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Féris Barkat, indigéniste grimé en militant écologiste ?

4 mai 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

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Cofon­da­teur de l’association Ban­lieues Cli­mat, Féris Barkat s’est fait remar­quer lors de son dis­cours de la céré­monie des Flammes 2026, qui récom­pense la musique « urbaine française ». Devenu une voix de la gauche asso­cia­tive, il est régulière­ment invité sur les plateaux de télévi­sion (C ce soir sur France 5) ou dans les mati­nales radio (France Inter, RFI).

Prenons les choses dans l’ordre. Depuis 2023, la céré­monie des Flammes fait l’objet de plusieurs scan­dales. Pour sa deux­ième édi­tion, la présence de Jack Lang, ancien min­istre de la Cul­ture, fait polémique. Lors de l’édition suiv­ante, celle de 2025, l’humoriste Mer­wane Ben­lazar – qual­i­fié d’« islamiste » et accusé de « prosé­lytisme religieux » par des députés Hori­zons et du Rassem­ble­ment nation­al (RN), notam­ment à cause de pro­pos sur X postés entre 2018 et 2021 – s’en prend à des chaînes télévisées comme CNews. Com­men­tant le retour de Cyril Hanouna sur W9, Ben­lazar affirme devant une salle hilare :

« Il revient sur la chaîne où on est dif­fusé. Ça veut dire que là, à la ren­trée, tous les soirs, il y aura la meilleure pro­mo­tion de l’ex­trême droite ».

Arrê­tons-nous sur la dernière édi­tion, du 23 avril dernier. Le rappeur fran­co-séné­galais Sey­fu a été récom­pen­sé pour son impli­ca­tion au sein de l’association Ban­lieue cli­mat. Fait notable : ce rappeur déclarait en 2006 dans son morceau « La Vie qui va avec » :

« T’as vu un babtou (un blanc) ? Y a une hagra (agres­sion) qui va avec ! »

Mais intéres­sons-nous surtout à Féris Barkat, dont le pro­fil et les pro­pos ont tout pour plaire aux médias, notam­ment publics ou d’extrême gauche. Cofon­da­teur de l’association Ban­lieue cli­mat, il a alors pris la parole lors de la remise de la Flamme de l’engagement, remise par Michel Zecler, pro­duc­teur de musique et vic­time de vio­lences poli­cières. Dans son dis­cours vic­ti­maire, Barkat évoque l’invisibilisation des per­son­nes de con­fes­sion musul­mane : « On s’est dit que pour exis­ter, on a besoin d’une autori­sa­tion, on ne doit pas faire trop de bruit. » Il ajoute : « On voulait pren­dre ce temps pour dire que tout est poli­tique, tout est telle­ment poli­tique que cette même télévi­sion qui nous invite nous crim­i­nalise toute l’année. » S’ensuit la com­plainte habituelle con­cer­nant la « crim­i­nal­i­sa­tion des musul­mans », le traite­ment médi­a­tique des « nou­veaux maires de ban­lieues élus », et la résis­tance qu’il faut oppos­er à « CNews et Pas­cal Praud ». Il dénonce aus­si une télévi­sion qui « min­imise la vio­lence colo­niale en Palestine ».

Enfant gâté de la République

Orig­i­naire d’Alsace, Féris Barkat fait des études à la Lon­don School of Eco­nom­ics, option philoso­phie poli­tique. Il passe ensuite par le Col­lège citoyen, cet « ENA du ter­rain », créé en 2021 par dix per­son­nal­ités du monde de l’entreprise, de la cul­ture et du poli­tique. Par­mi la dizaine de fon­da­teurs, on retrou­ve l’artiste JR ou l’ancien prési­dent d’Intermarché Thier­ry Cotil­lard. Julien Neu­tres, directeur de la créa­tion au Cen­tre nation­al de la ciné­matogra­phie et cofon­da­teur du pro­jet, explique que l’idée du Col­lège citoyen part d’un con­stat : la trop forte homogénéité de la classe poli­tique française. Ain­si chaque année, l’école sélec­tionne des élèves issus de la société civile pour « chang­er le monde ». On retrou­ve par­mi les inter­venants l’historien Patrick Boucheron, le secré­taire général de la CFDT Lau­rent Berg­er, l’ex-PDG de Danone Emmanuel Faber, l’ancien prési­dent François Hol­lande, ou encore le directeur d’Emmaüs Bruno Morel.

