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Contre le discours de haine, le réseau des « bien pensants » en Allemagne

3 décembre 2021

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Contre le discours de haine, le réseau des « bien pensants » en Allemagne

3 décembre 2021

Afin de contrer des insultes et un harcèlement présumés, un large front d’initiatives et d’ONG se forme dans la lutte contre le « discours de haine » et ses diffuseurs. Ces organismes ont un point commun : leur action est principalement dirigée contre les messages et positions de droite.

Tempête de l’amour en vue

Se présen­ter en défenseurs de la démoc­ra­tie per­met à ces groupes de trou­ver un large sou­tien poli­tique et dans la société. Des mil­liers de per­son­nes encour­a­gent ce tra­vail non seule­ment en sig­nalant des rap­ports haineux mais encore par des dons. Le gou­verne­ment fédéral se fait lui aus­si bailleur de fonds de ces acteurs de la lutte con­tre la haine et l’ag­i­ta­tion, un sujet qui a depuis longtemps pri­or­ité absolue pour cer­taines insti­tu­tions non gouvernementales.

Le pro­jet Love-Storm.de (« tem­pête d’amour ») est lui-aus­si engagé dans cette « résis­tance ». L’ob­jec­tif est claire­ment for­mulé : « Ren­forcer les agressés, activ­er les témoins con­tre la haine et fix­er aux agresseurs des lim­ites non vio­lentes ». Pour cela, l’ini­tia­tive pro­pose une for­ma­tion en ligne gra­tu­ite devant per­me­t­tre aux par­tic­i­pants d’ap­pren­dre à mieux réa­gir au dis­cours de haine : « De cette façon, tu peux mieux réfléchir à ta sit­u­a­tion per­son­nelle, décider des straté­gies appro­priées et mieux con­tr­er la dynamique du dis­cours de haine », peut-on lire sur son site Inter­net. La Fédéra­tion pour la défense sociale a reçu près de 891 000 euros du tré­sor pub­lic entre 2015 et 2020, pour financer entre autres la « tem­pête d’amour ». Ce n’est cepen­dant pas la seule ini­tia­tive qu’elle sou­tient : dans les men­tions oblig­a­toires du Netz ohne Haß (« Réseau sans haine »), on trou­ve égale­ment la Fédéra­tion pour la défense sociale. Netz ohne Haß/Réseau sans haine pro­pose égale­ment une for­ma­tion con­tre la haine sur les réseaux Inter­net — en coopéra­tion avec Love-Storm. Leurs con­férences sont en par­tie iden­tiques et il y a des chevauche­ments au niveau du per­son­nel. Les deux cam­pagnes sont fer­me­ment ancrées dans le vaste porte­feuille des enne­mis auto­proclamés du dis­cours de haine.

Des campagnes dirigées contre la droite

Cette bulle tient entre autres grâce à Das Nettz, le “Point d’in­ter­con­nex­ion con­tre le dis­cours de haine » qui s’est don­né pour mis­sion de ren­dre vis­i­bles les acteurs de cette même idéolo­gie. “Le Point d’in­ter­con­nex­ion est un espace sur Inter­net où l’on peut trou­ver des ini­tia­tives et des pro­jets qui prô­nent le courage civique numérique et une cul­ture pos­i­tive du débat”, peut-on lire sur leur site. Das Nettz est soutenu par la Fon­da­tion Mer­ca­tor et la Fon­da­tion Robert Bosch, entre autres.

Un coup d’œil sur leur compte Twit­ter fait con­stater que le chien de garde du débat neu­tre est loin de l’être lui-même. Le réseau se posi­tionne non seule­ment con­tre la haine et l’ag­i­ta­tion, mais se prononce égale­ment en faveur des Fri­days for Future (« Ven­dredis pour le futur »), partage des tweets de l’ Amadeu Anto­nio Foun­da­tion, de gauche rad­i­cale, et d’une société organ­isatrice de cam­pagnes en ligne, de gauche, Cam­pact.

Combattre les « ennemis de l’humanité »

Nadine Brömme, respon­s­able chez das Nettz, est très active sur les réseaux soci­aux. Elle qual­i­fie l’AfD (par­ti de droite pop­uliste, n.d.t.) de par­ti hos­tile à la démoc­ra­tie et enne­mi de l’hu­man­ité. Une per­son­ne sur trois a voté pour l’AfD aux élec­tions fédérales en Saxe ; «C’est un désas­tre», écrit Brömme. Cette prise de posi­tion, loin de la neu­tral­ité annon­cée par l’as­so­ci­a­tion, n’empêche nulle­ment le gou­verne­ment fédéral de la soutenir finan­cière­ment. De 2017 à 2019 elle a reçu env­i­ron 376 000 euros. Un organ­isme de même type, bet­ter­place lab gGmbH (« lab­o­ra­toire pour un espace meilleur », SARL asso­cia­tive) aura reçu en 2021 des fonds sup­plé­men­taires d’en­v­i­ron 350 000 euros.

