Karl Zéro s’est-il organisé un petit festival familial et amical payé par le contribuable à Trouville ?

Télécharger en PDF

L’ex-vedette de télévision Karl Zéro organise depuis deux ans le festival du film Culte à Trouville-sur-Mer, où il est propriétaire d’une résidence secondaire. Problème : selon les détracteurs du festival (et de la mairie), c’est le contribuable qui paie les factures à rallonge d’un festival organisé entre amis et en famille. Karl Zéro se juge, lui, victime d’un clochemerle local. La mairie de Trouville-sur-Mer a lâché l’ancienne vedette… qui s’est trouvé un nouveau port d’attache à Porto-Vecchio (Corse) avec le festival du film politique.

Le Canard Enchaîné résumait l’affaire, début octobre. Pour l’organisation du festival, Karl Zéro n’est pas allé chercher bien loin : sa femme est la présidente de l’association, sa fille, Anaïs, s’occupe des programmations, son fils, Gabin, fait la promo web. Dans le jury, il a recasé tous ses copains : Joey Starr, Laurent Baffie, Arielle Dombasle, Jacques Séguéla etc…

Des aides à répétition et des dépassements à rallonge

Et pour les budgets, ils ne sont jamais tenus. En 2016, la ville avait subventionné à hauteur de 60 000 €, et avait du remettre 30 000 € en catastrophe. En 2017, elle a voté 60 000 € de subvention, et « parallèlement, la Ville a apporté son soutien à Karl Zéro à travers la mise à disposition de locaux, de matériel logistique ainsi que de diverses autres aides indirectes » pour 20 000 €, explique le journal local, Le Pays d’Auge, un bihebdomadaire du groupe Publihebdos (filiale de Ouest-France) diffusé en moyenne à 10 000 exemplaires le mardi et le vendredi.

La région Normandie a aligné, elle, 30 000 €. Quand on voit le nombre de projets associatifs, de reprises ou de modernisations de commerces, de travaux qui échouent faute d’avoir obtenu au bon moment les bonnes aides, ces montants laissent songeurs.

Cependant, Karl Zéro a sollicité une rallonge de 58 403 € pour son festival, malgré une fréquentation en demi-teinte. « La Ville a notamment pris en charge la location d’une tribune pour 9 506,40 €, une prestation d’hôtesses pour 5 870,79 € et une facture de gardiennage pour 13 870,79 €. La valorisation comprend aussi un trajet en taxi d’un total de 550 € », précise le journal. Le maire a fait voter la rallonge, mais l’opposition comme la majorité crient halte au sketch : « Où sont les comptes d’ailleurs, que j’ai réclamés de nombreuses fois ? Sur quel document comptable s’appuie-t-on ? Bref, trois jours de festival, sans public ou presque (le concert de Michel Legrand étant une tout autre manifestation) à 120 000 €, cela revient pour la ville à débourser 40 000 € par jour », s’insurge l’élue d’opposition Élisabeth Schemla.

Dans un communiqué de presse, Karl Zéro a annoncé la troisième édition avant même le vote du conseil municipal : « j’en profite pour annoncer dès aujourd’hui la troisième édition du FIFC à Trouville-sur-Mer, afin d’éviter aux “mécontents” de protester à nouveau en janvier prochain, comme l’an passé ». Cependant le Pays d’Auge en doute : « de l’aveu même du maire, à l’issue de la séance de conseil municipal, il sera quasiment impossible d’organiser une troisième édition ». Aux frais de la mairie tout au moins.

Karl Zéro, victime d’un clochemerle organisé par une presse partiale ?

Karl Zéro a répondu au Canard Enchaîné : « j’ai 130 000 € de budget et je ne gagne rien. Seuls mes enfants sont payés, 1000 €, pour un vrai travail ». Dans Le Pays d’Auge, il s’estime « écœuré » par les accusations dont il fait l’objet : « Dans Le Canard Enchaîné j’ai le sentiment d’être le François Fillon du pauvre et dans vos colonnes je lis que ” je fais payer la Ville” puis que la mairie me lâcherait. Franchement, quel est notre intérêt à organiser ce Festival ? On ne prend pas d’argent. On le fait vraiment. Cela nous mobilise trois mois. Trois mois où on n’est pas payé ».