C’est là-bas qu’il ren­con­tre Abde­laali el-Badoui, créa­teur de Ban­lieues San­té. Avec Sanaa Saitouli et le rappeur Sefyu, le quar­tet acte la nais­sance de Ban­lieues Cli­mat en 2022. Objec­tif : se réap­pro­prier le sujet de l’écologie, « sujet dépos­sédé par une élite blanche bour­geoise ». Grâce à de nom­breux spon­sors et à un réseau puis­sant, l’association gagne vite en vis­i­bil­ité sur les réseaux soci­aux et au sein du milieu asso­ci­atif et cul­turel. En novem­bre 2025, ses mem­bres sont invités à par­ticiper à la COP30 au Brésil, afin de défendre une écolo­gie plus inclu­sive et sociale.

Féris mène alors aus­si une car­rière solo en par­al­lèle. Déjà en 2023, il est invité à pren­dre la parole lors d’une con­férence de ChangeNOW, une « entre­prise sociale » fondée en 2017. Sur le site ChangeNow, on peut lire comme présen­ta­tion que l’entreprise a pour but d’« accélér­er la tran­si­tion envi­ron­nemen­tale et sociale en favorisant le déploiement d’ac­tions et de solu­tions con­crètes répon­dant aux plus grands défis de notre siè­cle ». La liste des parte­naires de l’évènement est pres­tigieuse : BNP Paribas, ENGIE, L’Oréal, Equans.

Depuis, Féris Barkat ne cesse de pren­dre de la place dans l’activisme écol­o­giste mêlant les domaines cul­turel et poli­tique. Le 18 octo­bre 2025, le Palais de la Porte Dorée lui con­fie le week­end d’ouverture de l’exposition « Migra­tions et cli­mat ». Son asso­ci­a­tion côtoie alors Utopia 56, une asso­ci­a­tion d’aide aux migrants. Devant 500 per­son­nes, Féris déclame : « Il n’y a pas si longtemps, dans ce musée, nos ancêtres étaient des œuvres, pas des artistes. (…) Il y avait des expos colo­niales ici. Et aujourd’hui, dans ce même musée, on n’est pas les sujets, on décide – même si ce n’est qu’une soirée. »

Suivi par plus de 350 000 per­son­nes sur Insta­gram et Tik­Tok, Féris cul­tive ses réseaux et s’en­toure de per­son­nes « influ­entes », comme Lise Lan­ot, anci­enne jour­nal­iste chez Kon­bi­ni. Il avoue alors vouloir « hack­er » les insti­tu­tions. « Mais c’est un rap­port de force : les musées savent qu’ils ne touchent pas les publics qu’ils voudraient. Ils ont besoin de nous, et nous venons avec nos con­di­tions », lit-on sur son cas dans Beaux Arts, en novem­bre 2025. C’est ain­si qu’en 2024, après un hap­pen­ing autour du Palais de Tokyo, il annonce son entrée au con­seil d’administration du fonds de dota­tion musée, chargé de financer des pro­jets pour les généra­tions futures.

