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Christine Kelly

27 octobre 2022

Temps de lecture : 10 minutes
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Christine Kelly

27 octobre 2022

Temps de lecture : 10 minutes

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Mission accomplie

« Je suis là où on ne m’attend pas. Je suis sou­vent une invitée surprise »

Première femme noire à présenter le JT, première femme noire et plus jeune membre de l’histoire du CSA : difficile d’affirmer que la journaliste d’origine guadeloupéenne ne fait pas figure de pionnière dans le PAF à l’heure où « Face à l’info » cartonne sur CNews. C’est sans compter une détermination sans failles qui la guide depuis ses débuts antillais. Alors qu’elle se révèle comme célébrité locale sur les écrans de sa terre natale, elle force le destin pour accéder aux plateaux de télévision français à une époque où la discrimination positive n’était pas une loi d’airain. Sa capacité à rebondir impressionne autant que ses sincères convictions pluralistes et humanistes. Derrière ce parcours sinueux et semé de ronces, on devine une foi qui peut déplacer des montagnes. Ce qui, on en conviendra aisément, ne dépareille pas dans le cadre du projet éditorial de Vincent Bolloré.

Née au Lamentin, petite bour­gade située à une quin­zaine de kilo­mètres de Pointe-à-Pitre, elle est la fille de par­ents enseignants et grandit dans une fratrie de qua­tre enfants (deux frères et une sœur).

Formation universitaire

Elle est tit­u­laire d’un Bac C (sci­en­tifique) et d’une licence maths-physique mais ne pour­suit pas plus loin ses études car elle souhaite s’émanciper de sa famille sur le plan financier.

Parcours professionnel

Suite à l’obtention de son bac­calau­réat, elle s’essaie à plusieurs métiers, notam­ment celui d’hôtesse dans les avions et les TGV, de vendeuse de voitures ou de con­seil­lère ban­caire, en partageant sa vie entre Paris et les Antilles. Elle arrive par la suite à la télévi­sion et au jour­nal­isme, d’abord en étant embauchée comme présen­ta­trice bilingue (français-anglais) sur une chaîne locale guade­loupéenne, Archipel 4, où elle ani­me pen­dant deux ans une émis­sion sur l’actualité des Caraïbes. C’est là que sa voca­tion se des­sine : « À la fin de mon con­trat, qui n’avait duré que quelques mois, les action­naires ont refusé de me laiss­er par­tir. Selon eux, j’étais dev­enue le vis­age phare d’Archipel 4. C’est ain­si que ce qui n’était pour moi qu’un amuse­ment est devenu un méti­er ». Après un stage et deux nou­velles années passées sur l’antenne de RFO, un média ultra­marin plus en vue, elle décide de ral­li­er défini­tive­ment la métro­pole en 1996 pour suiv­re pen­dant un an une for­ma­tion à l’Institut de jour­nal­isme de Bor­deaux. En par­al­lèle de ses études, elle pige pour France 3 et RFO Paris.

Une fois son pré­cieux sésame en poche, elle doit se débat­tre pour enchaîn­er les con­trats : d’abord chez Demain TV, la chaîne de l’emploi de Canal+, puis à nou­veau à RFO au ser­vice poli­tique. Toute­fois, elle ne se décourage pas et son CV est retenu par trois chaînes : Météo, Voy­age (alors dirigé par Ger­ald Brice-Viret, actuel directeur de Canal+) et LCI.

Au fur et à mesure, elle délaisse les deux pre­mières pour se con­sacr­er unique­ment à la dernière, alors dirigée par Jean-Claude Dassier, où elle finit par faire son trou à par­tir de l’an 2000.

Cette même année, elle présente les jour­naux du matin sur la chaîne d’info du groupe Tf1, et ce pen­dant neuf ans. Alors que des rumeurs font d’elle la future présen­ta­trice du JT du week-end sur M6, elle est nom­mée, sans qu’elle l’ait demandé, en 2009 par Gérard Larcher au CSA.

Elle affirme avoir été approchée ensuite par les équipes de Sarkozy. Celles-ci auraient vu en elle une pos­si­ble min­istre de l’Outre-mer, propo­si­tion qu’elle refusera par deux fois pour mieux se con­sacr­er à son activ­ité au sein du Con­seil des sages.

