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Un été de propagande dans les médias. Troisième partie

24 décembre 2020

Temps de lecture : 5 minutes

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Un été de propagande dans les médias. Troisième partie

Un été de propagande dans les médias. Troisième partie

Pre­mière dif­fu­sion le 03/09/2020

Le 2 août 2020, Le Monde publiait un article en forme de témoignages intitulé « héberger des migrants, cela a changé ma vie ». Un moment édifiant de propagande médiatique. Lecture.

Quelques illustrations

L’article, signé Julia Pas­cual, est très long et est accom­pa­g­né de pho­togra­phies montrant :

  • Deux migrants, un pak­istanais et un guinéen, dans une piscine, avec deux jeunes femmes hilares, les par­ents assis sur le rebord. C’est dans la mai­son familiale.
  • Un migrant afghan âgé de 15 ans, prenant sa tasse dans la cui­sine d’un apparte­ment, en com­pag­nie d’un cou­ple. C’est chez eux.
  • Un migrant séné­galais assis sur le canapé d’un apparte­ment, entouré de deux adultes et de leurs deux jeunes filles. Au pre­mier plan, un chien à la mode.
  • Un migrant à la fenêtre d’un apparte­ment, en com­pag­nie de son hôte âgé de 72 ans.
  • Une migrante guinéenne, panier posé sur la tête, en com­pag­nie de la femme qui l’accueille chez elle.
  • Mohamed Ali (pas le grand boxeur), en com­pag­nie des deux jeunes femmes l’ayant pris en charge.

Des exem­ples de sit­u­a­tion famil­iale divers, dans des régions elles-mêmes divers­es, un peu partout en France. L’ensemble est con­stru­it comme une pub­lic­ité ou une opéra­tion de communication.
Il com­mence par une accroche : « Touchés par le sort de jeunes réfugiés con­traints de dormir dans la rue, des citoyens ordi­naires leur ouvrent la porte de leur domi­cile. Ils racon­tent au « Monde » cette expérience. »

Ce que raconte l’article, départ larmoyant

« C’est l’été et celui-ci, comme les précé­dents depuis cinq ans, n’offre pas de répit aux per­son­nes migrantes qui vivent à la rue. Avant une opéra­tion de mise à l’abri de la pré­fec­ture d’Ile-de-France, mer­cre­di 29 juil­let, ils étaient plus de 2 000 à camper le long du canal, à Aubervil­liers (Seine-Saint-Denis) ; des deman­deurs d’asile, afghans et soudanais en majorité. Par­mi eux, des familles avec des enfants en bas âge et des femmes enceintes. En France, un deman­deur d’asile sur deux n’est pas hébergé, faute de capac­ité dans le dis­posi­tif nation­al d’accueil. Le 115 est, lui aus­si, sat­uré. En plein cen­tre de Paris, dans un petit square, autour de 70 jeunes se récla­mant mineurs, vivent aus­si sous tente depuis un mois. Ils vien­nent en majorité d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) et ont migré seuls en Europe. Lorsque les départe­ments dont relève l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ne les recon­nais­sent pas mineurs – à l’issue d’un entre­tien sou­vent som­maire –, ils ne font l’objet d’aucune prise en charge, mal­gré leurs recours devant le juge des enfants. »

Devant cette sit­u­a­tion, que Le Monde ne cherche pas à décrypter (pourquoi sont-ils là ?), l’article veut présen­ter des répons­es se voulant exem­plaires, celles de « citoyens ordi­naires », comme Cédric Her­rou sans doute.

Le Monde met donc en avant « des élans de sol­i­dar­ité de sim­ples citoyens, épaulés par­fois par des asso­ci­a­tions ». Une façon soft de dire sans le dire que ce qui est décrit par cet arti­cle, l’accueil de migrants chez eux par des Français, est en fait une action prob­a­ble­ment menée en sous-main par ces associations.

Bécassines et bécassons

Suiv­ent donc six exem­ples cen­sés être émouvants :

À Paris, Pas­cale et Bertrand ont accueil­li un migrant et « ça a changé » leur vie. Il faut dire que Pas­cale est fille de déporté (elle a 58 ans) et « elle a tou­jours enten­du son père lui racon­ter des his­toires d’enfants juifs dont les par­ents avaient été envoyés dans les camps de con­cen­tra­tion. Cette his­toire famil­iale l’a mar­quée. » Bertrand est quant à lui de « ces juifs qui ont mas­sive­ment dû quit­ter la Tunisie ». Ils sont mil­i­tants « pour la paix en Israël ». Ils accueil­lent un Afghan musul­man. Un tel sym­bole, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer.

À Paris, Marie et Stéphane, la quar­an­taine : « Un soir de novem­bre 2018, sous une pluie bat­tante, un Séné­galais entre dans le lieu de cowork­ing. Il est fatigué, il a froid et nulle part où aller. « Je n’ai pas com­pris tout de suite ce qui se pas­sait », explique Marie Rous­sel. Elle finit par con­tac­ter une asso­ci­a­tion qui lui con­seille de l’amener porte d’Aubervilliers. Le jeune homme se ver­ra remet­tre une cou­ver­ture pour pass­er la nuit, lui dit-on. « Avec Stéphane, on s’est dit que ce n’était pas pos­si­ble », relate-t-elle. Ismaïla est aus­sitôt hébergé par le cou­ple, qui habite un duplex dans le 10e arrondisse­ment, avec leurs deux enfants de 11 et 15 ans. « La troisième ou la qua­trième nuit, Ismaïla a ramené son ami Sam­ba », rap­porte Marie Rous­sel. Les deux jeunes sont instal­lés dans un coin amé­nagé de l’appartement. « C’est un peu bizarre au début, on ne sait pas com­ment com­mu­ni­quer, se sou­vient Marie. Mais les enfants ont per­mis d’établir un lien facile­ment. » L’expression « hébergeurs citoyens » naît donc dans l’article pour désign­er ceux qui accueil­lent. Gageons qu’elle aura une postérité sous peu.

