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Maïa Mazaurette

3 novembre 2023

Temps de lecture : 20 minutes
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Maïa Mazaurette

Temps de lecture : 20 minutes

Maïa Mazaurette, « Madame Sexe » qui déteste les hommes

Le magazine Marie-Claire l’a baptisée « Madame Sexe » et il faut croire qu’en la lisant ou en l’écoutant, Maïa Mazaurette a effectivement fait des plaisirs de la chair son fonds de commerce. En France, pays de la gaudriole et des gauloiseries, ce genre de choix professionnel n’a rien de répréhensible bien au contraire et peut attirer un large public, au-delà des féministes ennemies du genre masculin, le monde de Maïa.

Maïa Maza­u­rette ne fait pas seule­ment que par­ler de ou pra­ti­quer une sex­u­al­ité sans lim­ites (comme la coprophagie, la con­som­ma­tion de matières fécales), la jour­nal­iste de France Inter est une fémin­iste une vraie mil­i­tante depuis l’âge de 16 ans à l’association « Marie pas claire » ! Du chemin a été par­cou­ru depuis mais les idées n’ont pas changé : « mil­i­tante, rad­i­cale, non mixte, anti-sex­iste, anti-raciste, anti-homo­phobe, anti-fas­ciste, anti-patri­ar­cale, anti-essen­tial­iste, anti-dif­féren­tial­iste reje­tant « les normes d’hétérosexualité.» L’audience aus­si, d’une cen­taine de lecteurs dans les années 90 avec ses arti­cles et ses dessins, dans la revue « Marie pas claire », Maïa Maza­u­rette touche désor­mais plusieurs cen­taines de mil­liers de per­son­nes chaque jour à écouter ses dis­cours poli­tiques enrobés de références sex­uelles. Maïa Maza­u­rette n’est pas la reine de la pail­lardise, elle est d’abord avant tout une mil­i­tante de la décon­struc­tion de la civil­i­sa­tion et de la cul­ture française et européenne.

Vie privée

Maïa Maza­ud, dit Maïa Maza­u­rette, est née en 1978 d’une mère pro­fesseur de let­tres et d’un père dessi­na­teur dans le tex­tile. Elle s’est mar­iée à New-York en 2015 avec l’acteur améri­cain Matthew Amendt. Un an aupar­a­vant, en juin 2014, Maïa Maza­u­rette avait per­du son fiancé danois Soren mort bru­tale­ment à l’âge de 29 ans d’une crise car­diaque. Un décès bru­tal qui lui a don­né un « sen­ti­ment de libéra­tion », depuis que « Soren est mort, je suis mille fois plus heureuse. Je don­nerais n’im­porte quoi pour qu’il ne soit pas mort, mais du moment où je l’ai vu tomber dans son champ de lavande, j’ai su qu’il venait de me don­ner une deux­ième chance. »

Formation

Après des études de let­tres à la Sor­bonne, elle intè­gre l’É­cole supérieure de jour­nal­isme de Lille (diplômée en 2001, 75e pro­mo­tion). C’est durant cette péri­ode qu’elle s’est lancée dans l’écriture :

« À l’é­cole, j’é­tais spé­cial­isée en caméra. J’avais vrai­ment envie de manier l’im­age, j’aimais aus­si beau­coup écrire. J’écrivais donc un livre, après les cours, pen­dant les cours. Je n’en avais par­lé à per­son­ne jusqu’au jour de la remise du diplôme : je venais de sign­er mon pre­mier con­trat avec un édi­teur! Dans ce pre­mier livre, “Nos Amis les hommes”, je par­lais des mecs fous à lier. Je ne man­quais pas de matière… Mon deux­ième livre, “Le pire est avenir” est sor­ti il y a six mois. À l’époque, j’é­tais encore CDD pour France 3. Depuis, j’ai arrêté et je tra­vaille pour la presse mas­cu­line: mes nou­veaux employeurs m’ont recrutée pour mon style. J’écris des arti­cles drôles. C’est ici que j’ai appris à écrire. Avant l’é­cole, j’avais ten­dance à être trop sérieuse, mais ça ne me cor­re­spondait pas. La preuve du rôle de l’ESJ : avant, j’écrivais sans être pub­liée. Depuis, je le suis. L’avenir ? Un troisième livre va bien­tôt sor­tir, je tra­vaille sur le qua­trième et il y en aura beau­coup d’autres ! » (« L’ESJ, port d’at­tache pour des­ti­na­tion incon­nue », La Voix du Nord, 14/11/2004)