De son man­dat au CSA, on retient notam­ment la sys­té­ma­ti­sa­tion du sous-titrage des pro­grammes du ser­vice pub­lic à l’intention des sourds et malentendants.

La règle stip­u­lant que les anciens mem­bres du CSA ne peu­vent pas tra­vailler dans les médias trois ans après avoir cédé leur siège, elle effectue une cure médi­a­tique imposée.

Une fois celui-ci ter­miné, elle décroche des chroniques sur les plateaux de RTL et C8, où elle intè­gre l’équipe de Cyril Hanouna le temps d’une saison.

Elle se rend occa­sion­nelle­ment sur le plateau de l’« Heure des Pros » sur CNews.

Tou­jours en 2018, elle présente sa can­di­da­ture à la prési­dence de la chaîne LCP. Non seule­ment Marie-Eve Mal­ouines lui est préférée, mais son dossier récolte la note la plus basse par­mi ceux des cinq candidats.

Quelques mois après cette décon­v­enue, Vin­cent Bol­loré en per­son­ne la con­tacte pour lui pro­pos­er la présen­ta­tion de « Face à l’Info » qui doit don­ner une tri­bune con­fort­able à Eric Zem­mour, lequel vient d’être débar­qué de RTL.

Si la déci­sion est dif­fi­cile à pren­dre pour la jour­nal­iste, qui vient tout juste de retrou­ver une sta­bil­ité pro­fes­sion­nelle, la suite de l’histoire est con­nue : plus grand suc­cès d’audience de l’histoire de la chaîne, l’émission servi­ra de rampe de lance­ment à la cam­pagne mou­ve­men­tée du chroniqueur devenu homme poli­tique. Chris­tine Kel­ly, elle, con­tin­ue de présen­ter son émis­sion du lun­di au jeu­di à 19h et s’attire les foudres de la presse bien-pen­sante. Sans que cela ne la trou­ble out­re mesure.

Combien elle gagne

A l’époque où elle offi­ci­ait en tant que chroniqueuse sur « Touche pas à mon Poste », elle con­fesse avoir touché « 300 ou 400 euros par émis­sion » (Voici).

Selon une infor­ma­tion du Point relayée dans Arrêts sur image, elle aurait perçu une rémunéra­tion de 8000 euros par mois pen­dant six ans lorsqu’elle siégeait au CSA.

Publications

  • L’Affaire Flac­t­if : enquête sur la tuerie du Grand-Bor­nand, 2000, Calmann-Lévy.
  • François Fil­lon : le secret et l’ambition, édi­tions du Moment, 2007.
  • La Parole est à la défense, en col­lab­o­ra­tion avec William Gal­las, édi­tions du Moment, 2008.
  • Le Scan­dale du silence : familles mono­parentales, Léo Scheer, 2012.
  • Invitée sur­prise, édi­tions du Moment, 2015.
  • François Fil­lon : les couliss­es d’une ascen­sion, édi­tions de L’Archipel, 2017.
  • Lib­ertés sans expres­sion, édi­tions du Cherche-Midi, 2022.

Collaborations

  • Elle est à l’initiative de la créa­tion d’un Musée européen des Médias (aus­si dénom­mé Vil­la Média), dont la con­créti­sa­tion sem­ble être éter­nelle­ment ajournée. Ce pro­jet, qu’elle a mûri lors de son pas­sage au CSA et présen­té pour la pre­mière fois en 2015 au Con­seil Économique Social et Envi­ron­nemen­tal (CESE), témoigne d’une cer­taine ambi­tion. A la fois lieu d’exposition et lieu de for­ma­tion et d’éducation aux médias, ses col­lec­tions devaient puis­er dans l’important fonds de l’INA pour val­oris­er de nom­breuses archives de radio et de télévision français­es. Le comité d’administration de l’institution, tel qu’il est présen­té dans ce doc­u­ment, devait rassem­bler des per­son­nal­ités influ­entes des médias (Emmanuel Hoog, prési­dent de l’AFP ; Pierre Fraiden­raich, directeur de Libéra­tion ; Jean-Paul Philip­pot, admin­is­tra­teur de la RTBF, sans compter des mem­bres du CSA comme Mémona Hin­ter­mann-Affe­jee) et reflète l’entregent de sa présidente.