À Paris, Georges Lafon : « Le vaste apparte­ment qu’il occupe, au pied de Mont­martre, dans le 18e arrondisse­ment de la cap­i­tale, est « trop grand » pour que Georges Lafon, 72 ans, y vive seul. Sa femme habite en Bel­gique, et il a pris l’habitude, depuis des années, d’héberger des amis ou de louer une cham­bre à des étu­di­ants. Quand il est allé chercher Abdul Saboor à la gare d’Austerlitz, en novem­bre 2017, c’était pour « faire plaisir à [sa] belle-sœur ». Un groupe de Brux­el­lois investi dans le milieu asso­ci­atif cher­chait un pied à terre en urgence pour un Afghan qui débar­quait en France. Ce devait être l’affaire de quelques jours. « Ce n’était pas un acte raison­né », assure-t-il. Près de trois ans se sont écoulés et Abdul, âgé d’une trentaine d’années, vit tou­jours chez lui. »
L’homme accueil­li a quit­té l’Afghanistan en 2016. Il indique : « Un ami m’a dit de venir en France pour les papiers ». Au moins, les choses sont claires : pour ceux qui se deman­dent encore pourquoi une telle masse de migrants vient en France, c’est parce qu’en France on obtient des papiers.

Valérie et Lau­rent, Mon­tauban : « « Je veux ren­dre l’ISF [impôt sur la for­tune]. » C’est ani­mée par cette envie de réin­jecter son argent dans la sol­i­dar­ité que Valérie Jorigné, 53 ans, a adressé un mail, fin 2018, à Utopia 56, une asso­ci­a­tion d’aide aux migrants qu’elle a décou­verte au hasard de recherch­es sur Inter­net. Avec son mari Lau­rent, 55 ans, ils étaient prêts à « accueil­lir des gamins vivant à la rue », dans leur mai­son de 400 m² située sur une route de cam­pagne près de Mon­tauban. » Il n’est pas cer­tain que l’exemple demande de plus amples développe­ments, cer­tains lecteurs pou­vant déjà être choqués par cette indé­cence. Dis­ons sim­ple­ment qu’ils ont accueil­li un serbe du Koso­vo doué en ath­létisme, puis un guinéen et un pak­istanais. Ce dernier est très bien, en à peine un an il par­le français « avec facilité ».

À Toulouse, Béa­trice : après avoir hébergé une guinéenne, elle a « trou­vé l’expérience intéres­sante dans le partage, j’ai appris plein de choses ». Il sem­ble que ce soient bien les mots de la dame. Elle est petite-fille d’immigrés ital­iens instal­lés en Algérie. « En décem­bre 2019, Mif­ta Kei­ta arrive chez Béa­trice. La jeune femme, danseuse pro­fes­sion­nelle en Guinée et mère d’un enfant de 11 ans resté au pays, est en France depuis févri­er 2019. Mal­gré sa demande d’asile, aucun héberge­ment ne lui a été pro­posé par l’État. » Il est tout de même incroy­able que la France ne pro­pose pas de loge­ment à toutes les per­son­nes qui déci­dent de venir illé­gale­ment sur son territoire…

À Banyuls sur Mer, Olivia et Kel­ly parta­gent depuis deux ans leur apparte­ment avec Mohamed Ali, soudanais au physique de boxeur, nom­mé ain­si peut-être comme l’illustre cham­pi­on. Éloge de l’illégalité par Le Monde : « Leur ren­con­tre est liée au hasard. Celui de l’itinéraire d’un chauf­feur routi­er dans le camion duquel Mohamed et une poignée d’autres Soudanais et Ery­thréens s’étaient cachés en Ital­ie, pour pass­er la fron­tière et entr­er en France. Mais lorsque le petit groupe de migrants est extrait du poids lourd, plusieurs heures plus tard, ils décou­vrent avec sur­prise qu’ils sont en Espagne, à Figueras. Ils rebroussent chemin, en train, mais la police française les inter­pelle à la fron­tière et veut les refouler en Espagne. Mohamed et trois autres Soudanais parvi­en­nent à s’enfuir en courant vers les chemins de mon­tagne. Deux heures après, ils arrivent sur les hau­teurs de Banyuls-sur-Mer, par une petite route bor­dée de vignes, en pleine chaleur, à l’été 2018. ».

Con­clu­sion de l’article : « Les deux femmes refusent de voir dans leur démarche un geste poli­tique. « C’est juste humain, fait val­oir Emi­lie Kel­ly. On ne devrait pas avoir à porter une ban­nière pour ce genre de droits fondamentaux. »

Tout cela est fort joli, digne d’un reportage d’une époque éculée, celle de l’URSS. Sauf si Le Monde décidait de con­sacr­er autant de pages aux drames provo­qués en France par des migrants et, pourquoi pas, par des migrants accueil­lis sym­pa­thique­ment dans des maisons ? Ou même dans les rues, comme à Cologne en 2015 ? Chiche ?

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