NB : L’ESJ de Lille est la pire des écoles de jour­nal­isme en ce qui con­cerne le for­matage des esprits.

Carrière

Elle a com­mencé sa car­rière comme jour­nal­iste reporter d’im­ages sur France 3 en 2001. Elle ani­me ses blogs per­son­nels comme La Coureuse ou Sex­ac­tu. Puis, elle s’est tournée vers la presse écrite spé­cial­isée, notam­ment pour la presse mas­cu­line (Newlook et Play­boy de 2004 à 2007, GQ à par­tir de févri­er 2008). Elle par­ticipe occa­sion­nelle­ment à de nom­breux autres titres (Marie ClaireGlam­ourGraziaLa Revue — Pour l’in­tel­li­gence du mondeFHMBisouFlu­ide glacial et Fluide.G). En 2012–2013, elle devient chroniqueuse à France Inter. En 2014, elle pub­lie en anglais pour le The Copen­hagen Post. Depuis novem­bre 2015, elle tient une chronique heb­do­madaire pour Le Monde qu’elle illus­tre de ses dessins. D’oc­to­bre 2017 à juin 2018, elle poste 28 épisodes de pod­cast Sex & Sounds sur Arte radio. En jan­vi­er 2019, elle com­mence une chronique chez Usbek & Rica jusqu’en juil­let 2020. Elle col­la­bore aus­si en 2019–2020 au jour­nal Le Temps en Suisse.

En avril 2020, elle débute une nou­velle chronique dans l’émis­sion Quo­ti­di­en dif­fusée sur la chaîne TMC où son seg­ment, La Zone Maza­u­rette, est dif­fusé depuis sep­tem­bre 2020 trois fois par semaine. Elle rede­vient chroniqueuse sur France Inter aux côtés de Nagui jusqu’en jan­vi­er 2021, puis est trans­férée à par­tir de févri­er 2021 dans l’émis­sion « Grand Bien Vous Fasse » aux côtés d’Ali Rebei­hi. En mars 2021, elle poste sept épisodes de pod­cast Tra­verse sur France Inter.

À par­tir de sep­tem­bre 2023, avec Marie Mis­set et l’hu­moriste Marine Baous­son elle coprésente l’émis­sion Jusqu’ici tout va bien, sur France Inter, du lun­di au ven­dre­di, de 17h à 18h, reprenant la case de Char­line Van­hoe­nack­er.

Voir aus­si : Marine Baous­son, LGBTQIA+ de service

Publications

Maïa Maza­u­rette a un fonds de com­merce, c’est le sexe sous toutes ses cou­tures. Ces innom­brables textes écrits depuis 2001 tour­nent tous autour de ce seul et même thème sujet : les romans (Nos amis les hommes, Le pire est avenir, Dehors les chiens, les infidèles, etc), les nou­velles (Que jus­tice soit faite, la joie des slips troués, La mise en pièce, etc), les essais (La revanche du cli­toris, Peut-on être roman­tique en lev­rette ?, Let­tres à mon utérus, etc), les bande-dess­inées (Péchés Mignons, Sale bête, etc), ou les textes illus­trés (Les hommes en 30 mod­èles, Ma vie sex­uelle est plus grosse que la tienne , etc). Les col­lab­o­ra­teurs dans l’écriture de ses ouvrages sont les dessi­na­teurs de bande-dess­inée Arthur de Pins, Jean-Paul Krassin­sky, Dag­da, ou le médecin Damien Mascret (jour­nal­iste san­té pour plusieurs médias dont France 2 durant la crise du Covid). Maïa Maza­u­rette a aus­si par­ticipé en 2016 à la rédac­tion de Let­tres à mon utérus avec Cas­sia Car­ri­g­an, Nadia Daam, Octavie Del­vaux, sous la direc­tion de Mar­lène Schiappa.