En étroite collaboration avec la Fondation Amadeu Antonio

Brömme se range habile­ment du côté des fusions numériques telles que Die Insider/les ini­tiés. Ce réseau de recherch­es, par­ti­c­ulière­ment act­if sur Twit­ter, « fouille dans les groupes Face­book liés à l’AfD et mon­tre com­ment l’AfD par­le quand per­son­ne n’é­coute », selon sa pro­pre descrip­tion. Le fait que, dans la plu­part des cas, ces groupes n’aient aucun lien direct avec ce par­ti ne sem­ble pas avoir d’im­por­tance pour eux. Un manque d’im­par­tial­ité et une prox­im­ité avec la gauche peu­vent égale­ment être observés dans d’autres organ­i­sa­tions se dis­ant con­tre le dis­cours de haine…

Miro Dit­trich, respon­s­able de 2018 à 2020 du pro­jet AAS de:hate englobant les phénomènes numériques d’extrême droite, pop­ulistes de droite et com­plo­tistes idéologiques, a même co-fondé un « Cen­tre de veille, d’analyse et de stratégie », le CeMAS. L’ob­jec­tif de l’ob­ser­va­tion sys­té­ma­tique des « idéolo­gies com­plo­tistes, de la dés­in­for­ma­tion, de l’an­tisémitisme et de l’ex­trémisme de droite » sur les plate-formes en ligne est d’« iden­ti­fi­er en amont les ten­dances anti­dé­moc­ra­tiques » et de met­tre les analy­ses « à dis­po­si­tion des dif­férents acteurs-rices soci­aux-les » afin de « leur per­me­t­tre d’abor­der la société dans son ensem­ble et pour relever les défis de manière constructive ».

Signaler et dénoncer

Jesu­is­là fait par­tie du réseau de la Fon­da­tion Amadeu Anto­nio tout comme de celui de HateAid, autre organ­i­sa­tion de lutte con­tre la haine sur Inter­net. Alors que les pre­miers, après un proces­sus de pro­fes­sion­nal­i­sa­tion ces dernières années, pro­posent désor­mais quelques sémi­naires sur le traite­ment des dis­cours de haine, HateAid — soutenu par le min­istère de la Famille et le min­istère de la Jus­tice — se con­cen­tre avant tout sur une meilleure pro­tec­tion des vic­times de vio­lences numériques. En assumant les frais de jus­tice, par exem­ple, dans les cas appro­priés. Si les procès financés sont gag­nés, les dom­mages et intérêts revi­en­nent oblig­a­toire­ment à HateAid.

La « haine sur Inter­net » peut donc être com­bat­tue au moyen de lit­iges, de groupes, de for­ma­tions en ligne et de réseaux de sites Inter­net. Mais ce n’est pas tout : on peut aus­si tout sim­ple­ment « cafarder » au sujet de con­tenus sur Hassmelden.de/Rapporter la haine.de,  parte­naire du bureau du pro­cureur général de Franc­fort-sur-le-Main. Il suf­fit de copi­er l’URL de la pub­li­ca­tion sup­posée haineuse, de la coller dans un champ de texte  et de cli­quer sur « Sig­naler ». Une appli­ca­tion pour les télé­phones mobiles existe aus­si, pour Apple iOS et Android : Com­bat­tre la haine en déplace­ment. Gra­tu­it et anonyme. Tout ce qui ne cor­re­spond pas à son pro­pre univers d’opin­ion, que cela soit ou non per­ti­nent d’un point de vue pénal, peut être sig­nalé. Les mil­i­tants anti-haine peu­vent se cacher der­rière le même anony­mat que de nom­breux agi­ta­teurs. Ce qui vis­i­ble­ment égale à une inci­ta­tion : plus de 300 000 sig­nale­ments ont été reçus à ce jour, « et chaque jour, 1 000 sont ajoutés », annonce l’or­gan­i­sa­tion sur Inter­net. Après exa­m­en juridique, 90 000 auraient fait l’ob­jet d’une plainte a posteriori.

Un logiciel de détection automatique

Le plaisir social de com­bat­tre la haine a aug­men­té au cours des dernières années. Le cœur de cette lutte est un com­bat con­tre la droite, ces organ­ismes fer­mant les yeux sur d’autres formes d’inci­ta­tion à la haine, comme celles issues de l’is­lamisme ou de l’ex­trémisme de gauche. La diffama­tion ne sem­ble pas pos­er prob­lème si elle vient de soi-dis­ant « bons ». L’im­bri­ca­tion d’ organ­ismes de gauche et de gauche rad­i­cale con­firme cette tendance.

La sci­ence, elle aus­si, s’est mise au pas. Récem­ment, l’U­ni­ver­sité de Darm­stadt a présen­té un pro­jet de recherche visant à dévelop­per un logi­ciel de détec­tion automa­tique des « dis­cours de haine » sur Inter­net, car, selon cer­tains uni­ver­si­taires, “les médias soci­aux comme Twit­ter, Face­book ain­si que les colonnes de com­men­taires en ligne des jour­naux et des sta­tions de radio sont de plus en plus dom­inés par des per­son­nes qui dif­fa­ment, insul­tent et menacent”.

Source : Junge Frei­heit, 24/11/2021. Tra­duc­tion : AC

Illus­tra­tion : source, page Face­book LoveStorm.GegenHassimNetz/

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