Il explique que l’augmentation des dépenses est lié à l’apport en industrie (locaux, aménagement, services) effectué et géré par la Ville « ce n’est pas moi qui signe les chèques. Je n’étais même pas au courant de ces dépenses supplémentaires. Nous ne choisissons pas les entreprises de sécurité, d’hôtesses ou de chauffeur et ne commandons pas non plus de taxi… ». C’est donc cet apport, incorrectement chiffré, qui aurait fait monter la facture. Il détaille son budget : 250 000 € avec les subventions de la ville et de la région, « les apports en échanges, gracieux en réalité, de soutien à notre opération de l’ensemble de nos partenaires, qui représentent 80 000 €. Vous ajoutez à cela les apports des pages vendues dans le catalogue ou la visibilité de marque, en l’occurrence cette année Vivendi au travers de CNews et c’était Chanel, et cela ajoute 30 000 € ». Et insiste sur le coût médiatique qui rattrape pour Trouville la différence de visibilité par rapport à sa voisine Deauville. À quel prix ?

Il a répondu aussi à ses détracteurs sur Le Huffington Post, en apportant une précision éclairante : la principale détractrice de son festival (et du maire) est une ancienne journaliste. Ce qui pourrait expliquer que la presse locale a relayé avec complaisance ses accusations : « les personnages: un respectable magistrat à la Cour des Comptes, Maire de Trouville depuis bien trop longtemps au goût de sa conseillère municipale d’opposition, prématurément retraitée d’une presse flageolante, qui s’est juré de le remplacer. Des lustres qu’elle s’y emploie, ayant beaucoup de temps libre. Pour cela, bien sûr, tout lui est bon, car comme disait Chirac “Plus c’est gros, plus ça passe” ! Au milieu, votre serviteur, cible idéale pour faire les frais de l’éternel adage de tout conseil municipal qui se respecte: subventions = dérapages! »

Il réplique avec violence à la charge menée contre lui dans la presse locale : « les dialogues se révèlent affligeants de médiocrité. Faut dire qu’ils sont bâclés, écrits avec le coude par deux “plumitives”, rageuses pour d’obscures raisons témoignant de l’état d’esprit rabougri qui règne toujours dans ces médias locaux aux ordres de cénacles d’édiles en mal de reconnaissance. Même repeinte à la hâte par notre jeune président, La “France moisie” (chère à Sollers) affleure toujours: elle déteste tout ce qui est nouveau, généreux ou audacieux. Elle sent la mort, cette France des rond-points et des bacs fleuris, des napperons sur la télé et des haines recuites, celle qui se tait et qui aime dénoncer ».

Partir en Corse pour fuir la « France moisie » ?

Cependant, il semble avoir trouvé une nouvelle mairie prête à le suivre : à Porto-Vecchio où il a eu une résidence secondaire jusqu’en 2015. Il va y faire un festival international du film politique, une idée qui était née à Ajaccio il y a quelques années mais n’avait pas prospéré là-bas. « Ce raout se tiendra du 26 au 29 octobre, et pour la composition de son jury, Zéro n’a pas pris trop de risques. Y figure Edmond Simeoni, le pape vivant du nationalisme corse », précise Le Canard Enchaîné. Il y annonce aussi Rachida Dati, Jean Lassalle – viendra-t-il alors qu’il est pris dans la tourmente du grand déballage de harceleurs sexuels suite à l’affaire Weinstein ? – et Marlène Schiappa.

Pour cette première édition du festival, la mairie va aligner 10 000 € et son office de tourisme 50 000 €. D’autres subventions pourraient être obtenues grâce au mille-feuille territorial ; le département et la collectivité territoriale de Corse en l’occurrence, annonce Jérôme Paoli, cofondateur du festival. Qui va se développer dans la durée, explique Karl Zéro à France 3 Corse : « On a essayé d’avoir Oliver Stone mais c’est trop cher pour nous. Mais on l’aura à la deuxième ou à la troisième, ce n’est pas très grave. Il y a un cinéma politique dans le monde entier. C’est souvent un cinéma engagé ou sociétal. L’idée c’est de les amener tous ici, petit à petit, et que ça devienne le rendez-vous politique du cinéma ». The show must go on !

Crédit photo : Pierre Metivier via Flickr (cc)

Voir aussi