Ses édi­teurs sont notam­ment a mai­son d’édition spé­cial­isée dans l’érotisme, La Musar­dine, mais aus­si les édi­tions Michel Lafon, les Édi­tions Gal­li­mard, Mné­mos ou les édi­tions Points.

Ce qu’elle gagne

Non ren­seigné.

Nébuleuse

Le mouvement féministe « Marie pas claire »

Ce col­lec­tif inter­dit aux hommes a été act­if dans les années 1990 avec une cinquan­taine de mil­i­tantes comme l’historienne Chris­telle Taraud, la réal­isatrice Sophie Bredi­er ou la jour­nal­iste Fiammet­ta Ven­ner. Le nom du col­lec­tif est « choisi par oppo­si­tion au jour­nal Marie Claire et plus glob­ale­ment aux mag­a­zines féminins qui véhicu­lent une cul­ture fémi­nine cap­i­tal­iste de la per­for­mance et une image des femmes stéréo­typée. Il évoque aus­si la “Marie-couche-toi-là” et con­stitue une cri­tique de l’injonction à être des femmes libérées sex­uelle­ment. Les Marie Pas Claire assu­ment un cer­tain trou­ble, comme s’en sou­vient Sabine, “on ne voulait pas être claires, ni sex­uelle­ment, ni poli­tique­ment”. » (source  : journals.openedition.org/cedref/305)

« Marie pas claire » est d’orientation d’extrême-gauche, avec des mil­i­tantes venant d’Alternative lib­er­taire, de Ras l’front, de la Ligue Com­mu­niste Révo­lu­tion­naire (LCR), de l’UNEF ou de la CNT (anar­cho-syn­di­cal­iste). Idéologique­ment, cette asso­ci­a­tion se définit comme « mil­i­tante, rad­i­cale (pas de com­pro­mis avec les entrem­is des femmes), non mixte, anti-sex­iste, anti-raciste, anti-homo­phobe, anti-fas­ciste, anti-patri­ar­cale, anti-essen­tial­iste, anti-dif­féren­tial­iste (« nous refu­sons les théories qui affir­ment que les femmes et les hommes sont dif­férents par essence. La femme n’existe pas, nous sommes toutes des indi­vidus com­plex­es, et le fait d’être munies de cer­tains car­ac­tères sex­uels n’implique pas que nous ayons une psy­cholo­gie par­ti­c­ulière. »), reje­tant « les normes d’hétérosexualité et de pro­créa­tion oblig­a­toires. » (source : femenrev.persee.fr). Dans ses actions, elle n’hésitait pas à atta­quer physique­ment ses opposants.

Elle mon­tre une ori­en­ta­tion très anti-catholique dans ses arti­cles, les mil­i­tantes de « Marie pas claire » met­tant leur com­bat au « pre­mier plan la lutte con­tre la mon­tée du front nation­al ou les com­man­dos catholiques anti-IVG. » (source : journals.openedition.org/cedref/305).

Au niveau de son réseau, le col­lec­tif « Marie Pas Claire » est « très lié au développe­ment pré­coce et durable des recherch­es et enseigne­ments fémin­istes à l’université Paris 7 où étu­di­ent de nom­breuses ani­ma­tri­ces (mais pas toutes). Elles sont en DEA ou en thèse de soci­olo­gie ou d’histoire et leur tra­vail de jeunes chercheuses vient nour­rir les pages du jour­nal (et inverse­ment). Le jour­nal est à la fois un lieu de for­ma­tion mil­i­tante et intel­lectuelle. Si le ton peut être ludique, le fond lui se pré­tend solide. Cer­taines de leurs enseignantes sont aus­si invitées à écrire : Danièle Ker­goat, Mar­garet Maru­ani, Michelle Perrot…L’exemple de Marie Pas Claire mon­tre bien la manière dont le renou­veau des fémin­ismes dans les années 1990 est intime­ment lié au développe­ment des études sur les femmes, le fémin­isme et plus tard le genre à l’université. Des mil­i­tantes fémin­istes de longue date sont aus­si invitées : Chris­tine Del­phy, Maya Sur­duts, Suzy Rojt­man, Joëlle Bruner­ie…. »

