Cofondateur de l’association Banlieues Climat, Féris Barkat s’est fait remarquer lors de son discours de la cérémonie des Flammes 2026, qui récompense la musique « urbaine française ». Devenu une voix de la gauche associative, il est régulièrement invité sur les plateaux de télévision (C ce soir sur France 5) ou dans les matinales radio (France Inter, RFI).
Prenons les choses dans l’ordre. Depuis 2023, la cérémonie des Flammes fait l’objet de plusieurs scandales. Pour sa deuxième édition, la présence de Jack Lang, ancien ministre de la Culture, fait polémique. Lors de l’édition suivante, celle de 2025, l’humoriste Merwane Benlazar – qualifié d’« islamiste » et accusé de « prosélytisme religieux » par des députés Horizons et du Rassemblement national (RN), notamment à cause de propos sur X postés entre 2018 et 2021 – s’en prend à des chaînes télévisées comme CNews. Commentant le retour de Cyril Hanouna sur W9, Benlazar affirme devant une salle hilare :
« Il revient sur la chaîne où on est diffusé. Ça veut dire que là, à la rentrée, tous les soirs, il y aura la meilleure promotion de l’extrême droite ».
Arrêtons-nous sur la dernière édition, du 23 avril dernier. Le rappeur franco-sénégalais Seyfu a été récompensé pour son implication au sein de l’association Banlieue climat. Fait notable : ce rappeur déclarait en 2006 dans son morceau « La Vie qui va avec » :
« T’as vu un babtou (un blanc) ? Y a une hagra (agression) qui va avec ! »
Mais intéressons-nous surtout à Féris Barkat, dont le profil et les propos ont tout pour plaire aux médias, notamment publics ou d’extrême gauche. Cofondateur de l’association Banlieue climat, il a alors pris la parole lors de la remise de la Flamme de l’engagement, remise par Michel Zecler, producteur de musique et victime de violences policières. Dans son discours victimaire, Barkat évoque l’invisibilisation des personnes de confession musulmane : « On s’est dit que pour exister, on a besoin d’une autorisation, on ne doit pas faire trop de bruit. » Il ajoute : « On voulait prendre ce temps pour dire que tout est politique, tout est tellement politique que cette même télévision qui nous invite nous criminalise toute l’année. » S’ensuit la complainte habituelle concernant la « criminalisation des musulmans », le traitement médiatique des « nouveaux maires de banlieues élus », et la résistance qu’il faut opposer à « CNews et Pascal Praud ». Il dénonce aussi une télévision qui « minimise la violence coloniale en Palestine ».
Enfant gâté de la République
Originaire d’Alsace, Féris Barkat fait des études à la London School of Economics, option philosophie politique. Il passe ensuite par le Collège citoyen, cet « ENA du terrain », créé en 2021 par dix personnalités du monde de l’entreprise, de la culture et du politique. Parmi la dizaine de fondateurs, on retrouve l’artiste JR ou l’ancien président d’Intermarché Thierry Cotillard. Julien Neutres, directeur de la création au Centre national de la cinématographie et cofondateur du projet, explique que l’idée du Collège citoyen part d’un constat : la trop forte homogénéité de la classe politique française. Ainsi chaque année, l’école sélectionne des élèves issus de la société civile pour « changer le monde ». On retrouve parmi les intervenants l’historien Patrick Boucheron, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, l’ex-PDG de Danone Emmanuel Faber, l’ancien président François Hollande, ou encore le directeur d’Emmaüs Bruno Morel.
C’est là-bas qu’il rencontre Abdelaali el-Badoui, créateur de Banlieues Santé. Avec Sanaa Saitouli et le rappeur Sefyu, le quartet acte la naissance de Banlieues Climat en 2022. Objectif : se réapproprier le sujet de l’écologie, « sujet dépossédé par une élite blanche bourgeoise ». Grâce à de nombreux sponsors et à un réseau puissant, l’association gagne vite en visibilité sur les réseaux sociaux et au sein du milieu associatif et culturel. En novembre 2025, ses membres sont invités à participer à la COP30 au Brésil, afin de défendre une écologie plus inclusive et sociale.
Féris mène alors aussi une carrière solo en parallèle. Déjà en 2023, il est invité à prendre la parole lors d’une conférence de ChangeNOW, une « entreprise sociale » fondée en 2017. Sur le site ChangeNow, on peut lire comme présentation que l’entreprise a pour but d’« accélérer la transition environnementale et sociale en favorisant le déploiement d’actions et de solutions concrètes répondant aux plus grands défis de notre siècle ». La liste des partenaires de l’évènement est prestigieuse : BNP Paribas, ENGIE, L’Oréal, Equans.
