François Ruffin à l’assaut de l’oligarchie et des médias complices

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Depuis la sortie de son premier documentaire, mercredi 24 février 2016, François Ruffin fait beaucoup parler de lui dans les médias.

Dans « Merci Patron ! », le fondateur du journal satirique Fakir montre les conséquences calamiteuses de la gestion de LVMH par le milliardaire Bernard Arnault. S’intéressant à la situation désespérée d’une famille du Nord, licenciée en 2007 après la délocalisation de leur usine textile vers les pays de l’Est, Ruffin montre l’envers du décors d’un capitalisme mondialisé sans gêne et sans remords.

Militant social inspiré notamment, à l’instar de Pierre Carles, par les travaux du sociologue Pierre Bourdieu, le journaliste s’engage depuis de nombreuses années auprès des travailleurs en promouvant le protectionnisme économique, la pensée économique de Frédéric Lordon ou encore en dénonçant les multiples trahisons de la gauche. Concrètement, à la manière de ce que fait Élise Lucet dans « Cash Investigation », Ruffin s’emploie parfois, en compagnie de salariés, à acheter des actions dans des multinationales pour intervenir lors des assemblées générales, seul moyen d’interpeller directement les dirigeants sur leurs erreurs.

À travers sa revue Fakir, fondée à Amiens, et ses nombreux ouvrages engagés, le réalisateur d’un jour souhaite raconter l’application froide et concrète de la pensée libérale. Né à Amiens en 1975, il est entré en 2000 au Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris après avoir obtenu une maîtrise de lettres. Aussitôt ses études terminées, il a créé Fakir, journal satirique militant tout d’abord local puis, en 2010, national à parution trimestrielle. Jusqu’en 2012, il a participé à plusieurs émissions de « Là-bas si j’y suis », sur France Inter. C’est avec une démarche proche de celle du documentariste américain militant Mickael Moore qu’il a entrepris la réalisation de « Merci patron ! », son premier documentaire.

Sa cible : Bernard Arnault, patron de LVMH. « J’ai découvert que l’origine de la fortune de Bernard Arnault, c’était à côté de chez moi », explique-t-il à Libération. Et d’ajouter : « Depuis 2005 que je titille Bernard Arnault, il réagit de façon intelligente : il ne réagit pas. »

Après un passage remarqué chez Bourdin sur RMC, François Ruffin s’est rendu sur Europe 1, où il avait prévu de faire un « attentat radiophonique ». Tout d’abord décommandé de l’émission de Frédéric Taddeï, la station d’Arnaud Lagardère a été contrainte de reprogrammer son invité, cette fois chez Jean-Michel Aphatie. L’occasion rêvée de dénoncer « l’oligarchie » sur ses propres ondes. Ainsi celui-ci a-t-il estimé au micro qu’« un salarié aussi désinvolte qu’Arnaud Lagardère aurait été licencié depuis longtemps, en n’assistant pas au conseil d’administration du fleuron de l’aéronautique européenne. Un salarié ferait ça, il serait licencié immédiatement. Votre patron au lieu d’être licencié, il a empoché deux milliards de plus-value. »

Face à un Aphatie assez perturbé, le réalisateur n’a rien lâché et a préféré s’en prendre directement à Lagardère plutôt que d’évoquer son film de manière générale, comme il l’avait fait chez Bourdin. L’attentat ne s’est pas limité aux mots : pendant l’émission, Ruffin a offert un Maroilles « pour remercier Arnaud Lagardère pour le plan com’ qu’il [lui] a assuré » en le décommandant de chez Taddeï, avant de quitter le plateau en lançant un os en plastique à Aphatie. Une manière symbolique d’affirmer que ce ne sont plus les médias qui, aujourd’hui lui donnent un os à ronger.

Dans son premier livre, « Les petits soldats du journalisme », il avait déjà dénoncé le système de formatage que constituaient les écoles de journalisme (il a lui-même fait le CFJ de Paris), où aucune place n’est donnée à l’engagement politique et à l’impertinence. Pour Ruffin, le sujet de son film rejoint parfaitement ce constat. En effet, ce dernier n’a pas manqué, récemment, de souligner la complaisance avec laquelle les médias présentaient Bernard Arnault, le montrant comme un investisseur et un entrepreneur alors qu’il a « fondé sa fortune sur un énorme tour de passe-passe, en 1984 : promettant de sauver le conglomérat textile Boussac, il en liquidera presque tous les actifs pour ne garder que Dior. »

Son intervention sur RMC :

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