Militantisme

Comme indiqué supra, Maïa Maza­u­rette s’engage en 1995 dans l’association fémin­iste « Marie pas claire » : « je dirais que la sex­u­al­ité s’est imposée ensuite car je suis entrée dans une asso­ci­a­tion fémin­iste dès mes 16 ans. Évidem­ment, on y a vite par­lé de genre, de sexe, etc. » (source : letemps.ch). Sa moti­va­tion ? « Je détes­tais telle­ment être une fille dans ma ban­lieue moyenne du sud de Paris… J’ai deux par­ents fémin­istes qui nous ont élevés indif­férem­ment mon frère et moi. Dès que je suis arrivée à l’école, rien de ce qui était com­pris comme féminin ne me cor­re­spondait. Quand on par­le du « féminin » (asso­cié à la douceur, la dis­cré­tion, etc.), j’ai envie de sor­tir un revolver : ça ne s’applique pas à moi, ni à la plu­part de mes copines, c’est une grille de lec­ture absurde que l’on plaque sur nous. À 16 ans, tout le monde com­mence sa vie sex­uelle et cela se traduit par une crispa­tion iden­ti­taire – garçons très « lourds », filles très girly. Il me fal­lait un moyen de ver­balis­er ce qui me posait prob­lème : je voulais être un garçon, tant ce qu’on me demandait en tant que femme était absurde. La solu­tion a été de ren­tr­er dans une asso­ci­a­tion fémin­iste et de militer très jeune. En étant fémin­iste, je peux blâmer un sys­tème et pas des per­son­nes (les hommes en l’occurrence) ; con­cep­tu­alis­er, cela a été cru­cial pour moi. » (source : letemps.ch). Elle des­sine et écrit plusieurs arti­cles pour la revue éponyme, « Marie pas claire » (source : femenrev.persee.fr).

Par ailleurs, une Maïa Maza­ud-Tour­rette (Maza­u­rette est la con­trac­tion de ses deux noms) milite dans les années 1990 dans le groupe musi­cal fémin­iste les Zarma­zones.

Inter­venante dans le doc­u­men­taire « We Are Com­ing Chronique d’une révo­lu­tion fémin­iste » de Nina Fau­re : « sorte d’abrégé de cer­taines des plus récentes pris­es de con­science liées aux iné­gal­ités de genre, une démon­stra­tion réussie sur la manière dont l’intime peut et doit faire col­lec­tif pour sor­tir du patri­ar­cat. »

Ani­me la ren­con­tre « Représen­ter les corps, revendi­quer son corps : une lutte fon­da­men­tale pour l’émancipation » avec Axelle Jah Njiké, Titiou Lecoq, Emmanuelle Retail­laud dans le cadre « Parisi­ennes citoyennes ! Engage­ment pour l’émancipation des femmes (1789–2000) » organ­isée en 2023 par le musée Car­navalet à Paris.

Elle signe la péti­tion pour apporter son sou­tien à Nadia Daam :

« Nous, femmes et hommes, con­sœurs et con­frères de Nadia Daam, et pour cer­tains ses amies et amis, voulons sim­ple­ment dire aux brutes qui la per­sé­cu­tent qu’elle n’est pas seule, que nous pen­sons, comme elle, qu’ils sont des êtres lâch­es, minables et mépris­ables, et que nous atten­dons patiem­ment, mais avec con­fi­ance, que la jus­tice et la com­mu­nauté même du web les met­tent hors d’état de nuire. »

