Ojim.fr
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Conférence de l’AEGE : « Pouvoir exécutif : veille et influence médiatiques »

L’article que vous allez lire est gratuit. Mais il a un coût. Un article revient à 50 €, un portrait à 100 €, un dossier à 400 €. Notre indépendance repose sur vos dons. Après déduction fiscale un don de 100 € revient à 34 €. Merci de votre soutien, sans lui nous disparaîtrions.

17 août 2023

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Conférence de l’AEGE : « Pouvoir exécutif : veille et influence médiatiques »

Conférence de l’AEGE : « Pouvoir exécutif : veille et influence médiatiques »

Temps de lecture : 5 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 26 jan­vi­er 2023

Le 12 janvier 2023 se tenait une conférence à l’École de guerre économique organisée par le club OSINT & Veille et le club Influence. Elle avait pour thème la veille au sein de différents services du pouvoir exécutif français. Dans un dossier numérique paru en octobre 2022, l’Ojim s’était intéressé à l’OSINT, ce renseignement en sources ouvertes dont les journalistes mais en définitive surtout les services sont tant friands. Les deux intervenants à cette conférence sont venus confirmer notre constat : les services de l’État mettent un point d’honneur à utiliser les outils les plus en pointe pour collecter et traiter des informations et des données.

Mathieu Andro au service de Madame Borne

Le pre­mier inter­venant n’était autre que l’animateur du réseau de veille doc­u­men­taire des Ser­vices du Pre­mier Min­istre. Doc­teur en sci­ences de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion, Math­ieu Andro a expliqué son rôle de coor­di­na­teur des veilles de tous les ser­vices rat­tachés au Pre­mier Min­istre. On l’ignore sou­vent, mais Matignon a sous sa coupe des dizaines de ser­vices (Ser­vice d’Information du Gou­verne­ment, Secré­tari­at Général du Gou­verne­ment, etc.) et autres autorités indépen­dantes (CNIL, Défenseur des Droits, etc.).

L’intervention d’Andro est une bonne présen­ta­tion de tous les out­ils et méth­odes employés par les spé­cial­istes de l’exploitation des don­nées infor­ma­tiques. Développe­ment de robots pour « économiser du temps de cerveau humain », text-min­ing, crowd­sourc­ing, webcrawl­ing, Flux RSS, machine-learn­ing et intel­li­gence arti­fi­cielle, tout est bon pour opti­miser le fonc­tion­nement des Ser­vices du Pre­mier Min­istre mais aus­si pour être le plus effi­cace pos­si­ble dans la veille sur de nom­breux secteurs et thèmes et sur des personnalités.

Selon Andro, pour un bud­get annuel de 15 000 euros (qui paraît faible), entre 4000 et 5000 robots infor­ma­tiques sur­veil­lent le Web pour le compte du Pre­mier Min­istre. Un de ses robots est notam­ment chargé tous les mardis soir de pass­er au peigne fin l’édition du Canard Enchaîné de la semaine pour savoir si elle ne com­porte pas des infor­ma­tions pou­vant poli­tique­ment gên­er l’exécutif.

Louis Caldas au service d’En Marche puis de Dominique Faure

Les Ser­vice du Pre­mier Min­istre sur­veil­lent aus­si les pub­li­ca­tions sur les réseaux soci­aux, si nom­breuses que leur traite­ment ne peut se faire par le sim­ple tra­vail humain. C’est un domaine dans lequel est spé­cial­isé le sec­ond inter­venant de cette con­férence, Louis Cal­das, ingénieur en sci­ences des don­nées et en intel­li­gence arti­fi­cielle, Data Ana­lyst pour En marche pen­dant la prési­den­tielle et les lég­isla­tives de 2022. Cal­das tra­vaille aujourd’hui en tant que Con­seiller presse, com­mu­ni­ca­tion et opin­ion auprès de Dominique Fau­re, min­istre déléguée chargée des Col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales et de la Ruralité.

Son méti­er ? La sur­veil­lance des sources de manière automa­tisée. Cal­das étudie les phénomènes d’influence sur les réaux soci­aux, l’opinion et les don­nées en ligne. Son tra­vail per­met d’anticiper l’arrivée de polémiques sur les réseaux soci­aux pour le compte d’un client enten­dant défendre sa répu­ta­tion et son image, ou encore de savoir si une idée a la vent en poupe, s’il est pos­si­ble de la ven­dre ou si elle doit être abandonnée.

Social Network Analysis

Des out­ils et des méth­odes très util­isés par les entre­pris­es pour la com­mu­ni­ca­tion de crise et par les hommes poli­tiques. La Social Net­work Analy­sis est une dis­ci­pline en plein essor et se pose les ques­tions suiv­antes : quelles sont les per­son­nes qui inter­agis­sent avec un sujet ? Quels sont les comptes qui influ­en­cent le plus une sit­u­a­tion (une polémique, une crise) ? Com­ment se propage une infor­ma­tion par rap­port à une sit­u­a­tion normale ?

Cette dis­ci­pline remonte à la source de la prop­a­ga­tion, elle « clus­terise » les groupes de per­son­nes, s’intéresse à leurs car­ac­téris­tiques, manie des algo­rithmes de mod­u­lar­ité, la théorie des graphes, des algo­rithmes de spa­cial­i­sa­tion pour obtenir la car­togra­phie d’un évène­ment. Cal­das donne un exem­ple : pour un évène­ment comp­tant un mil­lion de tweets, la car­togra­phie est obtenue en une ving­taine de minutes.

Le but de ces procédés est d’identifier le « point de craquage » d’une polémique, le moment à par­tir duquel le milieu poli­tique ne maîtrise plus un évène­ment sur les réseaux soci­aux. Mais ces procédés per­me­t­tent encore d’aller plus loin. En ce qu’ils per­me­t­tent de brass­er une quan­tité de don­nées con­sid­érable, ils aug­mentent les oppor­tu­nités des entre­pris­es et des milieux poli­tiques. Cal­das le recon­naît en guise de con­clu­sion à son pro­pos : « on peut faire dire beau­coup de choses aux données ».

Plus on dis­pose de manières de col­lecter les don­nées, plus on aura en effet de manières de les présen­ter. Autrement dit : ce type d’analyse per­met aus­si d’avoir plus d’options pour influ­encer l’opinion. Ceci Cal­das ne peut l’évoquer : ces procédés ne per­me­t­tent pas seule­ment d’anticiper, et donc d’éteindre, des polémiques, mais de créer des phénomènes sur les réseaux soci­aux favor­ables à ceux qui les ini­tient, par exem­ple le pou­voir exécutif.

Nous avons con­sacré une brochure numérique au jour­nal­isme dit de sources ouvertes, OSINT, les liens inces­tueux entre jour­nal­isme et ser­vices de ren­seigne­ment, réservée aux dona­teurs. Pour y accéder cliquez ici.