Le premier prof sans diplôme (et en survêt) de La Sorbonne

À 23 ans seule­ment, Féris devient le pre­mier pro­fesseur sans diplôme de la Sor­bonne. Celui qui assume don­ner des cours « en survêt » dans Libéra­tion en novem­bre 2025 indique pren­dre 43 euros de l’heure pour un cours inti­t­ulé « Cul­tures, écologiques, tran­si­tions ». Dans Poli­tis le mois suiv­ant, on apprend aus­si que, lors d’un cours, le « pro­fesseur » a demandé au stream­er Arku­nir d’apporter le disque d’or de Théodo­ra, que la chanteuse lui a offert pour sa col­lecte de dons sur Twitch. Dernière­ment invitée à la fête de l’Humanité, la chanteuse avait par­ticipé, à la suite des résul­tats du RN au pre­mier tour des élec­tions lég­isla­tives de 2024, à un rassem­ble­ment con­tre l’ex­trême droite, avec d’autres artistes. Plus récem­ment, en 2025, elle expli­quait dans les colonnes du mag­a­zine améri­cain The Fad­er que « la France est un pays raciste ».

Con­cer­nant cet aspect mil­i­tant indigéniste, le cas de Féris laisse peu de place au doute. Tou­jours dans Libéra­tion, on apprend :

« Dans sa bib­lio­thèque, Han­nah Arendt côtoie Aragon, des man­gas de Naru­to, de One Piece. (…) Il aime citer Frantz Fanon, Vladimir Jankélévitch ou encore Thomas Sankara. »

La référence de Fanon est intéres­sante. Fanon est inter­na­tionale­ment con­nu pour son livre Les Damnés de la terre, qui est une ode à la vio­lence des colonisés con­tre les « colons ». Dans la pré­face rédigée par Jean-Paul Sartre, on peut lire ce pas­sage célèbre :

« Car, en le pre­mier temps de la révolte, il faut tuer : abat­tre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, sup­primer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le sur­vivant, pour la pre­mière fois, sent un sol nation­al sous la plante de ses pieds. »

Maladresse sur les violences policières

Mais l’ascension du jeune homme n’est pas un long fleuve tran­quille. En sep­tem­bre 2025, il fait scan­dale dans un pas­sage télévi­sion sur BFMTV. On l’in­ter­roge alors sur l’a­gres­sion d’un polici­er par trois jeunes, alors qu’il ne con­naît rien au dossier. « Il y a un regain de vio­lence qui est à la base une réac­tion à une vio­lence poli­cière perçue comme illégitime, explique-t-il mal­adroite­ment. Je ne suis per­son­ne pour juger de la légitim­ité de la vio­lence. Je dis que c’est une réac­tion qui est là, qui est naturelle, en réponse à une vio­lence d’État ». Il ajoute :

« Moi, je ne suis pas là pour défendre des cons qui font de la merde. C’est des cas isolés. Y’a aus­si des policiers qui tuent des jeunes. »

À la suite de cette séquence, la séna­trice de droite Valérie Boy­er saisit la pro­cureure de la République, alerte le Pre­mier min­istre, et demande au pas­sage à ce que les sub­ven­tions publiques attribuées à Ban­lieues Cli­mat soient exam­inées de près.

En tout cas, il y a de fortes chances pour que l’on entende par­ler de lui dans les mois à venir. Tou­jours dans Poli­tis, Féris assure avoir une « respon­s­abil­ité à porter pour les élec­tions de 2026 et 2027 ». Si c’est le cas, le jeune activiste n’en serait alors pas à son pre­mier coup d’essai. Encore dans Beaux Arts, on peut lire :

« En juin 2024, à quelques jours du pre­mier tour des lég­isla­tives, il (Féris) orchestre la pro­jec­tion mon­u­men­tale d’une fresque d’Artemile sur la façade de l’Assemblée nationale : les vis­ages de la chanteuse Aya Naka­mu­ra, des tirailleurs, des chiba­n­is et des chiba­nias illu­mi­nent la nuit parisi­enne. Dans un con­texte où le Rassem­ble­ment nation­al grimpe dans les urnes, cette action clan­des­tine rend hom­mage aux mémoires immi­grées et à leurs descendants. »

Affaire à suivre…

Rodolphe Cart

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