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ChatGPT au service des médias dominants ? Le Monde rafle l’audience

18 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Un parte­nar­i­at stratégique avec Ope­nAI per­met au quo­ti­di­en Le Monde de capter près de 26 % du traf­ic sor­tant de Chat­G­PT vers les sites d’information en France, selon les uni­ver­si­taires Nikos Smyr­naios et Olivi­er Koch. Cette redis­tri­b­u­tion inédite révèle une con­cen­tra­tion extrême qui prof­ite aux grands groupes déjà dom­i­nants et pose la ques­tion du plu­ral­isme de l’information à l’ère des IA conversationnelles.

De plus en plus d’internautes inter­ro­gent les chat­bots d’intelligence arti­fi­cielle pour s’informer. Ces out­ils syn­thé­tisent des con­tenus jour­nal­is­tiques et pro­posent sou­vent des liens vers leurs sources. Pour la pre­mière fois, une analyse appro­fondie pub­liée par les uni­ver­si­taires Nikos Smyr­naios et Olivi­er Koch dans La Revue des médias de l’INA ce 13 mai quan­ti­fie cette « redis­tri­b­u­tion » d’audience, en s’appuyant sur les don­nées de Sim­i­lar­web. Le con­stat est sans appel : les accords bilatéraux avec Ope­nAI jouent un rôle décisif et creusent les iné­gal­ités entre médias.

« Si les chat­bots devi­en­nent un point d’accès courant à l’information, la ques­tion du plu­ral­isme se posera », con­clu­ent les chercheurs, qui n’en dis­ent pas plus. Mais alors que la bataille pour plus de plu­ral­isme dans le ser­vice pub­lic et glob­ale­ment dans les médias bat son plein dans le sil­lage de la com­mis­sion Allon­cle, une par­tie de l’outil d’information de demain sem­ble, elle, extrême­ment par­tiale en la matière.

Le partenariat, clef de la visibilité

En mars 2024, Le Monde sig­nait le pre­mier accord pluri­an­nuel d’un média français avec Ope­nAI. En échange d’un accès à ses archives et d’une rémunéra­tion con­fi­den­tielle, le quo­ti­di­en béné­fi­cie d’une mise en avant sys­té­ma­tique dans les répons­es de ChatGPT.

Bien sûr, le poids de Chat­G­PT est con­sid­érable. En mai 2025, selon First Page Sage, Chat­G­PT compte à tra­vers le monde 900 mil­lions d’u­til­isa­teurs act­ifs heb­do­madaires et près de 6 mil­liards de vis­ites men­su­elles, soit 60% de parts de marché, loin devant Google Gem­i­ni et Microsoft Copi­lot (15 et 12%).

Pour en revenir à l’impact médi­a­tique : sur 9,9 mil­lions de vis­ites envoyées par Chat­G­PT vers des sites d’information depuis la France en 2025, Le Monde en cap­tait 2,56 mil­lions, soit 25,9 % du total, tou­jours selon Smyr­naios et Koch. Plus d’un clic sur qua­tre. Ce vol­ume représente env­i­ron 11 % de son traf­ic de référence et place le titre loin devant ses con­cur­rents. Le Guardian suit avec 8,8 %, tan­dis que Reuters, troisième, n’atteint que 3,3 %. Les parte­naires priv­ilégiés d’OpenAI absorbent ain­si plus d’un tiers des clics.

Le mécan­isme est clair : le « référence­ment Chat­G­PT » (ou GEO, Gen­er­a­tive Engine Opti­miza­tion) récom­pense les accords com­mer­ci­aux plutôt que la seule qual­ité ou la représen­ta­tiv­ité édi­to­ri­ale. En somme : c’est un très bon coup pour Le Monde, résol­u­ment en pointe sur le numérique, beau­coup moins pour le pluralisme.

Une concentration spectaculaire qui marginalise les voix dissidentes

Tou­jours en 2025, 359 domaines médi­a­tiques étaient cités par Chat­G­PT depuis la France, mais la répar­ti­tion s’avère extrême­ment iné­gal­i­taire. Neuf titres captent la moitié du traf­ic ; 72 % des sites se parta­gent à peine 11 % des clics. Le coef­fi­cient de Gini (indi­ca­teur d’inégalité) atteint 0,80, un niveau d’inégalité digne des dis­tri­b­u­tions de revenus les plus concentrées.

La presse quo­ti­di­enne nationale et économique domine (32,5 %), portée par Le Monde, Le Figaro, Les Échos ou La Tri­bune. La presse inter­na­tionale pèse lourd (31,3 %), mais l’audiovisuel pub­lic français (France Info, France Télévi­sions, etc.) est relégué à 2,9 %, der­rière le Guardian seul. Les pure play­ers d’extrême gauche (Medi­a­part, Reporterre, Blast…), la presse régionale et les heb­do­madaires poli­tiques peinent égale­ment à exis­ter dans cet écosys­tème. Cette dynamique ren­force les grands groupes : celui du Monde (inclu­ant le Cour­ri­er inter­na­tion­al et le Huff­Post) capte à lui seul 26,4 % du traf­ic. Elle favorise aus­si une ouver­ture aux sources anglo­phones (24,8 %), sou­vent alignées sur des per­spec­tives atlantistes ou pro­gres­sistes, au détri­ment d’une diver­sité réelle­ment française.

Pluralisme en danger : vers une nouvelle économie de la recommandation ?

Glob­ale­ment, le traf­ic généré par les chat­bots reste mod­este face à Google, mais sa crois­sance rapi­de pose déjà la ques­tion du plu­ral­isme. Si les IA devi­en­nent une porte d’entrée majeure vers l’information, les règles opaques de vis­i­bil­ité, fondées sur des accords sou­vent con­fi­den­tiels et des biais algo­rith­miques, risquent d’accentuer la dom­i­na­tion des médias main­stream, notam­ment de cen­tre gauche comme Le Monde, et de mar­gin­alis­er les voix cri­tiques ou des médias locaux.

L’IA con­ver­sa­tion­nelle pour­rait finale­ment répon­dre à la for­mule « que tout change pour que rien ne change » et favoris­er une infor­ma­tion stan­dard­is­ée, voire des­tinée à pro­mou­voir une véri­ta­ble pro­pa­gande, comme l’OJIM l’évoquait il y a déjà trois ans.

Rodolphe Cha­la­mel

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