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Salvini rencontre Kaczyński à Varsovie : les médias européens partagés entre espoirs à droite et inquiétudes à gauche

17 janvier 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Salvini rencontre Kaczyński à Varsovie : les médias européens partagés entre espoirs à droite et inquiétudes à gauche

17 janvier 2019

Temps de lecture : 4 minutes

La rencontre du leader de la Ligue italienne Matteo Salvini avec celui du PiS polonais Jarosław Kaczyński le 9 janvier dernier a été largement commentée en Europe et, selon la sensibilité, les médias étaient partagés entre espoirs et inquiétudes.

En Italie

C’est le quo­ti­di­en ital­ien de gauche La Repub­bli­ca qui avait ouvert le bal le 2 jan­vi­er en annonçant le pre­mier le pro­jet de dis­cus­sions poli­tiques au siège du PiS à l’occasion de la vis­ite du min­istre de l’Intérieur ital­ien à Varso­vie la semaine suiv­ante, à l’invitation de son homo­logue polon­ais Joachim Brudz­ińs­ki. Qual­i­fiée en titre de « défi de Salvi­ni à l’UE », cette vis­ite avait, selon le jour­nal, pour but de lancer le groupe sou­verain­iste au Par­lement européen souhaité par le chef de la Ligue. Une alliance entre la Ligue et le PiS serait « le dernier mail­lon » man­quant « pour fer­mer la chaîne noire avec laque­lle les sou­verain­istes se pré­par­ent à cein­dre l’Europe lors des élec­tions du 26 mai ».

Il paraî­trait même, selon le jour­nal de gauche, que Jarosław Kaczyńs­ki, « avec le PiS, Droit et Jus­tice, con­duit la Pologne depuis déjà qua­tre ans avec la for­ma­tion la plus con­ser­va­trice et illibérale que le pays ait jamais con­nu ». Le Cor­riere del­la Sera, égale­ment de gauche, s’inquiétait lui aus­si la veille de la ren­con­tre de la for­ma­tion pos­si­ble d’un « axe sou­verain­iste pour les Européennes » entre l’Italie et les pays du Groupe de Viseg­rád, « à com­mencer par la Pologne ». Mal­gré les fortes diver­gences entre les deux grands par­tis sur l’attitude à avoir face à la Russie de Vladimir Pou­tine, « la Ligue et le PiS, qui dirige la Pologne, parta­gent des poli­tiques très restric­tives face aux migrants ». Et le Cor­riere reproche aus­si au PiS ses réformes de la jus­tice et sa poli­tique de « restric­tion des droits des femmes » (sic.) et « de la lib­erté des médias ».

Ton beau­coup plus posi­tif d’Il Gior­nale, quo­ti­di­en de droite réputé plutôt proche du par­ti de Berlus­coni, qui par­le d’un « voy­age impor­tant » ren­forçant « l’axe entre l’Italie (en par­ti­c­uli­er la Ligue) et le monde du Groupe de Viseg­rád. Rome et les cap­i­tales d’Europe de l’Est sont des épines dans le flanc de l’Union européenne », con­tin­ue le jour­nal qui sem­ble s’en réjouir. Out­re l’annonce par Salvi­ni, depuis Varso­vie, d’un « nou­veau print­emps européen » qui a été reprise par de nom­breux médias, Il Gior­nale souligne une déc­la­ra­tion du pre­mier min­istre polon­ais dans laque­lle celui-ci don­nait comme exem­ple des poli­tiques dis­crim­i­na­toires de Brux­elles le traite­ment dif­féren­cié des déficits budgé­taires ital­ien et français.

En Pologne

Côté polon­ais, où l’opposition libérale a prof­ité de cette ren­con­tre pour accentuer sa rhé­torique d’un PiS qui chercherait sans le dire à provo­quer un Polex­it, le jour­nal libéral-lib­er­taire Gaze­ta Wybor­cza estime que la per­spec­tive d’une « Inter­na­tionale pop­uliste tente Kaczyńs­ki ». Le jour­nal soulig­nait le matin avant la ren­con­tre, en inter­titre, que le leader du PiS allait ren­con­tr­er « l’ami de Pou­tine », en esti­mant que cette ren­con­tre prou­vait que « le tour­nant pro-européen annon­cé il y a peu par le pre­mier min­istre Moraw­iec­ki était un sim­ple effet de com­mu­ni­ca­tion. On ne peut pas en effet défendre l’Europe en frater­nisant avec ses enne­mis ». Pour l’auteur de Gaze­ta Wybor­cza, il y a con­tra­dic­tion dans le fait que Kaczyńs­ki ait reçu il y a un an le secré­taire d’État améri­cain Rex Tiller­son pour par­ler de la présence mil­i­taire améri­caine en Pologne et qu’il reçoive « aujourd’hui Mat­teo Salvi­ni, le chef du par­ti d’extrême droite Ligue du Nord, qui dirige le min­istère de l’Intérieur ital­ien ». « Il y a peu », explique plus loin le jour­nal, « les politi­ciens du PiS s’offusquaient face à la moin­dre sug­ges­tion de leur pos­si­ble col­lab­o­ra­tion avec le Front nation­al français d’extrême droite. Aujourd’hui Kaczyńs­ki va écouter les propo­si­tions de l’Italien en vue de se retrou­ver côte à côte dans les rangs de l’internationale pop­uliste ». Puis, en car­ac­tère gras : « Salvi­ni fait en effet le tour de l’Europe à la recherche de volon­taires pour faire explos­er l’UE de l’intérieur. En arrière-plan rica­nent Steve Ban­non, l’ancien stratège dia­bolique de Don­ald Trump, et Pou­tine lui-même, tous deux hos­tiles à une Europe unie ». Gaze­ta Wybor­cza, jour­nal de référence de la plu­part des médias français, soutenu finan­cière­ment par George Soros et par l’Union européenne, après son appel à l’aide lancé début 2017, n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle.

