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Le médiateur de Radio France rééduque les journalistes et les auditeurs

9 mars 2018

Temps de lecture : 2 minutes
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Le médiateur de Radio France rééduque les journalistes et les auditeurs

Chacun connaît le rôle difficile du médiateur dans les organes d’information, presse écrite, télévisuelle ou radiophonique. Coincé entre la direction, les protestations des lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs et la volonté d’indépendance (très variable) des journalistes. Un rôle de tampon en somme. L’expérience de Jérôme Bouvier à France Télévisions ne semble pas l’avoir enthousiasmée. Mais le médiateur se fait souvent enseignant en « bons sentiments », dans l’air du temps. Une sorte de langue de coton, parfois involontairement comique, dont nous tirons quelques exemples des bulletins envoyés aux journalistes de Radio France les 2 et 16 février 2018.

Il faut changer le langage, mais pas toujours

Un fait divers mal­heureux, le meurtre d’une jeune femme par son mari donne au médi­a­teur l’occasion de faire une leçon de gram­maire poli­tique­ment con­forme à l’ambiance fémin­iste du moment. Cita­tion : « A pro­pos de cette affaire, osons employ­er le mot exact pour qual­i­fi­er ce meurtre : fémini­cide (le mot est en gras dans le texte)… Il est encore peu util­isé, mais, comme nous l’écrivent régulière­ment des audi­teurs, il faut absol­u­ment qu’il rem­place (c’est nous qui soulignons) les expres­sions “crime sen­ti­men­tal” ou “drame pas­sion­nel”, dont les femmes sont le plus sou­vent les vic­times ». Reste à trou­ver un terme quand la femme sup­prime son mari, osons pro­pos­er – et sans peur du ridicule — « masculinicide ».

Retenons l’intention de chang­er le vocab­u­laire. Fort bien. Tout le temps ? Dans la page suiv­ante sous la rubrique « Par­ti pris », le médi­a­teur évoque la sit­u­a­tion des ter­ri­toires pales­tiniens. Un rédac­teur avait employé l’expression « ter­ri­toires dis­putés », à la place de « ter­ri­toires occupés ». C’est cette expres­sion qui doit être util­isée dit le médi­a­teur « En effet, on a tou­jours évo­qué les ter­ri­toires occupés ». Ah bon ? Tou­jours ? Pour tou­jours ? Côté cour on change, côté jardin on main­tient. Au gré du vent dom­i­nant sans doute.

Les opinions respectables… et les autres

Une petite chanteuse entur­ban­née a défrayé la chronique lors d’une émis­sion de chan­son­nettes et fût écartée du con­cours pour des tweets « com­plo­tistes » (met­tant en doute l’attentat de Nice). Il sem­blerait que Radio France ait plutôt pris la défense de la jeune chanteuse en faisant preuve d’indulgence à son égard et en accu­sant la « fachos­phère » d’avoir mon­té une cabale con­tre elle. Nous ne pren­drons pas par­ti dans cette querelle sec­ondaire. Cer­tains audi­teurs se sont indignés d’être assim­ilés à la dite fachos­phère. Et c’est là que le char­mant médi­a­teur mon­tre le bout de son nez. Il imag­ine : « j’inverse la sit­u­a­tion et me demande si nous auri­ons eu la même indul­gence face à un jeune chanteur qui aurait posté des tweets affir­mant (et là, je m’inspire de la fachos­phère et de ce que reçois régulière­ment)) : “Tou­jours plus de migrants… le gou­verne­ment com­plice des ter­ror­istes et des atten­tats” ou” Encore un atten­tat musul­man. Voilà le vrai vivre ensem­ble” ? Non, évidem­ment et heureuse­ment (en gras dans l’original)… Évi­tons le par­ti pris manichéen et respec­tons les opin­ions (respecta­bles) de nos audi­teurs. »

Résumons : la petite chanteuse, sans doute un peu musul­mane, a un peu exagéré en met­tant un peu en cause un peu d’attentat. Mais on peut lui mon­tr­er « de l’indulgence ». Par con­tre un chanteur qui oserait profér­er une évi­dence comme « tou­jours plus de migrants » ne saurait béné­fici­er de sem­blable indul­gence. Pourquoi ? Parce que dans ce cas son opin­ion n’est pas « respectable ». Qui déter­mine ce qui est respectable et ce qui ne l’est pas ? Le médi­a­teur, con­forté par le con­formisme général du ser­vice pub­lic. Il a gag­né une médaille en chocolat.

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