Selon le JDD, le coût de l’initiative s’est avéré trop dis­pendieux, ce qui explique pourquoi elle est restée let­tre morte : « L’an­cien sage du CSA avait com­mencé une tournée pour lever des fonds, obtenir de l’aide ou des con­seils auprès de grands patrons français, de décideurs poli­tiques ou d’in­sti­tu­tions cul­turelles. Coût estimé : une quar­an­taine de mil­lions d’eu­ros. “Ce truc coû­tait une folie, résume un haut fonc­tion­naire. Elle s’est servie de ses réseaux hérités du CSA, mais ça n’a pas suffi ».

Anci­enne enfant battue, elle s’est investie avec pas­sion dans l’association K d’Urgences, qu’elle a fondée en 2010 sous l’égide de la Fon­da­tion de France, qui vient en aide aux familles monoparentales.

Récompenses

  • 2002 : prix de la meilleure jour­nal­iste de Black­World Vic­to­ries Awards.
  • 2003 : prix de la Euro­pean Fed­er­a­tion of Black Women Busi­ness Owners.
  • 2004 : trophée Africago­ra des femmes.
  • 2008 : prix de la biogra­phie poli­tique décernée lors de la 13e édi­tion de la Forêt des livres.
  • 2010 : Cheva­lier de l’ordre nation­al du Mérite — Prix du Gotha Noir de la caté­gorie « Hauts cadres ».
  • 2021 : Offici­er de l’ordre nation­al du Mérite — Grand prix human­i­taire de France.

Vie privée

Elle réside dans le 15e arrondisse­ment de Paris non loin des bureaux de Canal+ où elle enreg­istre les émis­sions de « Face à l’Info ». Elle aurait longtemps été mar­iée avec un homme répon­dant au nom de Pierre. Elle a adop­té en 2015 une petite fille, Léa, après sa séparation.

Elle revendique une foi chré­ti­enne ardente et se recon­naît dans les valeurs spir­ituelles pro­fessées par l’Église Protes­tante même si elle a reçu une édu­ca­tion catholique.

Elle l’a dit

Au sujet de son arrivée à LCI : « Sur le moment je n’ai rien enten­du de tout ça je me suis “bouchée les oreilles”. Par la suite j’ai su que cer­tains dis­aient qu’il y avait une jeune fille noire qui était arrivée et que j’étais donc “le quo­ta”. J’étais là pour tra­vailler. Lorsque je suis arrivé sur France 3 on n’a pas dit de moi que j’étais un quo­ta. Lorsque j’étais sur la chaîne de l’emploi de Canal +, je n’étais pas con­sid­érée comme un quo­ta. Pour moi à LCI je n’étais pas un quo­ta, je fai­sais mon tra­vail et puis c’était la con­ti­nu­ité de mon méti­er », Feobus, 2004.

« Du fait, peut-être, de mon édu­ca­tion catholique, je suis très sen­si­ble à la mis­ère des autres, explique-t-elle pour jus­ti­fi­er ses dif­férents com­bats. J’ai été élevée selon la règle qu’il fal­lait aider son prochain. De plus, pour mes par­ents, tous deux enseignants, la trans­mis­sion du savoir et des valeurs a tou­jours été très impor­tante. Il m’est donc impos­si­ble d’avancer dans ma vie per­son­nelle sans faire rejail­lir les béné­fices de ma posi­tion sur ceux qui en ont besoin », Ter­ra Fem­i­na, 28/12/2011.

Son man­dat au CSA : « Je respecte toutes les per­son­nes avec qui j’ai tra­vail­lé là-bas. Même si cer­taines choses m’ont sur­prise, notam­ment tout l’emballage autour de la fonc­tion (les per­son­nes aux petits soins, les assis­tants, les céré­monies…). Je suis passée du “Chérie tu finis à quelle heure tes JT” chez LCI, à “Mme Kel­ly, que puis-je faire pour vous?” Nous n’avions qu’une réu­nion par semaine avec notam­ment les neuf mem­bres du con­seil. C’é­tait très pro­to­co­laire, on par­lait en lev­ant le doigt et par­fois par tranche d’âge. Cer­tains ne venaient donc qu’une fois par semaine pour ces réu­nions. Moi, j’é­tais là tout le temps », Le Jour­nal du Dimanche, 26/01/2016.