Mais la Pologne a aus­si ses jour­naux de droite, et leurs pub­li­ca­tions avaient bien enten­du un ton net­te­ment plus posi­tif, telle la Une du 5 jan­vi­er du jour­nal con­ser­va­teur et pro-PiS Gaze­ta Pol­s­ka codzi­en­nie con­sacrée la venue à Varso­vie de Mat­teo Salvi­ni. Le jour­nal infor­mait que c’est Salvi­ni qui avait insisté pour ren­con­tr­er un Kaczyńs­ki au début réti­cent en rai­son de la sym­pa­thie de l’Italien et de son par­ti pour Pou­tine, tout en met­tant en avant les con­ver­gences pos­si­bles en matière de poli­tique européenne après les élec­tions de mai, et en met­tant en par­al­lèle cette ren­con­tre avec celle entre Salvi­ni et Orbán en août dernier à Milan.

Et en France

En France, Le Monde évo­quait le 10 jan­vi­er la vis­ite de Salvi­ni « à Varso­vie pour y ren­con­tr­er, mer­cre­di 9 jan­vi­er, les dirigeants du par­ti ultra­con­ser­va­teur au pou­voir, Droit et jus­tice (PiS), et évo­quer une grande alliance des droites rad­i­cales aux élec­tions européennes de mai » et fai­sait le par­al­lèle avec « Marine Le Pen réu­nis­sant, à Paris, des cor­re­spon­dants étrangers pour leur dire com­ment ‘’l’Europe peut chang­er, de l’intérieur et rad­i­cale­ment’’ », ce que les jour­nal­istes du Monde résumaient de la manière suiv­ante : « Approches, manœu­vres, infos et intox mais, en tout cas, cer­ti­tude que l’extrême droite de l’échiquier européen compte bien tir­er un avan­tage max­i­mal d’une élec­tion qui pour­rait être mar­quée par une forte pro­gres­sion des pop­ulistes euroscep­tiques. » Le ton n’était pas bien dif­férent au Figaro dans les colonnes duquel il a été ques­tion d’une ren­con­tre entre « Mat­teo Salvi­ni, chef de file de la Ligue, par­ti d’extrême droite » et « Jaroslaw Kaczyński, chef de file du par­ti ultra­con­ser­va­teur Droit et Jus­tice (PiS) » afin de for­mer « un axe Rome-Varso­vie » pour les élec­tions européennes.

Même si l’article n’est pas signé on peut y voir la pat­te du cor­re­spon­dant à Rome Richard Heuzé, ardent sup­port­er du grand rem­place­ment et qui déteste Salvi­ni. En France, pour lire des arti­cles écrits sur un ton posi­tif à pro­pos de cette ren­con­tre, il fal­lait aller chercher ailleurs que dans la grande presse.

En Allemagne

Même chose en Alle­magne, où le Frank­furter All­ge­meine Zeitung, en faisant remar­quer que Salvi­ni avait été reçu avec les plus grands hon­neurs et surtout qu’il était une des rares per­son­nal­ités étrangères à avoir été con­vié par Jarosław Kaczyńs­ki au siège du PiS s’est inquiété du risque de voir sur­gir « un axe Rome-Varso­vie » ou même « un axe polono-hun­garo-ital­ien ». Si le jour­nal Die Welt a choisi d’insister sur ce qui sépare les deux hommes, il recon­naît comme pos­si­ble l’objectif de Salvi­ni d’avoir un bloc « pop­uliste euro-cri­tique » de 100 à 130 députés au prochain Par­lement européen, ain­si qu’une Com­mis­sion européenne peu­plée de mem­bres eux aus­si « euro-cri­tiques » envoyés par de gros pays comme la Pologne et l’Italie.

Après cette ren­con­tre entre Mat­teo Salvi­ni et Jarosław Kaczyńs­ki le 9 jan­vi­er dernier, les espoirs des uns sont les inquié­tudes des autres. A cha­cun de se recon­naître et de s’identifier.

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