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Wokisme et censure dans l’édition. Première partie

15 septembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Wokisme et censure dans l’édition. Première partie

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Wokisme et censure dans l’édition. Première partie

15 septembre 2021

Les médias ne sont pas seulement constitués des radios, télévisions, sites, blogs, journaux etc. Le cinéma comme l’édition sont des outils médiatiques. Et à ce titre participent de la censure, du politiquement correct et de la mode woke comme l’indique la tribune libre d’Olivier Delavault que nous publions et où il relate son expérience d’éditeur, spécialiste des Indiens des Amériques. Les intertitres sont de notre rédaction

Des Indiens aux Amérindiens

De la même manière qu’en France nos Régions sont désor­mais appelées « ter­ri­toires » par les tech­nocrates hors-sol, les « Indi­ens » sont devenus depuis une ving­taine d’années des « Amérin­di­ens », ce qui était le cas dès les années 1890 dans les bureaux du Smith­son­ian Insti­tute de Wash­ing­ton D.C. Départe­ments con­sacrés aux [Amér] Indi­ens. En 1990, cette dénom­i­na­tion qui défer­lait sur la France, tel un « celles et ceux » si obses­sion­nel qu’elle en devient le faux nez d’une lanci­nante anesthésie col­lec­tive…, était déjà un signe avant-coureur, un mar­queur socié­tal qui com­mençait à fleur­er bon le « wok­isme », finale­ment déjà sous-jacent. Même si « le mot chien ne mord pas », cer­tains ter­mes détru­isent le con­tenant, le dévi­talisent. Exit donc l’identité indi­enne et sur­gis­sent des Amérin­di­ens venus de nulle part sinon de la planète Obscu­ran­tisme, sans racines ni His­toire, de sim­ples entités sur lesquelles des his­to­riens-uni­ver­si­taires-chercheurs allergiques à la moin­dre iden­tité se penchent comme d’autres sur des rats de lab­o­ra­toires. Mais réécrire l’Histoire au fil­tre de leurs idéolo­gies mor­tifères ne leur suf­fit pas ; il faut empêch­er ceux qui ne pensent pas comme eux d’éditer, de tra­vailler et de dif­fuser des ouvrages de qual­ité crédi­ble en matière d’ethnologie, d’histoire, d’anthropologie, de lit­téra­ture. On retrou­ve ici tou­jours les mêmes réseaux qui, grâce aux « jour­naux offi­ciels », décrè­tent ce qui est bien et en par­le et, en même temps, cen­sure ce qui est mal… Vous imag­inez un peu dans un bon Walsh, un bon Ford, un bon Antho­ny Man, un bon Delmer Dav­es et autres, enten­dre John Wayne ou James Stew­art crier : « Atten­tion v’là les Amérin­di­ens » ou « Soyons pru­dents, on entre en ter­ri­toire amérin­di­en ! » ; et ces pan­neaux en bois – c’est la réal­ité his­torique – piqués dans le sol comme des mes­sages d’alerte dés­espérés dans des coins per­dus de l’Ouest améri­cain durant les péri­odes les plus aiguës des guer­res indi­ennes : « Warn­ing Indi­an Fight­ers ! »

Après 20 années qua­si-par­a­disi­aques passées à la Télévi­sion de 1968 à 1988, dès l’ouverture en 1988 à Paris de ma librairie con­sacrée aux Indi­ens des Amériques, je me suis vite ren­du compte de ce que c’était d’avoir des enne­mis acharnés. C’était pro­pre­ment hal­lu­ci­nant. Très vite, je me suis vu cri­tiqué de manière ouverte ou en sournois sous-enten­dus, par cer­tains « clients » liés de près ou de loin aux instances uni­ver­si­taires, du pro­fes­so­rat, de l’enseignement en général et qui bien sou­vent venaient unique­ment pour me ques­tion­ner sur ma légitim­ité d’avoir ouvert une telle librairie. Le dis­cours était en gros : « les mal­heureux peu­ples indi­ens en lutte con­tre le méchant homme blanc, qui plus est améri­cain » : stop ! Chas­se gardée de la gauche moralo-poli­tique. Pas touche aux « minorités opprimées » etc… Bref c’était vrai­ment du « mais qui êtes-vous pour avoir ouvert une telle librairie ? Qu’elle est votre légitim­ité ? Vous avez fait des études pour cela ? » Autrement dit, des études allant dans un sens con­venu par cette déjà bien agres­sive et omniprésente « police-de-la-pen­sée » à genoux devant les piliers freu­do-marx­istes de l’université du moment. Enten­dre ça de la part d’individus qui jamais n’auront les livres « rares-piliers » des siè­cles passés que j’avais déjà acquis depuis des lus­tres, livres qu’ils ne trou­vent pas ou dont ils ignorent l’existence…

