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Mannone Cadoret

26 septembre 2016

Temps de lecture : 14 minutes
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Mannone Cadoret

L’œil de l’extrême-gauche

Né en 1989 en région parisienne, Mannone Cadoret est un photographe et militant proche de l’extrême-gauche. Son pseudonyme professionnel est NnoMan. Venu à la politique par le biais de la lutte contre le CPE en 2006, il est engagé depuis plusieurs années dans de nombreuses luttes sur lesquelles la gauche alternative a mis le grappin (régularisation des immigrés, promotion de la diversité, antiracisme, Notre-Dame des Landes, dénonciation des violences policières, etc.).

Il est aus­si un mil­i­tant poli­tique, encar­té dans un petit par­ti fran­cilien offi­cielle­ment pro­mo­teur de la diver­sité et de l’an­tiracisme, mais offi­cieuse­ment com­mu­nau­tariste, le mou­ve­ment Émer­gence. Il a été can­di­dat pour ce par­ti aux régionales de 2010 et aux lég­isla­tives de 2012 dans les Hauts-de-Seine, réal­isant des scores inférieurs à 1%.

L’in­ter­dic­tion de man­i­fester, qui a été pronon­cée à son encon­tre le 16 mai 2016 par la pré­fec­ture de Paris – pour la man­i­fes­ta­tion du 17 mai – et qui a été rap­portée dans la foulée après une vio­lente polémique, l’a mis en lumière. Cette mesure avait été pronon­cée avec une dizaine d’autres, con­tre des mil­i­tants d’ex­trême-gauche des col­lec­tifs Action antifas­ciste Paris-Ban­lieue et Mou­ve­ment indépen­dant inter-luttes. Ses pho­tos appa­rais­sent sur l’AFP – via la plate­forme d’ac­tu­al­ité par­tic­i­pa­tive Cit­i­zen­side – mais encore Poli­tis, Paris Match ou l’Hu­man­ité.

Chez Man­none Cadoret, la fron­tière entre mil­i­tan­tisme poli­tique et jour­nal­isme – pho­tographe, et plus occa­sion­nelle­ment pho­to-jour­nal­iste – est ténue. Au point que ses par­cours mil­i­tant et pro­fes­sion­nel sont qua­si-indis­so­cia­bles. Au point de se faire inter­dire de man­i­fes­ta­tion par la pré­fec­ture de Paris, qui remar­que sa présence con­stante là où sont les affron­te­ments, et prend cette mesure en même temps que pour d’autres mil­i­tants d’ex­trême-gauche vio­lents.

Au point surtout de s’en pren­dre à d’autres jour­nal­istes pour des motifs idéologiques. En juin 2016, il s’at­taquait ain­si à un reporter à Paris, en le trai­tant de « facho » et l’ex­pul­sait physique­ment de la man­i­fes­ta­tion qu’il cou­vrait. Il détient une carte d’a­gence de presse numérotée, mais pas de carte de presse ; il n’est cepen­dant pas néces­saire d’avoir une carte de presse pour être con­sid­éré comme jour­nal­iste pro­fes­sion­nel.

Et sur sa page Face­book, il relayait les accu­sa­tions du col­lec­tif Quartiers Libres con­tre un jour­nal­iste, Jim­my Leopold, accusé d’être proche du FN. Déten­teur d’une carte de presse, il tra­vaille pour l’a­gence Ligne de Con­duite (LDC) et avait été roué de coups par des mil­i­tants antifas­cistes en mars 2016. Ce dernier a été can­di­dat du FN en 2010 en Basse-Nor­mandie. Manonne Cadoret enfonçait le clou : « qu’en est il de ce ” jour­nal­iste ” qui déclare soutenir le FN, ex can­di­dat FN, que j’ai vu très proche des mou­ve­ments anti Islam à Calais ? Que dire de ces gens qui sous cou­vert de jour­nal­isme, ali­mentent la haine anti roms (en les cour­sant dans le métro), fil­ment des vis­ages en manif pour don­ner des infor­ma­tions pré­cieuses pour la répres­sion post manif ». L’hôpital qui se fout de la char­ité ?

Formation

Man­none Cadoret a étudié au col­lège Pierre de Ron­sard à l’Haÿ les Ros­es de 2001 à 2004, puis au lycée poly­va­lent Frédéric Mis­tral à Fresnes de 2005 à 2008. En 2006 il s’in­stalle à Antho­ny et est l’un des porte-paroles de la con­tes­ta­tion anti-CPE dans son lycée. Il com­mence alors à militer. Après avoir obtenu son bac en 2008 sans men­tion, il entame par la suite des études en sci­ences poli­tiques à l’u­ni­ver­sité Paris VIII Vin­cennes Saint-Denis.

