À quelques jours du vote décisif du 27 avril, la commission d’enquête parlementaire est entrée dans une phase décisive, et le rapporteur Charles Alloncle se produit dans les médias afin de donner les plus grandes chances de survie à son rapport. Ses propositions ont fuité dans la presse.
583 000 spectateurs : le 16 avril dernier, le reportage « Charles Alloncle, seul contre tous » atteignait un joli succès d’audience sur CNews. Un docu’ réalisé par Genton Productions, qui met en scène positivement l’action de l’élu UDR, permettant de revenir sur le travail de la commission et ses suites.
« Charles Alloncle m’a épaté » : c’est par cette déclaration élogieuse que l’avocat Gilles-William Goldnadel ouvre le reportage de CNews. Et en effet, la commission d’enquête a permis au rapporteur de se faire connaître et de s’imposer dans l’actualité des derniers mois. Il a su faire preuve de rigueur, d’une grande capacité de travail, ainsi que de solidité et même de pugnacité dans l’adversité.
Car l’adversité n’a pas manqué. Il y a d’abord eu les nombreuses et virulentes critiques des personnalités auditionnées, animateurs, journalistes et dirigeants de l’audiovisuel public, mais aussi actionnaires des sociétés de production bénéficiaires des contrats publics.
Il y eut ensuite les reproches de la présidente de l’assemblée Yaël Braun-Pivet, accusant le rapporteur de politiser les travaux et lui demandant « de revenir à un respect de nos règles et de nos usages ».
Il y eut enfin un face-à-face souvent tendu avec le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus, ainsi que, semble-t-il, des menaces proférées par un député membre de la commission. Dans tous ces épisodes, Alloncle a fait face, sans reculer ni perdre son sang-froid.
La méthode Alloncle et les réseaux sociaux
Le reportage de CNews laisse apparaître clairement le principe qui a guidé le rapporteur : l’argent public est une affaire publique. Toutes les questions sont légitimes et la transparence est de mise pour les Français et les contribuables.
Le rapporteur a utilisé toutes les ressources disponibles pour médiatiser les travaux de la commission : commentaires sur X « en live » durant les auditions ; post de vidéos de ses interventions ; annonce de futures convocations ; compléments d’argumentation et réponses à ses détracteurs… Après tout, l’usage des réseaux sociaux par un homme politique n’est pas interdit, même si ce n’était pas jusque-là l’usage lors des commissions d’enquêtes parlementaires.
Il est évident que cette médiatisation a agacé et a alimenté les critiques contre lui, surtout venant de personnes habituées à un fonctionnement plus opaque. Mais bien entendu, cela a aussi contribué à l’audience et au suivi des travaux de la commission par le public : le compte X de C. Alloncle est aujourd’hui suivi par 80 600 abonnés.
Ce que les travaux ont déjà révélé
Schématiquement, les dérives observées peuvent se répartir en deux catégories.
En premier lieu, il y a tout ce qui concerne la mauvaise gestion des fonds publics : salaire moyen très élevé (72 000 € par an) ; importance des frais de taxi, des frais de représentation (Festival de Cannes…), des voitures de fonction ; montant très élevé des émissions produites par des sociétés extérieures (près de 1 milliard d’euros), malgré les 9 000 salariés ; pantouflage et indemnité de licenciement très élevée (400 000 €), pour des départs dans des sociétés de production qui gèrent les émissions externalisées (Together Média) ; soupçon d’emplois fictifs avec l’emploi d’un adjoint à la mairie de Paris pour un salaire important (100 000 €), sans preuve d’activités concrètes.
En second lieu, nous trouvons les entorses au principe de neutralité du service public ; externalisation vers des sociétés de production dont les fondateurs ne cachent pas leur orientation à gauche (Médiawan) ; licenciement des animateurs « blancs de plus de 50 ans » ; témoignages de « lanceurs d’alerte », salariés de France TV, dénonçant un système d’omerta ; nominations politiques et copinages ; déclarations problématiques de Delphine Ernotte ; sujets très orientés, notamment sur la plateforme France TV Slash.
Et maintenant ?
À l’issue des 5 mois de travail, après 70 auditions publiques et 234 personnes interrogées, le rapporteur a eu une dizaine de jours, soit un délai très court, pour rédiger le rapport final. Si le rapporteur rédige, il est d’usage que le président de la commission y expose sa vision en introduction et que les groupes politiques puissent aussi faire leurs remarques et préconisations en quelques pages.
Le rapport est ensuite consultable par les députés membres de la commission. Ces consultations auront lieu dans une salle de l’assemblée, du 23 au 27 avril, selon une procédure strictement encadrée.
À la suite des procédures de consultation, les 31 membres de la commission voteront le 27 avril, pour ou contre la publication du rapport. Le scrutin n’est pas secret. En cas de vote positif, le rapport sera rendu public et accessible à tous. En cas de vote négatif, tous les travaux de la commission devront disparaître et il deviendra interdit d’en faire mention, comme si la commission n’avait jamais existé.
Précisons qu’il existe un seul cas de rapport non publié sous la Ve République, un rapport relatif au financement des syndicats, en 2011.
Les préconisations dévoilées dans Le Parisien
Si Alloncle a largement dévoilé, en particulier sur les réseaux sociaux, les révélations faites durant le travail préparatoire et les auditions, il est néanmoins toujours resté discret sur ce que seront les préconisations, qui constitueront l’élément conclusif et opérationnel du rapport.
Un membre de la Commission a toutefois fait fuiter dans Le Parisien des éléments, publiés le 24 avril. Le député (qui a regretté ces divulgations) propose des coupes d’un milliard d’euros, « pour le rediriger vers la conservation du patrimoine ». Il envisage la fusion de France 2 et France 5 (conduisant à la disparition de la dernière chaîne) mais aussi la réduction de 75% du budget des jeux et divertissements de France Télé ou encore de réduire de 30% le budget du service des sports du groupe (qui diffuse les plus compétitions sportives françaises).
Alloncle formule des propositions pour la gouvernance de l’audiovisuel public. Le PDF de France TV doit selon lui être nommé par le président de la République après avis des parlementaires et de l’Arcom (et non par cette autorité). Une manière d’officialiser les manigances entourant cette nomination. Il veut soumettre les dirigeants et anciens dirigeants au contrôle de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, pour éviter notamment des recasages dans des maisons de productions et des conflits d’intérêts.
La non-publication du rapport reviendrait donc à enterrer les préconisations, ce qui serait assurément frustrant pour tous ceux qui ont suivi le travail de la commission et pour toute perspective de réforme.
Ainsi, les députés opposés au rapporteur se trouvent devant l’alternative suivante ; soit ils votent contre et ils apparaissent alors ouvertement comme les censeurs d’un rapport et de préconisations qui sont attendues ; soit ils votent pour, et ils tendent à montrer que le travail de la commission mérite d’être pris en considération.
Rien ne sera plus comme avant
Quoi qu’il arrive, quelque chose aura changé dans le regard que les Français portent sur l’audiovisuel public. Même ceux qui sont favorables au financement d’un secteur public fort ne peuvent plus ignorer ce qui se passe à France TV et à Radio France.
Par ailleurs, quelques mesures d’économies ont déjà été prises par France TV, tandis que le gouvernement a d’ores et déjà exigé un effort budgétaire de 30 à 40 millions d’euros sur l’année 2026.