Depuis, Féris Barkat ne cesse de prendre de la place dans l’activisme écologiste mêlant les domaines culturel et politique. Le 18 octobre 2025, le Palais de la Porte Dorée lui confie le weekend d’ouverture de l’exposition « Migrations et climat ». Son association côtoie alors Utopia 56, une association d’aide aux migrants. Devant 500 personnes, Féris déclame : « Il n’y a pas si longtemps, dans ce musée, nos ancêtres étaient des œuvres, pas des artistes. (…) Il y avait des expos coloniales ici. Et aujourd’hui, dans ce même musée, on n’est pas les sujets, on décide – même si ce n’est qu’une soirée. »
Suivi par plus de 350 000 personnes sur Instagram et TikTok, Féris cultive ses réseaux et s’entoure de personnes « influentes », comme Lise Lanot, ancienne journaliste chez Konbini. Il avoue alors vouloir « hacker » les institutions. « Mais c’est un rapport de force : les musées savent qu’ils ne touchent pas les publics qu’ils voudraient. Ils ont besoin de nous, et nous venons avec nos conditions », lit-on sur son cas dans Beaux Arts, en novembre 2025. C’est ainsi qu’en 2024, après un happening autour du Palais de Tokyo, il annonce son entrée au conseil d’administration du fonds de dotation musée, chargé de financer des projets pour les générations futures.
Le premier prof sans diplôme (et en survêt) de La Sorbonne
À 23 ans seulement, Féris devient le premier professeur sans diplôme de la Sorbonne. Celui qui assume donner des cours « en survêt » dans Libération en novembre 2025 indique prendre 43 euros de l’heure pour un cours intitulé « Cultures, écologiques, transitions ». Dans Politis le mois suivant, on apprend aussi que, lors d’un cours, le « professeur » a demandé au streamer Arkunir d’apporter le disque d’or de Théodora, que la chanteuse lui a offert pour sa collecte de dons sur Twitch. Dernièrement invitée à la fête de l’Humanité, la chanteuse avait participé, à la suite des résultats du RN au premier tour des élections législatives de 2024, à un rassemblement contre l’extrême droite, avec d’autres artistes. Plus récemment, en 2025, elle expliquait dans les colonnes du magazine américain The Fader que « la France est un pays raciste ».
Concernant cet aspect militant indigéniste, le cas de Féris laisse peu de place au doute. Toujours dans Libération, on apprend :
« Dans sa bibliothèque, Hannah Arendt côtoie Aragon, des mangas de Naruto, de One Piece. (…) Il aime citer Frantz Fanon, Vladimir Jankélévitch ou encore Thomas Sankara. »
La référence de Fanon est intéressante. Fanon est internationalement connu pour son livre Les Damnés de la terre, qui est une ode à la violence des colonisés contre les « colons ». Dans la préface rédigée par Jean-Paul Sartre, on peut lire ce passage célèbre :
« Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. »
Maladresse sur les violences policières
Mais l’ascension du jeune homme n’est pas un long fleuve tranquille. En septembre 2025, il fait scandale dans un passage télévision sur BFMTV. On l’interroge alors sur l’agression d’un policier par trois jeunes, alors qu’il ne connaît rien au dossier. « Il y a un regain de violence qui est à la base une réaction à une violence policière perçue comme illégitime, explique-t-il maladroitement. Je ne suis personne pour juger de la légitimité de la violence. Je dis que c’est une réaction qui est là, qui est naturelle, en réponse à une violence d’État ». Il ajoute :
« Moi, je ne suis pas là pour défendre des cons qui font de la merde. C’est des cas isolés. Y’a aussi des policiers qui tuent des jeunes. »
À la suite de cette séquence, la sénatrice de droite Valérie Boyer saisit la procureure de la République, alerte le Premier ministre, et demande au passage à ce que les subventions publiques attribuées à Banlieues Climat soient examinées de près.
En tout cas, il y a de fortes chances pour que l’on entende parler de lui dans les mois à venir. Toujours dans Politis, Féris assure avoir une « responsabilité à porter pour les élections de 2026 et 2027 ». Si c’est le cas, le jeune activiste n’en serait alors pas à son premier coup d’essai. Encore dans Beaux Arts, on peut lire :
« En juin 2024, à quelques jours du premier tour des législatives, il (Féris) orchestre la projection monumentale d’une fresque d’Artemile sur la façade de l’Assemblée nationale : les visages de la chanteuse Aya Nakamura, des tirailleurs, des chibanis et des chibanias illuminent la nuit parisienne. Dans un contexte où le Rassemblement national grimpe dans les urnes, cette action clandestine rend hommage aux mémoires immigrées et à leurs descendants. »
Affaire à suivre…
Rodolphe Cart