« La diver­sité des opin­ions à la télévi­sion est quelque chose de pri­mor­dial. Vous remar­querez que jamais je ne donne mon avis. Per­son­ne ne sait pour qui je vote. Mais il me paraît impor­tant qu’une émis­sion comme « Face à l’info » existe », L’Incorrect, 27/09/2022.

Nébuleuse

Elle est mem­bre depuis 2017 du con­seil d’ad­min­is­tra­tion de la Com­mis­sion nationale française de l’Unesco, dont la mis­sion est de con­tribuer au ren­force­ment de l’influence française au sein de l’institution.

Côté sportif, elle a été nom­mée ambas­sadrice de l’Eu­ro 2016 de foot­ball par François Hol­lande et dirige la Fon­da­tion Alice Mil­li­at pour le sport féminin, cas unique en Europe, lancée en mars 2016 en présence du prési­dent de la République. Last but not least, elle est égale­ment mem­bre du con­seil d’administration du Creps, le Cen­tre de ressources, d’ex­per­tise et de per­for­mance sportives.

Sa toile s’étend même jusque dans con­seils d’administration des fon­da­tions de grandes multi­na­tionales français­es (Fon­da­tion Engie) et étrangères (Nestlé France). Par souci d’exhaustivité, on peut ajouter à cette liste le Press Club de France, le con­seil d’administration de Newen (société de pro­duc­tion du groupe TF1) ou de l’organisation Pour les femmes dans les médias (PFDM).

Ils ont dit d’elle

« Elle a une ambi­tion qui me plaît […]. Elle a l’apparence d’un oiseau des îles, mais c’est une grosse bosseuse qui monte les march­es les unes après les autres, tou­jours avec le sourire, sans s’arrêter », Patrick Poivre d’Arvor, Paris Match, 10/04/2009.

« Huit per­son­nal­ités orig­i­naires de Guade­loupe et de Mar­tinique sont con­viées à l’Elysée, par le prési­dent de la République, le 18 mars dernier, pour pré­par­er les états généraux de l’outre-mer. Par­mi elles, Lil­ian Thu­ram, Daniel Picouly et Chris­tine Kel­ly, assise aux côtés de Nico­las Sarkozy. Le prési­dent appré­cie le brio avec lequel la belle Guade­loupéenne livre son diag­nos­tic sur sa terre d’origine. A la sor­tie, il glisse un com­men­taire : «Cette fille est vrai­ment très forte, elle est vrai­ment très bien. Il fau­dra s’en sou­venir le moment venu.» La machine à rumeurs est lancée. Repris par «Le Jour­nal du Dimanche», puis par «Le Figaro», ce pro­pos élo­gieux déclenche aus­sitôt une tem­pête médi­a­tique. Out­re-Manche, la presse se déchaîne. Le quo­ti­di­en bri­tan­nique «The Dai­ly Tele­graph» en fait sa une. Le «Sun» titre : «Chris­tine Kel­ly, le nou­veau canon de Sarkozy». En Ital­ie, le «Cor­riere del­la Sera» écrit qu’elle est sa «nou­velle prunelle». Le Château est con­traint de pub­li­er un com­mu­niqué : «L’Elysée dément totale­ment les pro­pos sur une éventuelle nom­i­na­tion de Mme Kel­ly au gou­verne­ment ou pour une mis­sion quelle qu’elle soit.» Rien n’y fait. Les hypothès­es les plus folles con­tin­u­ent de cir­culer », Ibid.

« Elle a le cœur sur la main et par­le cash. Elle n’hésite pas à se met­tre en colère, mais n’est pas ran­cu­nière », son édi­teur Yves Derai, Le Parisien, 18/03/2012.

« Elle a un car­ac­tère chaud-bouil­lant, par­fois soupe au lait […]. Quand on a eu des dif­férends, j’ai eu droit à des admon­es­ta­tions dans mon bureau car je ne lui don­nais pas une fonc­tion suff­isam­ment impor­tante », Jean-Claude Dassier, son ex-patron à LCI, Ibid.

