Après la condamnation définitive de Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs, dans une affaire traînant depuis une décennie déjà, CNews maintient son animateur à l’antenne. Sonia Mabrouk a brisé la discipline de plateau, puis Laurence Ferrari a, à son tour, pris ses distances. Reste un malaise autour du maintien de l’animateur condamné tandis qu’une nouvelle affaire pourrait un peu plus ternir l’image de la chaîne.
Du juridictionnel au réputationnel
La condamnation est désormais entérinée par la Cour de cassation, mais le choix éditorial et managérial demeure inchangé : Morandini continue d’occuper sa tranche.
Ce maintien, assumé par Canal+ selon plusieurs médias, transforme un dossier judiciaire en risque réputationnel durable pour la chaîne et oblige ses figures à se positionner, parfois à contrecœur.
Ferrari : empathie pour les victimes, loyauté pour l’employeur
Longtemps silencieuse après la décision, Laurence Ferrari a fini par s’exprimer dans Le Parisien : elle dit se tenir « aux côtés des victimes », tout en revendiquant une « loyauté professionnelle totale » et en excluant toute démarche visant à écarter Morandini. Une prise de parole toute calibrée : condamnation morale, mais pas de remise en cause interne.
Mabrouk, premier accroc public dans le « bloc » CNews
Avant Ferrari, Sonia Mabrouk avait déjà exposé un trouble rare à l’antenne, expliquant ne « pas en dormir » et rappelant que « la justice française est passée », tout en renvoyant la décision à la direction.
Le fait qu’une tête d’affiche verbalise ce malaise publiquement a ouvert une séquence où le silence devenait plus coûteux que la prise de parole. En revanche aucune prise de distance n’a été suivie d’une démission.
Le revirement de Pascal Praud et la condamnation en forme de service minimum
Le cas Pascal Praud illustre les tensions de ligne. Dans Le Monde, il sermonne en creux les « dissidents » : « si tu n’es pas content, tu t’en vas ». Puis, sur X, il affiche sa solidarité avec Mabrouk (« mots justes », il aurait pu dire « quasiment les mêmes paroles »), geste aussitôt appuyé par Eugénie Bastié du Figaro, habituée aux plateaux de CNews.
Difficile de ne pas y voir un ajustement : préserver l’image de la chaîne sans désavouer la direction ni Morandini. Christine Kelly, engagée contre les violences faites aux enfants, est, elle, apparue dans une émission de Morandini après sa condamnation.
Une fracture qui peut peser dans les mois à venir
Chaîne à succès, CNews pourrait connaître un ralentissement avec cette affaire. Une partie de son audience admet volontiers des condamnations, considérées comme politiques, de l’Arcom mais pourrait se montrer bien moins tolérante face à un laxisme de la direction vis-à-vis d’un condamné pour corruption de mineurs. Première réaction d’ampleur, le président du RN Jordan Bardella a intimé aux membres de son parti de ne plus se rendre sur le plateau de l’animateur.
Une affaire arrivant rarement seule, la chaîne d’information doit aussi faire face à un nouveau problème : son directeur de l’information Thomas Bauder a été condamné pour des violences sur ses trois enfants (entre 2017 et 2023) à quatre mois de prison avec sursis. Une condamnation datée de décembre 2025 et révélée bien opportunément par Mediapart à la fin du mois de janvier 2026 en pleine affaire Morandini.
Voir aussi : Laurence Ferrari, portrait
Rodolphe Chalamel