Par­ticipe au fes­ti­val Sol­i­days en 2022 à Paris, au “talk” « social club » : « Ils pren­nent le micro au Social Club pour chang­er votre per­spec­tive sur le monde et vous laiss­er imag­in­er de nou­veaux hori­zons. Ces con­sciences pas comme les autres par­leront de cli­mat, du monde d’après-covid, de la con­di­tion de vie des réfugiés dans les camps, de vivre ensem­ble, d’engagement. De nou­veaux regards sur la société. » Elle inter­vient sur le thème de la « libido en berne. »

En 2021, elle est l’une 343 fémin­istes qui « exi­gent » l’allongement des délais de recours à l’IVG dans le man­i­feste « Le patri­ar­cat freine nos choix » : « En sol­i­dar­ité avec toutes ces femmes, je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. En France. A l’étranger. Au-delà du délai légal français. Je pour­rais être l’une d’entre elles. Je suis sol­idaire. J’exige la réelle maîtrise de mon corps, j’exige le respect de mon corps, de mes droits et de mes choix, j’exige l’allongement des délais légaux d’accès à l’IVG ».

En 2022, le groupe TF1, dans le cadre de sa « Lutte con­tre les vio­lences faites aux femmes, le sex­isme et le har­cèle­ment sex­uel » met en valeur « la chronique de Maïa Maza­u­rette de Quo­ti­di­en » qui a per­mis de décou­vrir « les mul­ti­ples affaires de vio­lences sex­uelles et sex­istes au sein des par­tis poli­tiques et s’est inter­rogée sur les hommes de gauche qui défend­ent l’égalité femmes-hommes ou bien la défense des hommes accusés de vio­lences sex­uelles ou sex­istes sou­vent assurée par des femmes avo­cates. »

En sep­tem­bre 2020, « sur TMC, avec sa « Zone Maza­u­rette », elle prend à con­tre-pied Mari­na Foïs et Jonathan Cohen, venus assur­er la pro­mo­tion du film « Enorme » de Sophie Letourneur, l’histoire d’un type en mal d’enfant qui rem­place la pilule de sa femme par des sucrettes : “Le per­son­nage prémédite une grossesse for­cée (…) et fait en sorte qu’elle se pro­longe. Légale­ment, il n’y a pas de qual­i­fi­ca­tion mais entrave à l’IVG” explique-t-elle en bran­dis­sant un car­ton avec des chiffres, “c’est 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende”, nouvelobs.com, 05/10/2020.

« J’ai expliqué où elle se situe, com­ment on la touche, à quoi ressem­ble un sex-toy pro­sta­tique : des choses pré­cis­es qui sont passées comme une let­tre à la poste un ven­dre­di soir à 20 heures alors que les enfants sont devant l’écran », nouvelobs.com, 05/10/2020.