« La caméra mul­ti­plie les plans d’é­coute sur les com­pars­es, fascinés par le robi­net à audi­ence. Tous mâles blancs ? Même pas. Car se trou­ve aus­si sur le plateau une femme de couleur, Chris­tine Kel­ly (jour­nal­iste, et ex-mem­bre du CSA)  que la chaîne de Bol­loré, qui ne manque pas d’hu­mour, a assignée à la présen­ta­tion quo­ti­di­enne du show. Au début, elle a timide­ment lancé le Maître, en glis­sant que pour sa part, elle trou­vait la déci­sion des Oscars ““tar­dive””. Et puis elle est restée là, hum­ble, muette, à assis­ter à sa pro­pre humil­i­a­tion, à la mise en évi­dence de sa fonc­tion d’al­i­bi, démon­stra­tion vivante qu’avec un peu de per­ver­sité et beau­coup de cynisme, on peut bien s’a­muser avec les règles sur les quo­tas », Arrêts sur Images, 10/09/2020.

« Chris­tine Kel­ly garde un sou­venir con­trasté de son pas­sage chez les sages, où, selon un ancien con­seiller, “cer­tains mastodontes la con­sid­éraient comme une jolie fleur posée là pour décor­er”. Elle assure avoir “beau­coup de respect pour l’in­sti­tu­tion” mais jure avoir vécu, au moins durant ses deux pre­mières années, “une humil­i­a­tion qua­si quo­ti­di­enne”. Moqueries, rail­leries, sourires enten­dus… Voiture rayée dans le park­ing, notes de frais déchirées… Son bureau, son canapé souil­lés, recou­verts de boue. “Quand je ren­trais chez moi j’ex­plo­sais en san­glots, mais je n’ai jamais rien mon­tré. À la longue, ils se sont épuisés. », Le Jour­nal du Dimanche, 04/11/2020.

« Tous lui recon­nais­sent une volon­té de fer. Kel­ly assure que le meilleur moment de sa car­rière fut son arrivée à LCI. Quand on dis­ait d’elle que le dessin de Plan­tu était la seule chose qu’elle était capa­ble de com­pren­dre en lisant Le Monde. Ou qu’on lui demandait, racon­te-t-elle, si elle était bien la femme de ménage », Ibid.

Sur son pas­sage à Canal + : « Ma patronne m’avait alors aus­sitôt surnom­mée « la noiraude », sans aucune con­no­ta­tion raciste selon elle, car c’était là le signe d’une « réelle affec­tion ». Je ne pre­nais pas tout au pre­mier degré et fai­sais le tri entre les adver­saires et les mal­adroits. Jamais je n’aurais pu avancer si je n’avais pas adop­té une cer­taine dis­tance. Tout le monde fumait à la rédac­tion. Sauf moi. Per­son­ne n’avait d’accent. J’en avais un. Tout le monde était de gauche. C’était la mode à la mode. Moi « la noiraude », je n’étais encar­tée nulle part, j’étais sim­ple­ment jour­nal­iste. J’aurais préféré qu’on m’appelle par mon prénom, mais j’avais mon armure. Une armure qui promet­tait de servir longtemps. Aujourd’hui, sans aucun doute, il me serait reproché de sup­port­er ce traite­ment avec une telle indif­férence. Mais à l’époque, on se lais­sait attribuer des surnoms basés sur l’apparence physique, des surnoms qui n’épargnaient d’ailleurs per­son­ne, pas même les sup­posés dom­i­nants. Le fait est que l’on ne pre­nait pas tout ça au sérieux, les mots n’étaient pas soupesés ou ques­tion­nés comme ils le sont aujourd’hui », Lib­ertés sans expres­sion, 2022.

« L’animatrice avait don­né, en mars, le secret de cette pléni­tude devant les fidèles de l’église pen­tecôtiste Mar­tin Luther King. Pour men­er ses débats sur CNews, elle avait con­fié être accom­pa­g­née : «Je me suis com­plète­ment effacée der­rière Dieu et je l’ai lais­sé tout pilot­er.» Dans cette ouate cul-béni, on partage, tour à tour, les salades xéno­phobes et les psy­choses anti­woke du moment, qui vien­dront irriguer les réseaux soci­aux. Chris­tine Kel­ly, c’est l’extrême-droitisation douce. La fake news capi­ton­née », Libéra­tion, 30/09/2022.

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