Accueil E Veille médias E RN à minuit, bonne conscience en journée : Radio France rattrapée par l’ARCOM

RN à minuit, bonne conscience en journée : Radio France rattrapée par l’ARCOM

12 juin 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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L’ARCOM a mis en demeure Radio France pour avoir con­cen­tré l’essentiel du temps de parole du RN sur France Inter et France Info entre minu­it et 6 heures du matin. Le groupe pub­lic invoque une « erreur tech­nique », une défense qui peine à dis­siper le malaise.

À moins d’un an de la prési­den­tielle, le rap­pel à l’ordre tombe mal pour Radio France.

L’ARCOM a annon­cé, jeu­di 11 juin, avoir mis en demeure le groupe pub­lic pour man­que­ment à ses oblig­a­tions de plu­ral­isme poli­tique. En cause : la présence très majori­taire­ment noc­turne des représen­tants du Rassem­ble­ment nation­al sur France Inter et France Info entre le 1ᵉʳ jan­vi­er et le 31 mars 2026, péri­ode qui cou­vrait notam­ment la cam­pagne des municipales.

En 2021, l’ancêtre de l’ARCOM avait rap­pelé à l’ordre CNews pour des pra­tiques ana­logues avec des pro­gram­ma­tions désa­van­tageuses pour LFI et l’exécutif.

Un pluralisme respecté… entre minuit et six heures

Selon le régu­la­teur, près de 60 % du temps de parole accordé au RN sur France Inter a été dif­fusé entre minu­it et 5 h 59. Sur France Info, cette pro­por­tion dépasserait 70 %. Autrement dit, le pre­mier par­ti de France aux européennes de 2024 et l’un des prin­ci­paux blocs par­lemen­taires aurait certes eu accès aux antennes publiques, mais large­ment dans les tranch­es les moins exposées au public.

L’ARCOM estime donc que les représen­tants de ce par­ti étaient « insuff­isam­ment présents » dans les pro­grammes dif­fusés en journée, au regard de leur représen­ta­tiv­ité. Le grief est d’autant plus embar­ras­sant que le ser­vice pub­lic audio­vi­suel est cen­sé répon­dre à une exi­gence ren­for­cée d’exemplarité et d’impartialité. Or le plu­ral­isme ne se mesure pas seule­ment en min­utes : il se mesure aus­si à l’heure où ces min­utes sont diffusées.

Voir aus­si : France Télévi­sions et Del­phine Ernotte rat­trapés par l’effet Alloncle

L’« erreur technique » de Radio France

Face à la mise en demeure, Radio France a plaidé une « erreur tech­nique » liée au déploiement d’un nou­v­el out­il de suivi des temps de parole. Celui-ci n’aurait pas per­mis de dis­tinguer cor­recte­ment les dif­fu­sions de jour et de nuit. L’explication sur­prenante de la part d’un groupe pub­lic habitué à trans­met­tre régulière­ment ses relevés au régulateur.

Plus trou­blant encore : l’ARCOM indique que des con­stats sim­i­laires avaient déjà don­né lieu à des rap­pels en 2025 et 2026. Dif­fi­cile, dans ces con­di­tions, de réduire l’affaire à un sim­ple acci­dent de logi­ciel. À tout le moins, elle révèle une cer­taine… légèreté dans le pilotage du plu­ral­isme poli­tique au sein d’antennes qui revendiquent pour­tant volon­tiers leur rigueur journalistique.

L’ARCOM, arbitre impartial ou pompier tardif ?

Étrange­ment, cette déci­sion inter­vient quelques jours après la pub­li­ca­tion du rap­port de Bruno Lasserre sur l’impartialité de l’audiovisuel pub­lic et du pro­jet stratégique 2026–2028 de l’ARCOM, qui fait de l’indépendance, du plu­ral­isme et de l’exemplarité du ser­vice pub­lic l’un de ses objec­tifs affichés. Deux pub­li­ca­tions sur­v­enues dans la foulée de la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel public.

Reste une ques­tion : pourquoi avoir atten­du que le déséquili­bre soit aus­si man­i­feste pour agir fer­me­ment ? L’ARCOM se veut désor­mais garante d’une régu­la­tion plus large, jusque dans l’espace numérique. Mais sur son cœur his­torique, le plu­ral­isme audio­vi­suel, elle sem­ble sou­vent inter­venir après coup, lorsque le prob­lème est déjà devenu poli­tique. Pour Radio France, le rap­pel à l’ordre est sévère. Pour l’ARCOM, il peut aus­si être envis­agé comme un gage de crédi­bil­ité don­né sous la pres­sion des cri­tiques. Un autre effet Alloncle ?

Olivi­er Frèrejacques

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