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Eugénie Bastié sur France 2 : le pluralisme qui dérange

7 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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L’arrivée annon­cée de la jour­nal­iste du Figaro Eugénie Bastié dans la future émis­sion poli­tique de France 2, « L’Heure de vérité », a déclenché une lev­ée de boucliers à gauche et au sein même de France Télévi­sions. Un réflexe révéla­teur d’un ser­vice pub­lic qui peine à accepter le plu­ral­isme réel.

L’information, révélée par Le Parisien puis con­fir­mée par plusieurs médias, a fait l’effet d’un chif­fon rouge (ou brun selon cer­tains) : Eugénie Bastié, jour­nal­iste au Figaro, chroniqueuse sur Europe 1 et inter­venante sur CNews, devrait rejoin­dre France 2 à la ren­trée pour par­ticiper à « L’Heure de vérité », nou­velle émis­sion poli­tique pen­sée pour la prési­den­tielle de 2027. Elle y inter­rogerait les can­di­dats aux côtés notam­ment de Ben­jamin Duhamel et Marc-Olivi­er Fogiel.

La SDJ de France Télévisions monte au créneau

La réac­tion interne n’a pas tardé. Dans un com­mu­niqué pub­lié mar­di 5 mai 2026, la SDJ de France Télévi­sions a con­testé ce choix au nom d’un principe : « L’information n’est pas une opin­ion ». Elle reproche à Eugénie Bastié d’être « iden­ti­fiée pour ses idées très con­ser­va­tri­ces et sou­verain­istes » et juge « regret­table » de rémunér­er une chroniqueuse qui cri­tique régulière­ment l’audiovisuel public.

L’argument est révéla­teur. Qu’une jour­nal­iste ait une sen­si­bil­ité poli­tique con­nue n’a jamais empêché le ser­vice pub­lic de faire appel à des pro­fils mar­qués, pourvu qu’ils soient situés du bon côté du spec­tre idéologique. On peut notam­ment penser à Aymer­ic Caron qui avait offi­cié chez Lau­rent Ruquier avant d’être élu sous la ban­nière du Nou­veau Front pop­u­laire… Mais dès qu’une voix vague­ment con­ser­va­trice entre dans le dis­posi­tif, la vig­i­lance déon­tologique se trans­forme en cor­don sanitaire.

La gauche médiatique crie au scandale

L’Humanité a cri­tiqué l’arrivée d’une fig­ure asso­ciée bien sûr à la « bol­losphère ». Le média antifas­ciste nan­tais Con­tre Attaque, le 5 mai 2026, a titré « Eugénie Bastié, chien de garde de la bour­geoisie, recrutée par France 2 pour les prési­den­tielles », la qual­i­fi­ant de « chroniqueuse d’extrême droite » et dénonçant une émis­sion « financée par le contribuable ».

Le réflexe est tou­jours le même : assim­i­l­er une jour­nal­iste qui s’assume con­ser­va­trice à une anom­alie, comme si France Télévi­sions rel­e­vait naturelle­ment d’une chas­se gardée progressiste ».

Prise à par­tie par le député Insoumis Thomas Portes qui la con­sid­ère comme « le pion » de Bol­loré, la jour­nal­iste lui a répon­du : « Je ne suis le pion de per­son­ne », ajoutant que le député LFI était, lui, « le petit sol­dat d’un mou­ve­ment poli­tique qui a fait du mépris des jour­nal­istes sa mar­que de fabrique ».

Le jour­nal Le Point, pas con­nu pour des posi­tions franche­ment con­ser­va­tri­ces, défend cette nom­i­na­tion dans un arti­cle inti­t­ulé : « France Télévi­sions : l’affaire Eugénie Bastié, ou le plu­ral­isme à géométrie variable ».

Un premier « effet Alloncle » ?

Cette arrivée inter­vient au lende­main de la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle sur l’audiovisuel pub­lic, qui évo­quait pré­cisé­ment les dif­fi­cultés du ser­vice pub­lic à garan­tir un plu­ral­isme effectif.

Le cal­en­dri­er est trop frap­pant pour ne pas être relevé. France Télévi­sions cherche-t-il à don­ner des gages après six mois de travaux par­lemen­taires met­tant en évi­dence le manque de pluralisme ?

Peut-être. Mais la réac­tion de sa pro­pre rédac­tion donne para­doxale­ment du crédit au diag­nos­tic : une par­tie du ser­vice pub­lic sem­ble con­sid­ér­er qu’une voix de droite con­stitue moins une con­tri­bu­tion au débat qu’une intrusion.

Loin de faire l’unanimité à droite, où elle dis­pose de nom­breux détracteurs, à com­mencer par l’ancien mag­is­trat Philippe Bil­ger qui a récem­ment dénon­cé son atti­tude méprisante, la jour­nal­iste du Figaro sem­ble par­tie pour être l’une des têtes d’affiche des médias publics pour l’élection prési­den­tielle de 2027.

Rodolphe Cha­la­mel

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