Parcours professionnel

Depuis jan­vi­er 2012 il fait par­tie du col­lec­tif de pho­tographes Oeil (Our eye is life) pour lequel il a réal­isé de nom­breux reportages en France et à l’é­tranger sur des luttes sociales ou poli­tiques, sur des thé­ma­tiques de l’ex­trême-gauche, sur les migrants, etc. En décem­bre 2014, « Le Col­lec­tif OEIL — Our Eye Is Life, regroupe trois pho­tographes, Nno­man, Julien Pitin­ome et Eros Sana, aux par­cours dif­férents et tous issus des quartiers pop­u­laires. Attachés à une vision sociale et engagée de la pho­togra­phie, con­va­in­cus par la dialec­tique unité/diversité, les mem­bres du Col­lec­tif OEIL veu­lent met­tre en partage leur vision des mon­des. »

Il vend ses pho­tos à l’AFP, Paris-Match, l’Hu­man­ité ou encore Poli­tis. Depuis sep­tem­bre 2014 il est chroniqueur de l’émis­sion « les Zin­for­més » sur la radio com­mu­nau­taire Beur FM. Son site nnoman.com existe depuis le 20 jan­vi­er 2010 ; cepen­dant, jusque fin 2014, ce fut un site… chi­nois. Il n’ap­par­tient au mil­i­tant-pho­tographe que depuis la toute fin 2014. Sur la ver­sion du 18 décem­bre 2014 il se présente comme un mem­bre du col­lec­tif Œil. Le site n’ac­quiert une allure pro­fes­sion­nelle et ne s’étoffe avec les liens de ses reportages et pub­li­ca­tions que le 11 jan­vi­er 2016.

Une de ses pho­tos pub­liée par Paris-Match porte le dou­ble crédit Nno­Man Cadoret / Anadolu Agency ; cette agence a été fondée par Mustafa Kemal Atatürk et est l’a­gence offi­cielle du gou­verne­ment turc ; elle est directe­ment financée par l’é­tat turc. La Turquie est aujour­d’hui un régime prési­den­tiel autori­taire, ayant l’ap­parence d’une démoc­ra­tie, mais où les minorités, notam­ment arméni­ennes et kur­des, sont per­sé­cutées. Depuis début 2016, un nou­veau soulève­ment kurde à l’est du pays forme le pré­texte à une opéra­tion mil­i­taire de l’ar­mée turque; des mas­sacres de civils ont été sig­nalés, notam­ment dans la ville frontal­ière de Nusay­bin divisée en deux par les com­bats entre insurgés kur­des et armée turque.

Parcours militant

En 2006, sa pre­mière expéri­ence mil­i­tante est, selon Man­none Cadoret lui-même, le moment où il se rend au gym­nase de Cachan suite à l’é­vac­u­a­tion du squat local ; instal­lé depuis 2003 dans une anci­enne cité uni­ver­si­taire, c’é­tait avec près de 700 habi­tants – migrants clan­des­tins pour la plu­part – le plus grand squat de France. La même année, il s’in­stalle à Antony et est l’un des porte-paroles de la con­tes­ta­tion anti-CPE dans son lycée. Il s’in­vestit ensuite con­tre le mal-loge­ment, pour la régu­lar­i­sa­tion des sans-papiers, con­tre le racisme et pour la désobéis­sance civile. Il se rap­proche notam­ment des déboulon­neurs de pub et de la Brigade anti-négro­pho­bie. Depuis 2007, il est ani­ma­teur en cen­tres de loisir à Antony.

