Après une séquence tendue entre Raphaël Arnault et un reporter de Quotidien, la guerre est désormais ouverte entre le talk-show de TMC et LFI. La mort de Quentin Deranque semble avoir transformé une vieille défiance en rupture, au risque de fragiliser les deux protagonistes.
Ils partageaient au moins un adversaire : le Rassemblement national. Cela ne suffisait déjà pas à faire de Quotidien et de La France insoumise des alliés. Depuis l’affaire Quentin Deranque, leurs escarmouches ont pris l’allure d’un règlement de comptes où chacun soupçonne l’autre d’avoir trahi le bon camp.
Raphaël Arnault met le feu aux poudres
Le 21 juin, l’ambiance devrait être à la fête au concert « contre le racisme » organisé par LFI place de la République. Le reporter Paul Moisson interroge Raphaël Arnault sur la politisation de la Fête de la musique, son retour public et ses liens passés avec la Jeune Garde. Le député de Vaucluse, habillé dans un style à mi-chemin entre le camping et la fashion week, choisit la contre-attaque : « Ça ne vous dérange pas trop, à Quotidien, qu’on se mobilise contre l’extrême droite ? »
Discussion houleuse entre Quotidien et le député LFI Raphaël Arnault.
Raphaël Arnault pointe l’émission et notamment Jean Michel Aphatie.
Il refuse de condamner la jeune garde. pic.twitter.com/ObFSaTOvoz— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) June 22, 2026
De retour en plateau, Jean-Michel Aphatie rappelle qu’« un homme est mort » et juge que la scène peut renforcer « l’effroi » suscité par LFI. Paul Gasnier qualifie, lui, de « pitoyable » la présence d’Arnault aux côtés de Jean-Luc Mélenchon. Les députés Thomas Portes et Antoine Léaument répliquent dans la foulée sur X, le second comparant ironiquement le reporter de Quotidien à Jordan Florentin, directeur de Frontières.
Assassinat de Quentin Deranque, le point de non-retour ?
La brouille est ancienne : l’émission de Yann Barthès avait déjà immortalisé le fameux « La République, c’est moi ! » de Jean-Luc Mélenchon en 2018. Mais la mort du jeune Quentin Deranque, agressé à Lyon en février 2026, a changé la nature du conflit. Un collaborateur de Raphaël Arnault a été mis en examen pour complicité d’homicide volontaire et un ancien collaborateur pour homicide volontaire.
Le député, absent des lieux, n’a pas été mis en cause judiciairement. Mais il reste politiquement rattrapé, ayant cofondé l’organisation criminelle antifasciste « Jeune Garde ».
LFI, dans sa stratégie de contre-attaque, répond souvent aux questions embarrassantes par la mise en accusation du journaliste. Au risque de se mettre à dos une rédaction rancunière. Quotidien, de son côté, glisse volontiers du reportage au tribunal moral, avec des chroniqueurs qui aiment autant commenter les consciences que les faits. La révolution médiatique commence alors à dévorer ses enfants.
Une rupture à haut risque
Jean-Luc Mélenchon prétend vouloir, depuis plusieurs mois, « contourner le parti des médias ». Les troupes mélenchonistes rappellent souvent à l’ordre les médias, notamment publics, qui ne s’alignent pas sur leur narratif politique. Mais jouer la carte antisystème n’est pas sans risque. Pour LFI, devenir une cible récurrente du programme pendant la présidentielle et s’aliéner une émission capable de réunir près de deux millions de téléspectateurs revient à se couper d’une partie du public qu’elle espère convaincre. En l’occurrence, des blancs CSP + de gauche, peu ou prou le profil qu’on pouvait voir dans la mobilisation très pâle du soir de la fête de la musique.
Pour Quotidien, le danger est inverse. Déjà très engagé contre le RN, le talk-show pourrait, en concentrant ses coups sur LFI, apparaître comme le service après-vente du macronisme. À force de délivrer des brevets de respectabilité, l’émission pourrait bien finir par incarner le problème qu’elle croit analyser.
Olivier Frèrejacques

