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Historia : nouvelle tempête dans un verre d’eau

23 octobre 2023

Temps de lecture : 4 minutes
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Historia : nouvelle tempête dans un verre d’eau

Temps de lecture : 4 minutes

Un « syndrome du JDD » est-il en train de naître au sein de la presse mainstream et bien-pensante ne supportant pas que son entre-soi idéologique soit un tant soit peu dérangé ? Il s’agirait là d’une maladie contagieuse se manifestant par des crises de raidissement «moral » accompagnées d’un prurit de dénonciation citoyenne et d’appel à l’épuration politique… Cette affection pourrait cependant être soignée par l’application de (très) confortables indemnités de départ pour « clause de conscience ».

Voir aus­si : Deux mois plus tard, un JDD presque classique

Historia, changement de propriétaire et de direction

S’il est encore trop tôt pour évo­quer une épidémie, un tel mal sem­ble bien avoir frap­pé une par­tie de la rédac­tion du vénérable mag­a­zine His­to­ria à l’annonce de la nom­i­na­tion de l’écrivain Franck Fer­rand au poste de directeur édi­to­r­i­al. Cette nom­i­na­tion fait suite au rachat du titre, fondé en 1909, par LVMH (pro­prié­taire notam­ment du groupe Les Échos-Le Parisien et de Radio Clas­sique), le nou­veau pro­prié­taire ayant décidé de « débar­quer » le précé­dent directeur, Guil­laume Malau­rie, ancien de Libéra­tion et du Nou­v­el Obser­va­teur.

Un spécialiste de Marat et un youtubeur sur le départ

Ce change­ment de direc­tion a immé­di­ate­ment sus­cité l’ire et l’incompréhension d’une par­tie de l’équipe rédac­tion­nelle dont cer­tains mem­bres ont démis­sion­né comme l’his­to­rien Olivi­er Coquard, enseignant à Hen­ri IV et spé­cial­iste de Marat, ou le youtubeur Ben­jamin Bril­laud, alias Nota Bene.

Si les « fron­deurs » remet­tent en cause la légitim­ité en tant qu’historien de l’écrivain et ani­ma­teur de télévi­sion, soulig­nant son absence de titres uni­ver­si­taires (à l’exception d’un DEA en his­toire mod­erne), c’est surtout son posi­tion­nement idéologique « non con­forme » qui les fait s’étrangler de colère et d’effroi. Ceux-ci met­tent ain­si en avant les col­lab­o­ra­tions de Franck Fer­rand avec l’hebdomadaire « réac­tion­naire » Valeurs Actuelles ain­si que les chroniques qu’il donne depuis 2021 à « la chaîne d’extrême-droite » (sic) Cnews.

Reductio ad Zemmourum

Dans un com­mu­niqué, les mécon­tents en appel­lent donc à la tra­di­tion­nelle « vig­i­lance » quant à la ligne édi­to­ri­ale d’His­to­ria et, sans rire, à une « neu­tral­ité absolue d’un point de vue poli­tique et idéologique ». Dans le quo­ti­di­en Libéra­tion, bien con­nu pour sa « neu­tral­ité poli­tique absolue », Olivi­er Coquard n’hésite pas à prêter de som­bres arrières-pen­sées à Franck Fer­rand en affir­mant (sur quelle base?) que :

« Franck Fer­rand souhaite retrou­ver l’Historia de son enfance, ce mag­a­zine con­ser­va­teur et un peu rance dans lequel rares étaient les vrais chercheurs, pré­cisé­ment parce que la com­plex­ité de l’approche his­to­ri­enne n’y avait pas sa place ».

Quand on juge – et con­damne – non sur des faits ou des écrits mais sur des inten­tions sup­posées, on n’est plus très loin du procès en sor­cel­lerie. Mais si c’est pour la bonne cause…

La vasectomie oui, le roman national non

Tout ce petit monde s’imagine, bien évidem­ment, comme étant de fiers et courageux résis­tants face à une « véri­ta­ble offen­sive con­ser­va­trice» (sic) visant à « servir un dis­cours poli­tique, servir le roman nation­al et mon­ter les gens les uns con­tre les autres » (re-sic). Ain­si, Ben­jamin Bril­laud, entre deux éloges de sa vasec­tomie, pré­cise :

« Les médias ont leur respon­s­abil­ité, en don­nant trop la parole à des gens qui n’avaient aucune légitim­ité. En met­tant Zem­mour sur le même niveau que la parole d’un his­to­rien, on con­tribue à le légitimer. »

Mais quel rap­port entre Zem­mour et Franck Fer­rand ? Le vidéaste (dont le rôle de « vul­gar­isa­teur his­torique » n’est pour le coup pas remis en cause le moins du monde par son absence de « bagage uni­ver­si­taire ») ne le pré­cise pas.

Franck Fer­rand n’a pour­tant pas vrai­ment le pro­fil d’un dan­gereux et sul­fureux extrémiste, mais il est vrai qu’il en faut aujourd’hui bien peu pour froiss­er les sen­si­bil­ités des vig­i­lants défenseurs de l’uniformité de pen­sée et d’expression, rebap­tisée non sans humour « plu­ral­isme de la presse et des médias ».

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