuse du Point. Fourest a qualifié Nova de « radio Dieudonné ». Élément notable : là où l’humoriste Dieudonné avait été évincé des médias pour des accusations d’antisémitisme et des condamnations judiciaires, une nouvelle génération d’humoristes semble épargnée par l’excommunication médiatique.
Omiri cible aussi Éric Zemmour depuis les années 2010.
Convictions et engagements
Akim Omiri n’exerce pas de mandat politique ni de responsabilités partisanes officielles et n’a pas d’appartenance partisane déclarée. En revanche, son positionnement public est marqué. Il aborde les problèmes de société à travers une lecture qui le rapproche de La France insoumise, dénonçant les forces financières et le racisme comme principaux maux.
En 2024, il figure parmi les signataires de l’appel « Artistes pour la Palestine – France », réseau d’artistes et de « travailleurs culturels » soutenant le peuple palestinien.
Filmographie et activités audiovisuelles
Akim Omiri a également mené une carrière de comédien. Il apparaît notamment dans « Raid dingue » de Dany Boon (2017), « Les Tuche 4 » d’Olivier Baroux (2021), ainsi que dans la série « La Faute à Rousseau » diffusée sur France 2 (2021–22). Il est aussi scénariste de courts formats, notamment dans l’univers web.
Cette filmographie reste secondaire par rapport à son activité de stand-up et de radio, mais elle confirme son profil de touche-à-tout. Akim Omiri est moins une vedette de cinéma qu’une figure médiatique très contemporaine, capable de passer d’un format à l’autre et donc de travailler dans des milieux et à dans des rôles très différents : auteur, interprète, vidéaste, animateur, chroniqueur et entrepreneur de sa propre image.
Ce qu’il gagne
Non documenté.
Il convient néanmoins de noter que les revenus d’Akim Omiri intègrent plusieurs sources potentielles de revenus : la scène, les droits d’auteur, les productions vidéo, les apparitions audiovisuelles, sa rémunération liée à Radio Nova et les revenus numériques.
Prix et récompenses
Akim Omiri a remporté la « Coupe du monde pour rire » en 2010.
Il a aussi été vice-champion de France universitaire de boxe dans sa jeunesse.
Plus étonnant : il reçoit en 2023 la médaille de bronze pour actes de courage et de dévouement. L’arrêté de la préfecture de police de Paris du 7 février 2023 mentionne expressément : « La médaille de bronze pour actes de courage et de dévouement est décernée à M. Akim Omiri, né le 14 septembre 1985 au Havre. » Il a rapporté en novembre 2024 lors d’un spectacle être intervenu seul pour protéger une femme enceinte, agressée par deux hommes dans la rue, une nuit à Paris. Il a indiqué ignorer la grossesse de celle-ci.
Sa nébuleuse
La nébuleuse Akim Omiri se compose de plusieurs cercles.
Le premier est celui du stand-up parisien : scènes ouvertes, Paname Art Café, Kader Aoun, Jamel Comedy Club, comedy clubs et festivals. C’est l’espace de formation du comédien.
Le deuxième est celui du web humoristique des années 2010 : Norman, Natoo, Cyprien, Le Rire Jaune, Golden Moustache. C’est l’espace de l’écriture courte, de la vidéo virale et du passage de l’humour de scène vers l’humour de plateforme.
Le troisième est celui de Radio Nova et du groupe Combat. Depuis Matthieu Pigasse, la station s’est rapprochée d’un imaginaire d’extrême gauche, satirique et antifasciste revendiqué. Autour d’Akim Omiri gravitent Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré, Aymeric Lompret, mais aussi toute une nouvelle galaxie de chroniqueurs, humoristes et militants de la satire politique.
Le quatrième est celui des engagements pro-palestiniens et anti-médias dominants. Sa signature de l’appel « Artistes pour la Palestine – France », sa critique de la politique israélienne et ses attaques contre certaines chaînes d’information l’inscrivent dans un espace très ancré à gauche.
Cet espace le protège auprès d’un public, mais l’expose aussi à des controverses permanentes.
Il l’a dit
« J’ai toujours été un battant et j’ai rapidement eu envie de faire un métier original. », Public, 22 mars 2014.
« Je ne fais pas que des vidéos. Je me produis également sur la scène du Paname à Paris tous les samedis à 20 heures. », Public, 22 mars 2014.
« Déjà gamin, je faisais rire mes camarades de classe, mais jamais au détriment des autres. », Liégeois Magazine, 7 mars 2024.
« J’avais envie de parler aux gens mais pas avec de vieux textes. », Liégeois Magazine, 7 mars 2024.
« Mais les annonceurs ne veulent jamais de trucs marrants. », Liégeois Magazine, 7 mars 2024, à propos de ses études de publicité.
« Cela m’a permis de vivre de mon métier d’auteur, mais cela m’a conduit aussi à un peu m’oublier, à ne pas avancer dans le stand-up. », Liégeois Magazine, 7 mars 2024, à propos de son travail d’écriture pour les vidéastes.
« J’arrêterai de parler d’infos quand les journalistes arrêteront d’être des clowns. », Radio Nova, 14 mars 2025, annonce de « La Riposte ».
« La satire politique a toujours été et doit continuer à être considérée comme l’un des piliers d’une démocratie fonctionnelle. », vidéo de réponse publiée en mai 2026
Ils l’ont dit
« Il a 28 ans, vient du Havre et fait partie du collectif Golden Moustache dont les vidéos postées sur le Web sont vues par des millions de personnes. », Public, 22 mars 2014.
« À 32 ans, cet humoriste a déjà vécu plusieurs vies. », Elle, 30 novembre 2018.
« Son émission “La Riposte” sur Radio Nova est clairement le deuxième fer au feu de la riposte d’extrême gauche théorisée et assumée par le “banquier rouge” Matthieu Pigasse. », Times of Israel, 26 mai 2026.

