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Pub­lié le 5 avril 2019 | Éti­quettes : , , , ,

Pour les médias de grand chemin, la crise migratoire est derrière nous…

En 2015, les pays européens ont connu un pic dans l’afflux d’étrangers légaux et clandestins. Quatre ans après, il nous a paru utile de faire un point sur la couverture médiatique actuelle de ce sujet d’importance. Quelle est la vision de la crise migratoire en France décrite par quelques médias ? Nous avons analysé les articles parus à ce sujet dans 4 journaux, Le Parisien, Le Monde, Le Point et L'Express ainsi que sur le site de France Info en février et mars 2019.

La crise migratoire est derrière nous…

Dès le mois de juin 2018, plusieurs titres de presse et des chaines de télévision relayaient le message : « la crise migratoire est derrière nous ». Les « spécialistes » patentés interrogés pour l’occasion par Europe 1, Sud- Ouest, BFM TV, Les Échos, étaient unanimes à ce sujet. Le message est conforme à celui du commissaire européen en charge de l’immigration, qui affirmait récemment : « la crise migratoire est terminée ». Sous-entendu, fermez le ban, les « populistes ». C’est à travers ce prisme que de nombreux médias parlent désormais de l’immigration légale et illégale en France.

Le Parisien : l’accueil avant tout

Le journal d’informations a consacré plusieurs articles aux manifestations de solidarité avec les migrants. Ceux qui présentent l’afflux incontrôlé de clandestins sont par contre rares.

La « maraude » de solidarité organisée en mars dans les Alpes par des associations pro-migrants, des familles et des centres qui hébergent des migrants et des manifestations culturelles pour ces derniers : autant d’articles évoquant positivement la crise migratoire. Les termes employés sont valorisants : un « vaillant réseau de familles », « la solidarité s’organise » à Estampes, le centre « qui pourrait servir d’exemple à Ivry », etc. Le spécialiste interrogé dans la période par le journal appartenant à Bernard Arnault est l’inévitable François Héran, dont les thèses immigrationnistes connaissent une large audience dans les médias de grand chemin. Le titre de son interview sonne comme un slogan : « la diversité progresse avec l’immigration ».

Deux articles rendent compte de problèmes liés à l’immigration clandestine : l’un est consacré aux bandes de mineurs délinquants maghrébins en banlieue parisienne, l’autre aux campements de clandestins qui se reconstituent au nord de Paris, selon la maire A. Hidalgo. En janvier, c’était l’association France Terre d’asile qui alertait sur l’essor des campements illégaux. Un article consacré aux tests osseux des jeunes étrangers qui se déclarent mineurs indique que leur nombre est en pleine expansion à Paris depuis 2015.

Dans les différents articles, on ne trouve aucune remise en cause des flux actuels et des dispositifs existants (aide sociale à l’enfance, centres d’accueil), qui agissent comme une véritable pompe aspirante. Quand des articles sont consacrés à l’afflux massifs de migrants dans la capitale et la banlieue, c’est à l’initiative de la maire de Paris et d’une association d’aide aux migrants, dans l’objectif d’une nouvelle « mise à l’abri ».

Le Monde : relativiser et « rétablir la vérité »

Le quotidien a consacré plusieurs articles aux migrants dans la période. Le point commun est une vision positive de l’immigration. De la présentation des migrants comme d’une main d’œuvre bienvenue, en passant par la relativisation des flux de migrants arrivant en France, on cherche vainement un article en faveur de la régulation des flux migratoires. L’article consacré au nombre de migrants en France et en Europe ne peut passer sous silence que la France connait une « forte hausse » des demandes d’asile. Le journal reprend dans le titre d’un article paru le 28 mars l’interpellation d’un clandestin : « vous allez me trouver une maison ? ».

La chasse aux « fake news » semble une préoccupation majeure : en dix jours, pas moins de trois articles sont consacrés à démentir de « fausses » affirmations de Marine Le Pen au sujet des revenus des migrants en comparaison de ceux des retraités, le 5, le 13 et le 15 mars. Un nouveau site internet sur les migrations est présenté par le quotidien du soir. Un de ses objectifs serait de mettre fin à un « paradoxe » : le sujet de l’immigration est omniprésent alors que les français s’estimeraient mal informés à ce sujet.

