Accueil E Veille médias E Coronavirus et tracking dans les médias : tu seras tracé et tu aimeras ça

Coronavirus et tracking dans les médias : tu seras tracé et tu aimeras ça

18 avril 2020 | Temps de lecture : 7 minutes

Faire un don à l'OJIM S1 2026

Faire un don à l'OJIM S1 2026
Levé 230,00€
Objecif 10 000,00€
Donateurs 2
2,3%

Toutes les sociétés de contrôle et de limitation des libertés individuelles naissent d’un motif sécuritaire. De même, aucune société de contrôle ne se met en place sans l’assentiment de ses « élites » et le consentement d’une majorité de sa population. Est-ce cela qui se met progressivement en place du fait du coronavirus en France ? L’OJIM ne pouvait que suivre tout ce qui risque de mettre en cause nos libertés, première petite revue de presse.

Depuis plusieurs semaines et les affir­ma­tions réitérées selon lesquelles cela aurait fonc­tion­né dans des sociétés telles que Sin­gapour, le gou­verne­ment français envis­age de plus en plus d’instaurer le track­ing dans le cadre de la lutte con­tre l’épidémie de coro­n­avirus. Il y a eu un sem­blant de « débat » en son sein, le pou­voir poli­tique affir­mant réfléchir, vouloir être cer­tain que cela n’irait pas à l’encontre des lib­ertés indi­vidu­elles et peu à peu l’idée ayant fait son chemin, elle sem­ble s’imposer. En par­ti­c­uli­er dans des médias que l’esprit cri­tique sem­ble avoir déserté.

Dans les jours qui ont suivi l’allocution du Prési­dent de la République du lun­di 13 avril, les regards se sont con­cen­trés sur « l’horizon du 11 mai », d’un décon­fine­ment poten­tiel et de la remise en route des écoles. Mais le prési­dent avait aus­si évo­qué la ques­tion du track­ing, indi­quant que cela était envis­age­able, et à l’étude, sous cer­taines con­di­tions. Il n’est pas inin­téres­sant de not­er qu’une pra­tique à même de lim­iter les lib­ertés indi­vidu­elles, ici la lib­erté de cir­cu­la­tion, n’a pas été con­sid­érée comme l’élément essen­tiel de l’allocution, dans un con­texte où le gou­verne­ment avait déjà mon­tré sa volon­té de fix­er des lim­ites, par exem­ple avec la loi Avia. Notons aus­si que depuis le 15 avril 2020, le même gou­verne­ment com­mu­nique sur les risques que feraient peser des groupes d’ultra gauche sur la France, des risques « révo­lu­tion­naires ». Une pandémie dif­fi­cile à juguler, des risques de révo­lu­tion, un sys­tème de con­trôle disponible, une pop­u­la­tion habituée à ne plus cir­culer et ayant inté­gré un besoin d’être pro­tégée, quoi de mieux pour installer une société de contrôle ?

Fran­ce­in­fo, le jeu­di 16 avril, indique que la mise en œuvre du « suivi » ou traçage de la pop­u­la­tion est une réus­site en Corée du Sud où la pop­u­la­tion n’a pas été con­finée et où il n’y a que 229 morts env­i­ron. Per­son­ne n’indique que les sociétés asi­a­tiques du Sud-Est, con­fucéennes et boud­dhistes, ne fonc­tion­nent pas selon des rap­ports à autrui iden­tiques aux nôtres. Il n’y pas d’application mais l’utilisation des bor­nages des smart­phones four­nis par les opéra­teurs télé­phoniques en Corée du Sud. L’exemple est mon­tré de manière extrême­ment pos­i­tive. Insis­tance au sujet de la France : l’application envis­agée con­sis­terait à échang­er des don­nées entre smart­phones, indi­quant si l’on croise un malade ou pas, et le gou­verne­ment ou les GAFAM ne pour­raient pas « con­serv­er les don­nées ». Qui peut sérieuse­ment y croire? L’exemple le plus mis en avant est en réal­ité celui de Sin­gapour : « De son côté, Sin­gapour a dévelop­pé l’ap­pli­ca­tion Trace­To­geth­er. Fonc­tion­nant sur la base du con­sen­te­ment des util­isa­teurs, elle utilise la tech­nolo­gie Blue­tooth pour iden­ti­fi­er et enreg­istr­er les télé­phones situés à prox­im­ité. Si un cas de Covid-19 est con­fir­mé, le télécharge­ment des don­nées vers un serveur devient obligatoire. »

Plus tôt dans la journée, « Le monde est à vous », sur Fran­ce­in­fo, fai­sait preuve d’un esprit cri­tique éton­nement lim­ité, la jour­nal­iste affir­mant qu’avec l’application envis­agée par la France « il n’y a pas de géolo­cal­i­sa­tion automa­tique par GPS » et qu’il « n’est pas ques­tion d’avoir accès à vos don­nées per­son­nelles ».

