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Clément Viktorovitch

12 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes
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Clément Viktorovitch

12 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes

Père la morale du PAF

Le « fact-checking » ayant le vent dans le dos, le PAF et la presse voient croître le nombre de « fact-checkeurs ». Dans cette catégorie, Clément Viktorovicth creuse son trou depuis plusieurs années. Officiant sur France Info, l’universitaire, lunettes rondes sur le nez, « décrypte » les discours et les procédés rhétoriques.

Origines et formations

Clé­ment naît le 29 mai 1984 en région parisi­enne. Sa famille est, selon ses mots, « ni aisée, ni mod­este, entre-les deux », mais bien « parisi­enne ». Sa mère est une insti­tutrice dans la « tra­di­tion répub­li­caine ». Elle est pas­sion­née de lit­téra­ture, son père de musique. C’est de ce cock­tail que va naître la pas­sion du jeune Clé­ment pour la rhé­torique qu’il enseigne à l’IEP de Paris. C’est d’ailleurs à ses par­ents qu’il dédie son livre pub­lié en 2022 inti­t­ulé Le Pou­voir rhé­torique. De son pro­pre aveu, c’est « un gamin assez chi­ant ». Néan­moins, s’il tient de sa mère un goût pour la lit­téra­ture, il tient aus­si à pré­cis­er que sa « vraie cul­ture, c’est la pop culture. ».

Il entre à la fac, où il mène d’abord une maîtrise d’his­toire qu’il con­sacre au mariage et à la sex­u­al­ité des clercs à l’ère mérovingi­en­ne. Nous sommes alors en 2006, et la France est sec­ouée par les man­i­fes­ta­tions con­tre le con­trat pre­mière embauche (CPE), pro­mul­gué par Dominique de Villepin. Le jeune étu­di­ant observe alors les débats par­lemen­taires à l’Assem­blée et trou­ve sa voie. Si, plus jeune, il hésite entre astro­physi­cien, jour­nal­iste ou encore enseignant-chercheur en his­toire médié­vale, il décide de se con­sacr­er à la sci­ence poli­tique. Il réalise d’abord une maîtrise à Pan­théon-Sor­bonne, puis une thèse sous la direc­tion de Flo­rence Haegel, con­sacrée aux débats par­lemen­taires au Sénat et à l’Assem­blée entre 2008 et 2012. Sa direc­trice se sou­vient d’un étu­di­ant autonome et bril­lant. Il fait sa thèse à Sci­ence Po Paris et la sou­tient en 2013.

Parcours professionnel

Il fait ses pre­miers pas sur le petit écran en 2014 sur Pub­lic Sénat, lors d’une émis­sion con­sacrée au Front Nation­al. Il dis­sèque le verbe de Louis Aliot entre « métaphores sim­pli­fi­ca­tri­ces » et « for­mules euphémisantes ». Il a alors un style très uni­ver­si­taire, mais a, sem­ble-t-il déjà trou­vé son créneau.

Deux ans plus tard, il inter­vient sur i>Télé sous les aus­pices d’Au­drey Pul­var. La cam­pagne prési­den­tielle de 2017 lui per­met de gag­n­er en galon. Il est enrôlé dans l’équipe de Pas­cal Praud et offi­cie dans l’Heure des Pros. Il est alors con­sid­éré comme la cau­tion de gauche de l’émis­sion et s’il­lus­tre en con­tre­dis­ant cer­taines per­son­nal­ités sur des sujets comme l’is­lam ou l’im­mi­gra­tion. Le 20 sep­tem­bre 2018, il a un débat ani­mé avec Char­lotte d’Or­nel­las à pro­pos de l’im­mi­gra­tion, où il s’é­chine avec force et ent­hou­si­asme à essay­er de démon­ter le chiffre de 200 000 arrivées de migrants sur le ter­ri­toire en une année. Ironique­ment, il sera qual­i­fié d’« islamo-gauchiste » par un chroniqueur de Téléra­ma. Néan­moins il quitte l’émis­sion après une sai­son et rejoint Lau­rence Fer­rari qui ani­me Punch­line. Par­al­lèle­ment, il inter­vient aus­si dans On refait le monde, dif­fusée sur RTL et ani­mée par Marc-Olivi­er Fogiel.

