L’arrivée annoncée de la journaliste du Figaro Eugénie Bastié dans la future émission politique de France 2, « L’Heure de vérité », a déclenché une levée de boucliers à gauche et au sein même de France Télévisions. Un réflexe révélateur d’un service public qui peine à accepter le pluralisme réel.
L’information, révélée par Le Parisien puis confirmée par plusieurs médias, a fait l’effet d’un chiffon rouge (ou brun selon certains) : Eugénie Bastié, journaliste au Figaro, chroniqueuse sur Europe 1 et intervenante sur CNews, devrait rejoindre France 2 à la rentrée pour participer à « L’Heure de vérité », nouvelle émission politique pensée pour la présidentielle de 2027. Elle y interrogerait les candidats aux côtés notamment de Benjamin Duhamel et Marc-Olivier Fogiel.
La SDJ de France Télévisions monte au créneau
La réaction interne n’a pas tardé. Dans un communiqué publié mardi 5 mai 2026, la SDJ de France Télévisions a contesté ce choix au nom d’un principe : « L’information n’est pas une opinion ». Elle reproche à Eugénie Bastié d’être « identifiée pour ses idées très conservatrices et souverainistes » et juge « regrettable » de rémunérer une chroniqueuse qui critique régulièrement l’audiovisuel public.
La SDJ de France 2 dénonce dans un communiqué le casting de leur future émission politique.
« @EugenieBastie est polémiste, identifiée pour ses idées très conservatrices et souverainistes » qui « revendique clairement ses opinions dans ses éditoriaux (…) de façon militante ». pic.twitter.com/UgovFOHpER
— Benoît Daragon (@bendarag) May 5, 2026
L’argument est révélateur. Qu’une journaliste ait une sensibilité politique connue n’a jamais empêché le service public de faire appel à des profils marqués, pourvu qu’ils soient situés du bon côté du spectre idéologique. On peut notamment penser à Aymeric Caron qui avait officié chez Laurent Ruquier avant d’être élu sous la bannière du Nouveau Front populaire… Mais dès qu’une voix vaguement conservatrice entre dans le dispositif, la vigilance déontologique se transforme en cordon sanitaire.
La gauche médiatique crie au scandale
L’Humanité a critiqué l’arrivée d’une figure associée bien sûr à la « bollosphère ». Le média antifasciste nantais Contre Attaque, le 5 mai 2026, a titré « Eugénie Bastié, chien de garde de la bourgeoisie, recrutée par France 2 pour les présidentielles », la qualifiant de « chroniqueuse d’extrême droite » et dénonçant une émission « financée par le contribuable ».
Le réflexe est toujours le même : assimiler une journaliste qui s’assume conservatrice à une anomalie, comme si France Télévisions relevait naturellement d’une chasse gardée progressiste ».
Prise à partie par le député Insoumis Thomas Portes qui la considère comme « le pion » de Bolloré, la journaliste lui a répondu : « Je ne suis le pion de personne », ajoutant que le député LFI était, lui, « le petit soldat d’un mouvement politique qui a fait du mépris des journalistes sa marque de fabrique ».
Le journal Le Point, pas connu pour des positions franchement conservatrices, défend cette nomination dans un article intitulé : « France Télévisions : l’affaire Eugénie Bastié, ou le pluralisme à géométrie variable ».
Je ne suis le pion de personne, contrairement à vous qui êtes le petit soldat d’un mouvement politique qui a fait du mépris des journalistes sa marque de fabrique. https://t.co/HtTwxXl7X1
— Eugénie Bastié (@EugenieBastie) May 3, 2026
Un premier « effet Alloncle » ?
Cette arrivée intervient au lendemain de la publication du rapport Alloncle sur l’audiovisuel public, qui évoquait précisément les difficultés du service public à garantir un pluralisme effectif.
Le calendrier est trop frappant pour ne pas être relevé. France Télévisions cherche-t-il à donner des gages après six mois de travaux parlementaires mettant en évidence le manque de pluralisme ?
Peut-être. Mais la réaction de sa propre rédaction donne paradoxalement du crédit au diagnostic : une partie du service public semble considérer qu’une voix de droite constitue moins une contribution au débat qu’une intrusion.
Loin de faire l’unanimité à droite, où elle dispose de nombreux détracteurs, à commencer par l’ancien magistrat Philippe Bilger qui a récemment dénoncé son attitude méprisante, la journaliste du Figaro semble partie pour être l’une des têtes d’affiche des médias publics pour l’élection présidentielle de 2027.
Rodolphe Chalamel