En réal­ité, la sur­veil­lance des smart­phones et le traçage des indi­vidus n’est pas une nou­veauté, ain­si que le révélait le New York Times dans une enquête rap­portée par Valeurs Actuelles le 27 décem­bre 2019. L’enquête mon­trait que des dizaines de start-up dans le monde recueil­lent des don­nées de smart­phones par géolo­cal­i­sa­tion et vendent des fichiers à des ser­vices de ren­seigne­ment, des gou­verne­ments ou à des entre­pris­es. Le New York Times mon­trait des dizaines de mil­liers de points jaunes, en temps réel, sur une image de la ville, les smart­phones tracés par les entre­pris­es en ques­tion, et indi­quait que la police de Lon­dres s’était déjà procurée l’application.

Par ailleurs, ce traçage per­met d’installer des appli­ca­tions sans que les pro­prié­taires des smart­phones n’en soient infor­més. Le traçage des pop­u­la­tions n’a ain­si pas atten­du le coro­n­avirus pour être envis­agé, cela pour­rait ressem­bler à un prétexte.

Qu’en disent d’autres médias (pour l’instant) ?

Pour le Huff­post, habituelle­ment soucieux de défendre les lib­ertés et les désirs indi­vidu­els de toutes sortes, le débat est sec­ondaire : « Le pro­jet du gou­verne­ment de traçage des indi­vidus par le télé­phone a provo­qué un débat nour­ri, opposant les ten­ants du recours à la tech­nolo­gie comme moyen de lutte con­tre l’épidémie de coro­n­avirus, et ceux qui esti­ment que le risque pour les lib­ertés indi­vidu­elles serait trop grand. Au-delà de ce débat, il faut s’interroger sur l’efficacité d’un tel dis­posi­tif. » Le mag­a­zine ne défend pas l’idée d’une sur­veil­lance mais ne la rejette pas, si elle est efficace.

Le 16 avril Le Monde s’interroge : « Faut-il avoir peur de Stop­Covid, l’application de « trac­ing » voulue par le gou­verne­ment ? Com­ment fonc­tion­nera l’application pour trac­er les malades et leurs con­tacts, et existe-t-il des risques pour la pro­tec­tion de nos données ? »
Là aus­si la for­mu­la­tion du titre indique un fait acquis, même si l’article et le pod­cast tem­pèrent (légère­ment). Le Monde l’indique : l’État ne suiv­ra pas chaque indi­vidu. Le jour­nal sem­ble en être con­va­in­cu. Nous seri­ons pro­tégés grâce à un anony­mat sous forme de matricule. Ras­sur­ant. Pour l’instant, Le Monde con­sid­ère que « sur le papi­er cela peut marcher » mais qu’il y a encore « beau­coup de si ». L’application « trans­forme les cas en points », exacte­ment ce que révélait le New York Times con­cer­nant le con­trôle déjà en œuvre par le biais des smart­phones. Pour le quo­ti­di­en, ce sys­tème « pro­tégerait bien plus notre vie privée que par exem­ple Google maps ». Il y a cepen­dant « des risques » donc « il vaut mieux le faire bien ». L’existence même de ce type de mode de sur­veil­lance n’est déjà plus mise en question.

Le quo­ti­di­en Les Échos est ras­suré : « Brux­elles va encadr­er les appli­ca­tions de tracking.
La Com­mis­sion européenne veut har­monis­er l’u­til­i­sa­tion des appli­ca­tions de suivi des con­tacts face au Covid-19. Après l’adop­tion d’une recom­man­da­tion mer­cre­di, une « boîte à out­ils » tech­nique doit être définie et adop­tée par les Vingt-Sept la semaine prochaine. »
Cha­cun sera heureux d’apprendre que l’Union Européenne veille sur nos libertés.

Pour Le Figaro et l’AFP, le 15 avril 2020 : « Track­ing : le gou­verne­ment veut garder la maîtrise du développe­ment face à Google et Apple ». La prob­lé­ma­tique n’est donc pas de débat­tre de la néces­sité de la sur­veil­lance par des appli­ca­tions inté­grées dans nos smart­phones mais de garder la main. Sachant que Apple et Google tra­vail­lent à un stan­dard com­mun, ce qui n’a jamais eu lieu. Cela devrait inter­peller, d’autant que l’application doit pou­voir fonc­tion­ner à l’échelle mondiale…

Le 16 avril, Fran­ce­in­fo don­nait aus­si un argu­ment mas­sue en faveur du con­trôle par le biais des smart­phones : « Le prési­dent du Grand Est y est favor­able ». À voir l’impact de ce qui s’est passé dans cette région, dans l’inconscient col­lec­tif, il n’est pas dou­teux que ce genre d’argument fera son chemin.

Par con­tre, plus per­son­ne ne relève un point qui était encore essen­tiel il y a peu, sachant que le pre­mier smart­phone a été mis en cir­cu­la­tion il y a 11 ans. La ques­tion de l’existence même de cet objet pou­vant con­duire à un con­trôle des pop­u­la­tions était en débat et nom­bre de per­son­nes se sont opposées à cette tech­nolo­gie, jusqu’à ce qu’elle devi­enne habituelle en une dizaine d’années par assen­ti­ment et con­sen­te­ment. Le 15 avril 2020, la prési­dente de la CNIL, Marie-Lau­re Denis, demande au gou­verne­ment que l’application de traçage des malades du Covid-19 soit réelle­ment « temporaire »…