En 2019 il quitte CNews, mais reste dans le groupe Canal. Il obtient une chronique dans Clique, émis­sion dif­fusée quo­ti­di­en­nement et ani­mée par Mouloud Achour. Sa chronique, inti­t­ulée Les points sur les i, analyse les dis­cours et les procédés rhé­toriques employés par les per­son­nal­ités poli­tiques. En plus de cette chronique, il obtient sa pro­pre émis­sion à par­tir de novem­bre 2019. Dans son émis­sion Viens voir les doc­teurs (référence à une chan­son du rappeur Doc Gyné­co), il reçoit des uni­ver­si­taires pour évo­quer des sujets d’actualité tels que la ques­tion cli­ma­tique, l’im­mi­gra­tion ou les Gilets jaunes. L’émis­sion est dif­fusée sur Clique TV. Il cesse sa chronique dans Clique en juin 2021.

Depuis août 2021, il reprend son con­cept de « débunk­age ver­bal » sur France info dans une chronique inti­t­ulée Entre les lignes.

Out­re ses activ­ités télévi­suelles et radio­phoniques, il est aus­si enseignant. Sa dis­ci­pline c’est la négo­ci­a­tion, qu’il enseigne à Sci­ences Po Paris depuis 2009. Il l’a aus­si enseignée à l’E­NA entre 2015 et 2018, ain­si qu’à l’ESSEC, entre 2014 et 2018. Il a égale­ment enseigné la sci­ence poli­tique à l’U­ni­ver­sité Paris XIII. Et à ceux qui le met­taient en garde con­tre l’aspect dif­fi­cile de cette uni­ver­sité de ban­lieue, Clé­ment répond qu’il s’ag­it des « mer­veilleuses années de sa vie (sic) ».

Entre 2014 et 2018, il est égale­ment mem­bre du lab­o­ra­toire de recherch­es « com­mu­ni­ca­tion et poli­tique » à IRISSO – Dauphine.

Parcours militant

Le rhé­teur est un mil­i­tant et ne s’en cache pas. Son cre­do : don­ner les clés pour com­pren­dre les « arnaques » que nous vendent nos gou­ver­nants. Dans cette optique il fonde, en 2011, Aequiv­ox, un blog hébergé par Medi­a­part et qui se veut « poli­tique­ment neu­tre et indépen­dant » (resic). Dans son idée, il s’agis­sait alors « de faire du Nor­man ou Cyprien sur la poli­tique ». Aujour­d’hui les vidéos sont supprimées.

Il fonde égale­ment une uni­ver­sité pop­u­laire, Politeia, en col­lab­o­ra­tion avec Aequiv­ox, et le cen­tre d’é­tudes européennes et poli­tiques com­parées de Sci­ences Po Paris et les bib­lio­thèques de la ville de Paris. Là encore, son objec­tif est de pro­mou­voir l’en­seigne­ment de la rhé­torique. Il s’ag­it pour Vik­torovitch d’un objec­tif : créer une démoc­ra­tie saine et plus par­tic­i­pa­tive où le citoyen a les clés pour décrypter les discours.

Out­re ses engage­ments asso­ci­at­ifs, il a égale­ment été l’as­sis­tant par­lemen­taire d’Adrien Giraud, député MoDem, « mais pour qui les éti­quettes comp­taient peu ». Il écrit ses dis­cours entre 2007 et 2008.

Publications et récompenses

  • Le pou­voir rhé­torique : appren­dre à con­va­in­cre et à décrypter les dis­cours. Seuil, 2021, 478 p.