Voir aus­si : Autodafés au Cana­da, le wok­isme fait détru­ire 5000 livres

Un nuage rouge qui dérange

Aujourd’hui, c’est encore autre chose, en pire… Les hos­til­ités ont décu­plé quand je me suis arrogé le droit de créer dans ma librairie la col­lec­tion « Nuage rouge » exclu­sive­ment con­sacrée aux Indi­ens d’Amérique du Nord. Pub­liée aux édi­tions du Rocher, la col­lec­tion compte à ce jour env­i­ron 150 titres dans les domaines de l’ethno-histoire, de l’anthropologie religieuse, sociale, de spir­i­tu­al­ité, des romans his­toriques et de lit­téra­ture indi­enne (Native Writ­ers) dont, en 1993, celui de l’écrivain kiowa N. Scott Moma­day La Mai­son de l’Aube (House Made of Dawn, prix Pulitzer 1969), édi­tion française pré­facée par Yves Berg­er alors directeur lit­téraire de chez Gras­set et Prési­dent de l’Observatoire de la Langue française en 1996 – Berg­er, déjà depuis longtemps pas­sion­né par les Indi­ens et « La Vieille Amérique » et que j’avais ren­con­tré en 1973 à la 2e chaîne de l’O.R.T.F. quand il était adjoint à la cul­ture de Pierre Sab­bagh. Pour être « com­plet », en 1972 l’autre bonne ren­con­tre fut celle de René Marc­hand alors directeur-adjoint de la 1ère chaîne auprès de Jacque­line Bau­dri­er pour la fic­tion. En 2002, j’ai été très heureux de faire pub­li­er son livre salu­taire La France en dan­ger d’Islam. Entre Jîhad et Recon­quista, aux édi­tions l’Âge d’Homme du grand édi­teur Vladimir Dimitrievitch.

Les titres pub­liés sous le sceau de la mar­que « Nuage rouge » sont, depuis l’année de sa créa­tion par mes soins dans ma librairie en 1991 – la col­lec­tion a donc 30 ans cette année – comme un point de repère, une sécu­rité qui ras­surent. Tous les gen­res lit­téraires édités sous son égide, sa sig­nalé­tique, sont garants de qual­ité mais surtout de crédi­bil­ité et ce, aus­si bien pour un lec­torat pop­u­laire nom­breux que pour un lec­torat plus exigeant voire averti.

Elle est en France la col­lec­tion pio­nnière sur l’Amérique indi­enne, avec les Édi­tions Le Mail qui, out­re les fon­da­men­taux sur les Indi­ens d’Amérique du Nord, pub­li­ait sur les civil­i­sa­tions d’Amérique du Sud, Cen­trale, des Indes, de l’Extrême-Orient et d’Océanie. Ma col­lec­tion a été suiv­ie en 1992 par une autre, sim­i­laire… qui, avec la puis­sance de frappe de la Mai­son qui l’abrite, a eu du mal à sup­port­er que « Nuage rouge » ait eu l’outrecuidance, pour ne pas dire le culot d’exister avant et, qui plus est, plus de dix ans après l’onde de choc du film Danse-Avec-Les-Loups dont j’avais pub­lié le livre dès 1991, d’avoir de phénomé­naux suc­cès en presse comme en librairie.

À suiv­re.

Olivi­er Delavault
www.nuagerouge.com

Olivi­er Delavault est l’auteur de nom­breux livres, entre autres :

  • Avec Guy Flo­ri­ant, Jacques Brel. L’i­nac­ces­si­ble étoile, édi­tions du Rocher, 2003
  • Dic­tio­n­naire des chan­sons de Claude François, Durante Edi­teur, 2003 ; réédi­tions augmentées :
  • Télé­maque, 2008
  • Guy Tré­daniel, 2013, pré­face d’Alain Chamfort.
  • Geron­i­mo, Folio/Biographies, Gal­li­mard 2007
  • Jacques Brel, le dégoût essen­tiel, édi­tions Télé­maque, 2015
  • Claude François. L’in­té­grale des adap­ta­tions, Guy Tré­daniel, 2018

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