Le Point : investigation et pluralité des points de vue

Les articles sur l’immigration dans l’hebdomadaire sont assez variés et reflètent une diversité de points de vue pendant les mois de février et mars. Comme dans les autres titres, les actions juridiques des associations de défense des migrants, contre les tests osseux pour déterminer la minorité et contre la création d’un fichier national des évaluations, font l’objet d’une large couverture médiatique. Alors qu’une tribune est consacrée à un point de vue assez lénifiant sur l’immigration, (« pourquoi la ruée vers l’Europe n’aura pas lieu »), des articles d’investigation réalistes attestent l’afflux massif de clandestins en France : c’est la plate-forme téléphonique de demande d’asile qui est saturée. C’est également la « prise en charge des jeunes migrants (qui) tourne au casse-tête » : « Le nombre de jeunes se présentant pour une évaluation a en effet explosé à Paris, passant de 1.500 en 2015 à 7 500 l'an dernier ». Une tribune initialement parue sur un journal en ligne australien soutient la thèse, études statistiques à l’appui, que « le désir de juguler l’immigration est commun à de nombreux pays » et appelle à en parler sereinement, sans recourir aux anathèmes.

L’Express : engagement sans nuances pour l’immigration

Il est difficile de trouver la moindre réserve à l’immigration dans la quasi-totalité des articles de l’hebdomadaire qui y sont consacrés. La « maraude » solidaire dans les Alpes, la chanson de l’ex ministre Najat Vallaut Belkacem consacrée aux migrants, les actions en justice contre les tests osseux et le fichier des mineurs présentées avec l’aide de l’AFP sous le seul angle des droits individuels, etc. : toutes les cases sont cochées dans la catégorie pro-immigration.

Les articles qui mettent en perspective la crise migratoire présentent le point commun de la minorer. L’hebdomadaire constate que « de moins en moins de migrants demandent l’asile en Europe » et un sous-titre de l’article concerné indique : « la crise migratoire est terminée ». Tout en passant sous silence l’augmentation continue du nombre de demandes d’asile en France et de nouveaux titres de séjour. Quand le journal s’interroge le 19 mars sur « quels pays ont le plus d’immigrés ? », il conclut par une assertion rassurante du World Economic Forum : « les flux de migrants générés depuis 2015 (…) n’ont pas changé de manière significative le tableau mondial des migrations internationales ».

Un article consacré à « la France, première terre d’accueil....en 1969 » montre bien involontairement que les arguments de l’époque en faveur de l’immigration sont les mêmes que ceux utilisés actuellement, alors que la situation sociale de la France s’est considérablement dégradée (chômage, communautarisme, etc.).

France Info : désintox sélective et valorisation de l’immigration

La chaîne de radio publique estime comme le Monde que Marine Le Pen fait de la désinformation dans sa comparaison des revenus des retraités et des migrants : la rubrique Désintox coproduite par Arte et Libération et reprise par France Info veut rétablir le 28 février la « vérité »  à ce sujet. Cet exercice sélectif qui avait déjà été fait le 25 février est renouvelé le 2 mars. Il est vrai que la répétition est le propre de la pédagogie. Les informations de la radio popularisant les initiatives en faveur des migrants sont nombreuses. Des articles sont ainsi consacrés à une exposition à Poitiers sur les migrations, à une œuvre choc (un corps dans un linceul) à Paris, à une série télévisée bientôt diffusée sur Arte pour « ramener de l’humanité dans le débat », à une bande dessinée intitulée « à bord de l’Aquarius », etc. La « maraude » organisée dans les Alpes bénéficie de plusieurs articles favorables, notamment le 15 et le 16 mars. Aucun mot sur l’illégalité des passages de clandestins et sur la possibilité de fermer la frontière franco-italienne comme meilleur moyen pour éviter les risques encourus par la traversée des Alpes. Les arguments des associations pro- migrants sont parfois repris en titre d’articles : les tests osseux « posent question », les gouvernements européens « complices de la tragédie des migrants en méditerranée ». La ligne éditoriale est clairement engagée et ne s’en cache pas.

Alors que plusieurs articles des médias cités s’accordent sur « la fin de la crise migratoire », de nombreux faits évoqués contredisent cette affirmation : c’est le nombre de mineurs étrangers et de demandeurs d’asile arrivant en France qui explose, ce sont les capacités d’accueil sans cesse augmentées qui saturent, au point de voir les campements sauvages resurgir. Une réalité qui se vérifie dans les chiffres des entrées légales et illégales sur le territoire. Dans plusieurs articles, des migrants interrogés par les journalistes viennent d’autres pays européens. Une illustration que la France devient un pays de repli pour les déboutés du droit d’asile, comme le soulignait récemment Le Point.

Le Parisien, Le Monde, L’Express et France Info semblent appliquer à la lettre les préceptes du Comité Economique et Social Européen et de l’Union européenne sur la présentation de l’immigration. Il s’agit d’éviter les informations réelles mais anxiogènes : l’immigration légale et clandestine en hausse continue, les éloignements rarissimes, la situation aux frontières hors de contrôle. Il s’agit au contraire de privilégier les récits de vie positifs afin de favoriser l’empathie.

Le travail de conviction ne semble pourtant pour le moment pas très efficace : l’immigration reste selon un récent sondage une préoccupation majeure des électeurs à l’occasion des élections européennes. Amis journalistes « progressistes », encore un effort.

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