Elle l’a dit

« Cinq “jeunes des ban­lieues”, avec cas­quettes et accent, arrivent. Ils insul­tent une fille, qui est oblig­ée de s’éloign­er. Ils sont ivres et extrême­ment vio­lents, dans leurs gestes comme dans leurs paroles. Ils s’en pren­nent à nous, mais évidem­ment nous nous gar­dons bien de répon­dre à leurs provo­ca­tions. Plusieurs fois, ils par­tent et revi­en­nent nous agress­er, puis ils se cal­ment, nous pro­posent du cham­pagne. Avant de s’en aller, celui dont c’est l’an­niver­saire me demande de lui faire la bise. Il a le front bas, pas de vocab­u­laire, l’air très stu­pide, il me dégoûte. Pour­tant, n’ayant pas franche­ment le choix, j’ac­cepte, espérant que ça calmera le jeu. Il tente de m’embrasser ‑pour de vrai, j’en­tends. Là, for­cé­ment, je craque. Je le pousse d’un coup de paume, pas pour lui faire mal, juste pour qu’il recule. Je ne cherche pas les ennuis, mais je ne vais pas non plus avoir peur de ces grandes gueules, ce n’est pas mon genre. (…) Je vois vague­ment la main s’ap­procher de mon vis­age, trop rapi­de pour que je puisse éviter le coup que je me prends en tra­vers de la fig­ure. Poussée en arrière, je m’a­dosse au mur et je con­tin­ue à regarder la scène : ça gueule, ils par­tent… J’en­lève ma main de ma bouche, elle est rouge de sang. Mon man­teau aus­si, le sol aus­si. Je suis sur­prise d’en voir autant parce que je n’ai pas du tout mal, je me sens plutôt anesthésiée. (…) Tout ce qui me con­sole, c’est que ce type ne pour­ra pas se van­ter de m’avoir ” remise à ma place ” : mon petit ami, pen­dant que je me soignais aux toi­lettes, a retrou­vé mon agresseur et lui a cassé le nez à coups de chaîne. Je suis farouche­ment con­tre la loi du tal­ion et les mecs pro­tecteurs, mais ça fait plaisir quand même. La jus­tice n’au­rait rien pu faire, et au moins j’ai ma vengeance. Il n’y a pas eu d’im­punité. Il n’emporte pas sa fierté avec lui. (…) Le lende­main du con­cert, mon petit frère s’est fait dépouiller (mau­dite ban­lieue). Nous sommes allés, à qua­tre, retrou­ver l’a­gresseur. (…) C’est décidé, je me remets au sport. J’ai demandé à mes amis de m’ap­pren­dre à me bat­tre. Si les mecs ne voient en moi qu’un objet de beauté, je leur prou­verai qu’il y a en chaque femme une arme, au même titre que les hommes. », Marie Pas Claire, année 1999.

« Mille fois oui ! J’ai pu expéri­menter cer­taines pra­tiques grâce à l’anony­mat d’In­ter­net. Sans ce média, je n’au­rais sans doute jamais osé me lancer dans la coprophagie [con­som­ma­tion de matières fécales.] et le fétichisme de l’au­ric­u­laire, par exem­ple… » « Le sexe, ni moral­isa­teur ni clin­ique», Libéra­tion, 10/03/2006.

« Sept ans, c’est le temps qu’il faut pour régénér­er ses cel­lules, rap­pelle-t-elle. J’en­tame un nou­veau cycle de sept ans, plus aucune cel­lule de mon corps n’a con­nu Soren, le dernier lien physique s’est dis­sous mais ça fait longtemps que mon deuil ne me con­traint plus à rien. Ceci n’est pas une his­toire triste. » « L’adieu à l’être aimé », Téléra­ma, 24/04/2021.

« Rad­i­cal­ité: le mot effraie. Il rap­pelle la «rad­i­cal­i­sa­tion» pro­pre aux extrémistes religieux. Pour­tant, éty­mologique­ment, la rad­i­cal­ité con­siste à retourn­er à la «racine» des prob­lèmes. Dans le cas qui nous intéresse, le prob­lème peut se résumer en un mot: stag­na­tion. Cinq ans après l’explosion du mou­ve­ment #MeToo, les avancées fémin­istes con­crètes restent déce­vantes. Les vio­lences, les fémini­cides, les con­traintes sex­uelles con­tin­u­ent de faire l’actualité – tous les jours. Pour celles qui espéraient un change­ment rapi­de (or c’est exacte­ment ce qu’on attend d’une «révo­lu­tion»), cette litanie de drames accable.Même exas­péra­tion face à l’absence de sol­i­dar­ité des hommes: à quelques excep­tions près (…) ces derniers sem­blent avoir adop­té une posi­tion pas­sive face aux exi­gences des femmes. Une pas­siv­ité sou­vent perçue comme une trahi­son… d’où une rad­i­cal­ité sex­uelle portée, exclu­sive­ment, par des femmes. » Le Temps, 14/02/2022.

