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Trois holdings arabes veulent s’offrir CNN

28 juin 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Le départe­ment améri­cain de la Jus­tice a validé le 12 juin la fusion Para­mount Sky­dance-Warn­er Bros. Dis­cov­ery, éval­uée à 110 mil­liards de dol­lars. Pour boucler l’opération, trois fonds du Golfe (Ara­bie saou­dite, Qatar, Émi­rats) injectent près de 24 mil­liards, soit env­i­ron 38,5 % du cap­i­tal du futur géant, qui con­trôlera CNN, HBO et Para­mount+. Mais l’entrée de ces investis­seurs sus­cite de vives oppo­si­tions à Wash­ing­ton et Bruxelles.

L’annonce a été faite le 12 juin, après de longs mois de dis­cus­sions et de résis­tances internes. Le départe­ment améri­cain de la Jus­tice a fini par valid­er, sans con­di­tions, la fusion entre deux con­glomérats de mass-médias, le mythique Para­mount Sky­dance et Warn­er Bros. Dis­cov­ery, pro­prié­taire, entre autres, de CNN.

Éval­uée autour de 110 à 111 mil­liards de dol­lars, dette com­prise, cette opéra­tion n’aurait pas été pos­si­ble sans l’appui de trois fonds sou­verains issus des pays du Golfe, lesquels ont accep­té d’y injecter près de 24 mil­liards de dol­lars, selon des sources concordantes.

Cette fusion devrait regrouper, sous un même toit, les stu­dios Para­mount et Warn­er, la plate­forme Para­mount+, HBO et un porte­feuille de chaînes com­prenant CNN et CBS. Seul moyen, pour les deux groupes, de faire face à une rival­ité de plus en plus féroce des plate­formes de stream­ing, dont notam­ment Net­flix, Dis­ney ou encore Amazon.

Pourquoi des holdings arabes ?

Inca­pable de réu­nir les mon­tants néces­saires pour parachev­er le rachat de Warn­er Bros. Dis­cov­ery, le patron de Para­mount a eu l’idée de recourir à l’aide des rich­es monar­chies du Golfe, briefées en amont par Don­ald Trump, lors de sa tournée dans la région en mai 2025.

À point nom­mé pour ces monar­chies, elles-mêmes en quête de nou­veaux débouchés dans le monde. Une offre à ne pas rater, surtout quand il s’agit de met­tre la main sur un titre aus­si pres­tigieux que la célèbre CNN… autre­fois sym­bole de l’hégémonie américaine.

Les trois fonds sont : le Pub­lic Invest­ment Fund (Ara­bie saou­dite), l’Investment Author­i­ty (Qatar) et Lemad (ou l’Imad) (Émi­rats arabes unis). Cette coopéra­tion finan­cière entre les trois monar­chies autour d’un act­if de soft pow­er occi­den­tal est un cas inédit.

Selon des doc­u­ments déposés auprès des autorités améri­caines des télé­coms et des marchés, révélés par Vari­ety en avril dernier, l’ensemble des investis­seurs étrangers inscrits pour­rait détenir jusqu’à 49,5 % du cap­i­tal du nou­veau groupe en ges­ta­tion, dont env­i­ron 38,5 % pour les trois fonds du Golfe.

Les esti­ma­tions pub­liées dans la presse spé­cial­isée, et repris­es par le quo­ti­di­en arabe Almas­ry Aly­oum, indiquent que la hold­ing saou­di­enne serait le plus gros investis­seur indi­vidu­el, avec un apport avoisi­nant 10 mil­liards de dol­lars, soit plus de 15 % du cap­i­tal, les fonds d’Abou Dhabi et du Qatar se partageant le reste.

L’échappatoire trouvée

Antic­i­pant d’éventuelles réserves ou cri­tiques sur l’influence étrangère, les ini­ti­a­teurs du pro­jet ont eu le réflexe de struc­tur­er la par­tic­i­pa­tion des fonds du Golfe sous forme de titres de cap­i­tal dépourvus de droits de vote et sans sièges au con­seil d’administration. Ce mon­tage per­met a pri­ori de réduire les risques de blocage par les autorités de con­trôle des investisse­ments étrangers, en évi­tant par exem­ple de déclencher un exa­m­en appro­fon­di par l’instance de régu­la­tion (CFIUS).

À not­er que le con­trôle effec­tif de la société fusion­née restera con­cen­tré entre les mains de la famille Elli­son : David Elli­son, patron de Para­mount Sky­dance, et son père Lar­ry Elli­son, fon­da­teur d’Oracle, alliée au fonds améri­cain Red­Bird Cap­i­tal Partners.

Hasard ou cal­cul stratégique : Red­Bird Cap­i­tal Part­ners avait ten­té de racheter, en 2025, le grand quo­ti­di­en lon­donien The Tele­graph, en parte­nar­i­at avec IMI, un autre fonds d’investissement émi­rati. On sait que l’opération avait capoté, à cause de fortes appréhen­sions exprimées autant par les autorités que par l’opinion publique, farouche­ment hos­tile à une présence médi­a­tique émi­ratie dans leur pays. L’Ojim en avait fait écho.

Ce n’est pas encore acquis !

Il faut dire que le feu vert améri­cain accordé au pro­jet de fusion est loin de sig­ni­fi­er que tout est acquis. À Brux­elles, la Com­mis­sion européenne a ouvert une procé­dure au titre du règle­ment sur les sub­ven­tions étrangères, qui vise spé­ci­fique­ment les 24 mil­liards de dol­lars injec­tés par les fonds sou­verains du Moyen‑Orient ; elle doit, d’ici au 14 juil­let, décider soit d’autoriser le mon­tage, soit de déclencher une enquête appro­fondie pou­vant dur­er jusqu’à 90 jours ouvrables.

En atten­dant le sésame européen, indis­pens­able, les pro­mo­teurs du pro­jet font déjà face à une vague de con­tes­ta­tions aux États-Unis même. Selon Al-Jazeera le 15 juin dernier, « une large par­tie » de Hol­ly­wood se serait retournée con­tre la fusion Paramount–Warner. Ain­si, des syn­di­cats, des organ­i­sa­tions pro­fes­sion­nelles et des cen­taines d’artistes dénon­cent une opéra­tion « approu­vée sans conditions ».

Les con­tes­tataires décrivent la fusion comme un « chèque en blanc ». La même source révèle que près de 1 400 acteurs, réal­isa­teurs et scé­nar­istes ont signé une let­tre ouverte appelant à blo­quer l’opération, en aler­tant sur la perte de mil­liers d’emplois, la réduc­tion des com­man­des de films et de séries, sans compter le risque d’« étouf­fer la créa­tiv­ité » dans une indus­trie déjà frag­ilisée par les grèves et les coupes budgétaires.

Les milieux poli­tiques ne sont pas du reste. La séna­trice démoc­rate Eliz­a­beth War­ren dénonce un cas de cor­rup­tion et d’abus de pou­voir, et accuse l’administration Trump de « laiss­er se con­stituer un nou­v­el oli­go­p­o­le médi­a­tique ». Les investis­seurs arabes pour­ront-ils résis­ter à tant de pressions ?

Mus­sa A.

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