Matthieu Pigasse affirme vouloir « peser le plus possible » sur la présidentielle de 2027, sans dire encore à quel titre. De passage sur France Inter, le fondateur du groupe Combat revendique une « bataille culturelle » contre le RN. Reste une question : jusqu’où un propriétaire de médias peut-il se poser en acteur politique sans brouiller les rôles ?
Matthieu Pigasse ne se contente plus d’investir dans des entreprises, des festivals ou des médias : il annonce désormais vouloir peser sur l’élection majeure de 2027. Au micro de France Inter le 14 janvier 2026, le banquier d’affaires avait dit vouloir « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 », tout en jugeant « trop tôt » de préciser « à quelle place ou dans quel rôle ». Et, interrogé sur une éventuelle candidature, il lâche : « Je n’exclus jamais rien. »
Le « combat culturel » : de la posture à la stratégie
Pigasse présente son engagement comme un « enjeu central » visant à battre le Rassemblement national, allant jusqu’à soutenir que la gauche serait la « seule alternative possible » − à condition de s’unir et de « se réapproprier » ses valeurs.
L’homme de finance n’a jamais avancé masqué puisqu’il a toujours soutenu la gauche, sollicitant même une investiture au PS en 2002 (refusée par François Hollande). En 2017, il confie avoir voté pour Jean-Luc Mélenchon au 1ᵉʳ tour avant de s’abstenir au second.
Là où la presse de gauche se fait très critique de l’engagement réel ou supposé d’un homme d’affaires comme Vincent Bolloré à travers ses médias, Pigasse est épargné avec pourtant un discours beaucoup plus offensif puisque le multimillionnaire assume sa volonté de mener une « bataille culturelle ».
Un poids médiatique et culturel
L’AFP rappelle que le groupe Combat, fondé par Pigasse, comprend notamment Radio Nova et Les Inrockuptibles, ainsi que des festivals « majeurs » comme Rock en Seine. Sur son propre site, Combat revendique aussi un portefeuille d’événements (Rock en Seine, We Love Green, Route du Rock, etc.), témoignant d’un écosystème culturel intégré.
Il dispose en outre des participations via l’actionnariat dans d’autres médias comme le HuffPost France et disposerait d’une participation résiduelle dans le Groupe Le Monde (Le Monde, L’Obs, Télérama, etc.) depuis janvier 2022 lorsqu’il a cédé une grande partie de ses actions à Xavier Niel.
Il est en outre cofondateur du groupe audiovisuel Mediawan en 2015, qui pèse lourd dans les programmes proposés sur France Télévisions.
Des outils puissants pour mener une très hypothétique campagne dans un mélange des genres sensible qui consisterait à « peser » politiquement tout en possédant des relais médiatiques et des scènes culturelles.
Dans une campagne déjà saturée d’ego et de communication, l’irruption d’un banquier-propriétaire de médias en quête d’un rôle national n’est pas une surprise. Contrairement à Bolloré à propos de qui il dit : « Tout nous oppose […], à commencer par les valeurs », Pigasse pourrait s’investir personnellement dans un combat politique qu’il lorgne depuis longtemps. Le journal Marianne va jusqu’à affirmer que « Macron lui a volé son rêve politique »… De là à tenter sa chance et que la gauche présente un financier multimillionnaire en 2027, le chemin est encore long, mais dans la cacophonie actuelle sur les possibles candidatures, l’ancien banquier a le droit de rêver.
Voir aussi : Matthieu Pigasse, infographie
Rodolphe Chalamel

