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L’Ojim a lu : « La politique sur un plateau »

14 février 2014

Temps de lecture : 3 minutes
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L’Ojim a lu : « La politique sur un plateau »

Si la politique
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a tou­jours eu à voir avec la théâ­tral­ité, la nou­velle scène des plateaux télévisés en a changé les ressorts et peut être la sub­stance. C’est cette inter­re­la­tion com­plexe qu’in­ter­ro­gent les auteurs de La poli­tique sur un plateau, dans un tra­vail qui mêle sci­ence poli­tique, soci­olo­gie et his­toire des médias. L’ouvrage décrit le proces­sus d’individualisation des posi­tions pro­pre à la poli­tique du XXème siè­cle qui devait finir par faire primer la mise en valeur de soi plutôt que la con­struc­tion du dis­cours.

Pierre Leroux et Philippe Riutort, La politique sur un plateau (PUF)

Pierre Ler­oux et Philippe Riu­tort, La poli­tique sur un plateau (PUF)

Le champ de la télévi­sion et celui de la poli­tique ont longtemps par­ticipé de ratio­nal­ités dif­férentes, voire advers­es : entre la mise en scène d’une légitim­ité et le besoin de pas­sion­ner des téléspec­ta­teurs avides de change­ment il exis­tait une dichotomie qui n’a réelle­ment évolué qu’au cours des années 1980. La télévi­sion choisit alors de rompre avec le cadre jour­nal­is­tique pour lui préfér­er l’émer­gence du diver­tisse­ment et pose dès lors la ques­tion de l’in­té­gra­tion de prob­lé­ma­tiques sérieuses dans une grille de pro­gramme qui fait de la légèreté un style et même une philoso­phie.

Ce change­ment du rythme et des thé­ma­tiques impose alors un nou­veau dis­posi­tif comme le théorise Michel Fou­cault, c’est à dire un nou­v­el espace de for­ma­tion de l’im­age et du dis­cours qui a pour con­séquence des effets induits pour tous les par­tic­i­pants.

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Ain­si, alors que les invités poli­tiques acceptent d’adopter un rythme et une argu­men­ta­tion adap­tés à la cul­ture “zap­ping”, les chaînes de télévi­sion mod­i­fient la hiérar­chie interne pour met­tre en avant des ani­ma­teurs vedettes for­mant dès lors une cor­po­ra­tion essen­tielle du monde médi­ati­co-poli­tique.

La loi Léo­tard de 1986 qui libéralise la pro­duc­tion des émis­sions de télévi­sion con­tribue ample­ment à ce proces­sus de “stari­sa­tion” qui défray­era bien­tôt la chronique, suite au scan­dale Elk­a­b­bach dévoilant les revenus faramineux des grands présen­ta­teurs de la télévi­sion publique. « L’homme moyen ne sem­ble plus qu’un loin­tain sou­venir devant s’ef­fac­er et laiss­er place à l’an­i­ma­teur », écrivent les uni­ver­si­taires.

A l’an­i­ma­teur trans­for­mé en défenseur de cause et en entre­pre­neur d’une mar­que, les poli­tiques répon­dent gradu­elle­ment par la mon­stra­tion de l’in­time et la reven­di­ca­tion d’une logique com­pas­sion­nelle afin de cor­re­spon­dre à la séman­tique employée dans des émis­sions comme « Le Vrai Jour­nal » de Karl Zéro, « Vive­ment Dimanche » de Michel Druck­er ou « Tout le monde en par­le » de Thier­ry Ardis­son. En somme, les ani­ma­teurs télévisés parv­in­rent à s’ou­vrir un univers poli­tique longtemps récal­ci­trant à la poli­tique spec­ta­cle en imposant les normes de la « société cool » décrite par le soci­o­logue Gilles Lipovestky. Nous en trou­ve­ri­ons aujour­d’hui un exem­ple car­i­cat­ur­al avec les facéties de l’an­i­ma­teur Cyril Hanouna, saltim­banque couron­né pour son traite­ment grossier et volon­taire­ment vul­gaire de l’ac­tu­al­ité dans l’émis­sion « Touche pas à mon poste ».

La télévi­sion n’a cepen­dant pas réduit l’importance des appareils par­ti­sans : ne passent à la télévi­sion que ceux qui réu­nis­sent un réseau assez con­séquent pour représen­ter une famille poli­tique liée aux grands par­tis. Il serait inex­act d’y voir une désacral­i­sa­tion de la parole publique, la ten­dance va plutôt à de nou­veaux espaces sacrés où pri­ment la tra­jec­toire d’un indi­vidu et la capac­ité des inter­venants à devenir des entre­pre­neurs de leur image.

La poli­tique sur un plateau doit donc répon­dre à la logique binaire de la télévi­sion, si elle sem­ble abaiss­er la valeur de la parole publique, elle reste cepen­dant un out­il de pro­duc­tion de la légitim­ité et donc un espace de théâ­tral­i­sa­tion du pou­voir : “la lutte est ain­si faite prin­ci­pale­ment de coups, de haines tenaces, de vengeances, d’al­liances pro­vi­soires, de suc­cès ou de défaites, sou­vent mesurés à tra­vers les retours sondagiers de l’opin­ion publique.” Théâtre certes, mais dont les dehors absur­des imposent aux acteurs de vers­er dans une dom­i­na­tion plus fuyante et donc, cer­taine­ment, plus maligne.

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