Jour­nal­iste (pour le men­su­el GQ), bloggeuse (Sexactu.com), chroniqueuse sur France Inter et écrivain (La Coureuse est son qua­trième roman), Maïa s’est spé­cial­isée il y a une dizaine d’an­nées dans le sexe, qu’elle abor­de dans tous ses détails et sans com­plexe. Même si le plus com­pliqué dans son méti­er reste tous ces sex toys qu’elle reçoit chaque jour et que la déon­tolo­gie lui impose d’es­say­er : « Je suis payée pour couch­er avec des objets ! J’en ai des sacs entiers dont je ne sais que faire. », « MAÏA MAZAURETTE SEX TOYS STORIES », Grazia, n°158, 21/09/2012.

« Il n’y a pas mar­qué “fémin­iste” sur ma carte de vis­ite, pour­tant c’est le socle de ma réflex­ion. Même si je suis bien inca­pable de me pass­er des mecs ! », « MAÏA MAZAURETTE SEX TOYS STORIES », Grazia, n°158, 21/09/2012.

« Enfin, la ques­tion qui tue : est-il décent d’offrir du sexe ? Est-ce un sac­rilège que de célébr­er le péché de lux­u­re lors d’une fête religieuse ? Cer­tains invo­queront les racines chré­ti­ennes de la France (racines étant apparues, comme cha­cun sait, pile en 498 [496] pen­dant le bap­tême de Clo­vis). D’autres relèveront que les sex-shops chré­tiens exis­tent depuis longtemps, et que les sex­toys ou films pornographiques util­isant cette imagerie sont légion. (Rap­pelez-vous cette som­bre his­toire de plug anal de Noël, en 2014, sur la place Vendôme à Paris.) Juste­ment parce que Noël est une fête famil­iale, la présence de la sex­u­al­ité n’est pas com­plète­ment hors sujet – d’autant qu’on par­le générale­ment de famille au sens biologique du terme. Si nous sommes tous ensem­ble sous le sapin, c’est bien qu’il y a eu for­ni­ca­tion, à répéti­tion. Donc non seule­ment il n’y a pas de con­tre-indi­ca­tion, mais on peut recom­mencer. », Le Monde, 22/12/2019.

« LGBTQIA+, c’est pas bien­tôt fini cette his­toire ? Les­bi­ennes, gays, bis, trans, queers, inter­sex­es, asex­uels, et il faudrait en ajouter encore ? Eh bien… oui, sans doute. Ce n’est pas si exas­pérant, et puis en France, d’habitude, nous sommes plutôt friands d’acronymes (…) Jusqu’à preuve (et reven­di­ca­tion) du con­traire, la société nous con­sid­ère comme bien instal­lés dans notre sexe de nais­sance, qui cor­re­spondrait à notre genre, tout cela serait somptueuse­ment hétéro­sex­uel, l’amour serait la grande aven­ture qui nous rendrait com­plets, et nous feri­ons des enfants. Ce « par défaut » est absurde. Surtout quand l’histoire, la géo­gra­phie ou les sci­ences sociales nous démon­trent que l’ordre naturel est con­stru­it (nous avons par exem­ple appris à l’école que l’idée d’hétérosexualité aurait épaté les citoyens athéniens de l’Antiquité, lesquels nous auraient sans doute demandé pourquoi nous avons tant besoin d’exhiber cette « éti­quette hétéro­sex­uelle »). », Le Monde, 30/06/2019.

« L’hétérosexuel lamb­da n’est pas moins étrange que les zoophiles, fétichistes, et autres polyamoureux, explique la chroniqueuse de « La Mati­nale » Maïa Maza­u­rette. », Le Monde, 10/02/2019.

L’article est mod­i­fié le même jour : « L’hétérosexuel lamb­da n’est pas moins étrange que les fétichistes et autres polyamoureux, explique la chroniqueuse de « La Mati­nale » Maïa Maza­u­rette. », Le Monde, 10/02/2019.