Nom­iné aux Bobards d’Or deux années de suite (2019 et 2020), il reçoit un “Bobard clas­sique” en 2019 pour avoir affir­mé sur CNews “qu’il n’y pas d’im­mi­gra­tion mas­sive”.

En 2022, il reçoit le prix étu­di­ant du livre poli­tique LCP, pour Le pou­voir rhétorique.

Il l’a dit

« On peut con­tin­uer avec cette fake news qui con­siste à dire 200 000 per­son­nes par an, un mil­lion en cinq ans, c’est tout sim­ple­ment faux ! » sur CNews, 20 sep­tem­bre 2018

« On m’ac­cuse de dis­simuler, mais les gars, je n’ai jamais fait de mys­tère de mes con­vic­tions ! J’ai trois con­vic­tions : je souhaite plus de dis­tri­b­u­tion de la richesse entre les citoyens, une meilleure redis­tri­b­u­tion du pou­voir au sein de la société et une prise en compte de l’ur­gence écologique dans toutes les déci­sions. » aux Inrocks, 6 décem­bre 2019

« Je pro­pose que la rhé­torique soit enseignée durant l’année de pre­mière, au lycée. C’est un pro­jet poli­tique : une société dans laque­lle les indi­vidus sont plus éclairés et plus exigeants est une société où ils seront plus en mesure d’exercer leur citoyen­neté. Une démoc­ra­tie, c’est un régime où le pou­voir rhé­torique est partagé. », Téléra­ma, 11 jan­vi­er 2022.

« Je ne me défi­nis pas comme un homme de gauche je ne suis l’homme ni d’un camp, ni d’un par­ti », TéléS­tar, 11 sep­tem­bre 2019.

« Une con­ver­sa­tion Tin­der, il y a rien de plus rhé­torique que ça », Clique TV, 15 décem­bre 2019.

Sur le savoir uni­ver­si­taire : « c’est pas vrai, mais c’est rigoureux », Ibid.

Sur la peine de mort : « C’est un déshon­neur d’avoir atten­du tant de temps avant de l’abolir », Ibid.

Sur son pas­sage à i>Télé : « J’y suis com­plète­ment libre, per­son­ne ne me dit quoi que ce soit. », France info, 25 octo­bre 2018.

Nébuleuse

Il doit son arrivée sur i>Télé à l’in­ter­ces­sion d’un ami com­mun avec un jour­nal­iste de la chaîne. Il fait ses débuts aux côtés d’Au­drey Pul­var. Comme le souligne les Inrocks, il tente de « faire enten­dre une parole pro­gres­siste et rigoureuse » (Les Inrocks, 6 décem­bre 2018). Pas éton­nant, donc, de le voir d’abord aux côtés de Mouloud Achour, puis sur France info, antenne publique. Mais ras­surons-nous, c’est un uni­ver­si­taire, c’est un pro­gres­sisme sup­posé rigoureux.

Ils l’ont dit

« Face à Vik­torovitch, les fan­tasmes iden­ti­taires font pschitt. », Les Inrocks, 6 décem­bre 2018

« Le camp du bien tient sa nou­velle coqueluche. Lunettes ron­des, barbe légère et vis­age prévenant, Clé­ment Vik­torovitch est le nou­veau père-la-morale du PAF. », Valeurs Actuelles, 22 octo­bre 2019

« C’é­tait un bon com­pagnon. Il est très réac­t­if, bril­lant, avec une capac­ité de syn­thèse rare. Il a beau­coup de qual­ités pour faire de la télévi­sion. » Pas­cal Praud à France Info, 25 octo­bre 2018.

« Clé­ment est clair, con­cis et péda­go. Il donne de la teneur à ses pro­pos. », Pas­cal Praud, Ibid.

« Pour moi il était tout sauf un clasheur, il n’é­tait pas for­cé­ment très engagé. », Hélène Riss­er, Ibid.

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