Le Figaro s’interroge sur les commentaires pro-Poutine sur son site

Pourquoi il y a tant de commentaires pro-Poutine sur le Web ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre lefigaro.fr en interrogeant Pierre-Henri d’Argenson, spécialiste des questions internationales à Sciences Po.

Le quotidien s’interroge en effet sur l’engouement que suscite le président russe dans les commentaires qui inondent chacun de ses articles sur le sujet. Pour M. d’Argenson, il y a à l’origine une « sympathie pro-russe que l’on retrouve surtout en France au sein des mouvements gaullistes et souverainistes » et qui prône la stratégie bien française de l’« alliance de revers ». Outre cette donnée, la raison principale est, toujours selon le spécialiste, bien plus profonde. Les internautes expriment surtout « le refus implicite de beaucoup de gens de se plier à l’injonction médiatique désignant la Russie de Poutine comme le camp du Mal ».

« Il s’agit d’une révolte intellectuelle, qui relève d’une lame de fond de rejet de l’ordre idéologique régnant. Internet facilite cette révolte en libérant l’expression, et nous assisterons dans les années qui viennent à un soupçon de plus en plus systématique, par principe, à ce qui sera présenté comme la pensée obligatoire sur tel ou tel sujet », poursuit-il, soulignant qu’il y a également une « fascination pour la «virilité» du personnage, avec son mélange de sang-froid et d’audace guerrière ».

« Dans l’inconscient collectif, Vladimir Poutine évoque un peu Louis XIV: c’est un monarque absolu, autoritaire, mais capable de protéger le peuple russe contre les puissants. Les médias «mainstream» ne comprennent pas cela », explique-t-il. Et Pierre-Henri d’Argenson de faire la comparaison avec notre système actuel, déconsidéré pour avoir « donné le pouvoir à l’oligarchie, aux baronnies, aux multinationales, aux lobbies, qui font et défont les règlements européens sans le moindre contrôle populaire, face à une classe politique toujours prompte à parler de “démocratie” et de “droits de l’homme” mais en réalité impuissante ou consentante ».

Le spécialiste conclut : « Les commentaires «pro-russes» ne sont pas l’expression d’un «parti de l’étranger». Ce qui s’exprime aujourd’hui, c’est un jugement politique tel qu’on le retrouve presque toujours dans l’histoire: même si les gens n’aiment pas Poutine, ils reconnaissent en lui un grand dirigeant, qui restera dans l’histoire de la Russie. »

Les médias « mainstream » prendraient-ils enfin en compte la fracture qui sépare leur ligne éditoriale et le ressenti de leurs lecteurs ? Sans doute la crise de la presse est-elle pour quelque chose dans cette remise en question…

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