« On l’apprenait en début de semaine, 48 % des Français croient au grand rem­place­ment. Pen­dant que les can­cres révis­eront les sta­tis­tiques de l’immigration, courons nous met­tre au lit… pour con­stater que le même alarmisme existe dans la sphère sex­uelle ! On l’entend à inter­valle réguli­er : la « tech­nol­o­gi­sa­tion » de la sex­u­al­ité va anéan­tir le lien social, sen­ti­men­tal, affec­tif (et puis y’a plus de saisons, ma bonne dame). Nous serons bien­tôt rem­placés par la pornogra­phie, les sex­dolls plus ou moins robo­t­isées, les réseaux soci­aux, et bien enten­du les sex­toys. (…) Ce n’est pas qu’une ques­tion d’absence de pro­jec­tion sen­ti­men­tale. Comme le mon­tre l’anthropologue Agnès Gia­rd dans son ouvrage con­sacré aux sex­dolls au Japon (Un désir d’humain, édi­tions Les Belles Let­tres), rien n’empêche d’éprouver une réelle et sincère pas­sion amoureuse envers une poupée. », Le Monde, 14/01/2018.

Maïa Maza­u­rette inter­roge vio­lem­ment Thomas Braïl, le porte-parole d’un groupe qui proteste con­tre le pro­jet de l’A69 : « Vous par­lez que pour le futur que pour votre enfant, mais la manière dont vous en par­lez c’est un peu rigo­lo, c’est-à-dire on appelle ça des écureuils dans un arbre, c’est un peu enfan­tin comme manière de men­er la lutte. Vous n’avez pas peur de pass­er pour un guig­nol ? », Le Figaro, 16/10/2023.

« À l’école de jour­nal­isme de Lille, j’étais LA fémin­iste de la pro­mo­tion et au fur et à mesure de la for­ma­tion, au bout du énième arti­cle sur les derniers résul­tats de l’équipe de foot ou la dernière édi­tion de la bro­cante, j’ai peu à peu pris la mesure d’une forme de décalage : la plu­part des aspirant.es jour­nal­istes fan­tas­maient sur le fait de devenir reporter de guerre, alors que ce qui m’attirait, c’était les ques­tions de genre et de sex­u­al­ité. » cairn.info

« J’ai expliqué où elle se situe, com­ment on la touche, à quoi ressem­ble un sex-toy pro­sta­tique : des choses pré­cis­es qui sont passées comme une let­tre à la poste un ven­dre­di soir à 20 heures alors que les enfants sont devant l’écran », nouvelobs.com, 05/10/2020.

« Rat de bib­lio­thèque habituée à dis­sé­quer pen­dant des heures la théorie du genre ou les sta­tis­tiques sur la sex­u­al­ité des Français », nouvelobs.com, 05/10/2020.

Ils l’ont dit

« “Il faut tuer les vieux!” Telle est la seule issue pos­si­ble à une jeunesse dés­abusée, sans repères et sans espoir, que Maïa Maza­u­rette, fémin­iste de 25 ans, met en scène dans son roman. Entre par­ents irre­spon­s­ables, sans principe ni autorité, et vieil­lards envahissants revenus de toutes les idéolo­gies, impos­si­ble de pass­er à l’âge adulte pour les jeunes généra­tions. » « Quand les jeunes tuent les vieux », Le Monde de l’Éducation, 01/11/2004.

Le 1er sep­tem­bre, sur TMC, avec sa « Zone Maza­u­rette », elle prend à con­tre-pied Mari­na Foïs et Jonathan Cohen, venus assur­er la pro­mo­tion du film « Énorme » de Sophie Letourneur, l’histoire d’un type en mal d’enfant qui rem­place la pilule de sa femme par des sucrettes : « Le per­son­nage prémédite une grossesse for­cée (…) et fait en sorte qu’elle se pro­longe. Légale­ment, il n’y a pas de qual­i­fi­ca­tion mais entrave à l’IVG » explique-t-elle en bran­dis­sant un car­ton avec des chiffres, « c’est 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende », nouvelobs.com, 05/10/2020.

« Rat de bib­lio­thèque habituée à dis­sé­quer pen­dant des heures la théorie du genre ou les sta­tis­tiques sur la sex­u­al­ité des Français. », nouvelobs.com, 05/10/2020.