En 2010, il est tête de liste aux régionales pour les Hauts-de-Seine du par­ti Émer­gence. La liste fait 0,42% en Ile de France. En 2012, il se présente sur la cir­con­scrip­tion Antho­ny-Sceaux avec un col­isti­er nom­mé Mohammed Belkhin ; ils font 0,76%, soit 410 voix. Offi­cielle­ment, le par­ti affirme rejeter « l’in­di­vid­u­al­isme, l’é­goïsme, le libéral­isme ou le com­mu­nau­tarisme » et soutenir « le partage, l’ouverture, la sol­i­dar­ité, l’inter-culturalisme, le lien intergénéra­tionnel » dans une charte adop­tée le 21 mars 2012. Cepen­dant le mou­ve­ment présente pour l’essen­tiel des per­son­nes issues des minorités ou mar­quées très à gauche et a été qual­i­fiée en 2010 par le PS du Val-de-Marne de « com­mu­nau­taire d’ex­trême-gauche ». D’im­por­tance assez mineure, ce par­ti s’est con­stru­it sur une « cul­ture urbaine hip-hop » autour d’une « jeune généra­tion, à l’im­age des quartiers pop­u­laires, c’est à dire métis­sée ». Cepen­dant, il a rapi­de­ment rompu avec les mil­i­tants his­toriques des quartiers pop­u­laires, refu­sant de se met­tre au ser­vice des écuries poli­tiques exis­tantes – Par­ti Com­mu­niste, EELV ou PS – et donc n’a pu obtenir de réelle per­cée élec­torale.

Un long arti­cle de la revue Que faire en 2010 s’in­téresse à ce par­ti, en inter­viewant deux de ses chevilles ouvrières, Nadia Aidli et Almamy Kanouté. Le par­ti Émer­gence clar­i­fie son posi­tion­nement poli­tique en affir­mant « De par son pro­gramme et sa com­po­si­tion, Émer­gence est à l’opposé de la poli­tique économique et sociale mise en place par la droite et inspirée par l’extrême droite. » Cepen­dant, il ne sou­tient pas la gauche non plus : « Les par­tis de gauche et même d’extrême gauche ont tou­jours occulté les prob­lèmes de racisme et de dis­crim­i­na­tions der­rière la ques­tion sociale ». En revanche, comme l’ex­pliquent les deux mil­i­tants à la revue Que Faire, les ponts ne sont pas rom­pus avec toute l’ex­trême-gauche poli­tique : « de nom­breux acteurs d’Émergence sont sen­si­ble au dis­cours du NPA tel qu’il est for­mulé par Olivi­er Besan­cenot. Cepen­dant les ren­con­tres sont rares entre ces mil­i­tants asso­ci­at­ifs des quartiers pop­u­laires et les mil­i­tants du NPA en région parisi­enne ». Le pro­gramme est ouverte­ment à gauche, ain­si que la présen­ta­tion du par­ti, qui s’an­nonce comme un col­lec­tif de mil­i­tants asso­ci­at­ifs « actives et act­ifs locale­ment sur les plans cul­turels, sportifs et citoyens, (se) mobilisent aus­si sur des sujets plus graves : soutenir les sans papiers dans leur com­bat pour l’obtention de droits, lut­ter pour des loge­ments décents pour tous aux côtés des mal logés, dénon­cer les bru­tal­ités poli­cières, mobilis­er sur les enjeux de sol­i­dar­ités inter­na­tionales (Afrique, Pales­tine), etc. »

Inter­viewé par le média malien Bakel-info.com le fon­da­teur du par­ti Almamy Kanouté, con­seiller munic­i­pal élu avec une liste indépen­dante à Fresnes en 2008 (11.11%) affirme qu’il est sou­vent « en man­i­fes­ta­tion lorsque des mem­bres de la com­mu­nauté noire vivant en France subis­sent des injus­tices et des iné­gal­ités ». Occul­tant les orig­ines nationales et eth­niques des nom­breux africains d’o­rig­ine vivant en France, il se con­cen­tre sur la couleur de peau, ce qu’il appelle « les caus­es noires », ce qui con­stitue une démarche trou­blante par ses références racistes. Il affirme que son par­ti est « le reflet de la volon­té de cer­tains citoyens de s’in­ve­stir sans être broyé par les machines poli­tiques exis­tantes » et sert à représen­ter notam­ment les Maliens instal­lés en France. Il explique porter la barbe non pour un motif religieux, mais « par fierté afro ». Il se prononce aus­si con­tre la démoc­ra­tie à l’oc­ci­den­tale en Afrique : « tant qu’on con­tin­uera à diriger les pays comme les ex-colonisa­teurs nous ont appris, on aura des prob­lèmes. On ne peut plus faire croire aux gens que les hommes au pou­voir, en mimant une organ­i­sa­tion qui n’est pas tra­di­tion­nelle, africaine, qu’on peut arriv­er à voir le bout [du tun­nel] ».

En 2011, lorsque 8 mil­i­tants du col­lec­tif anti-négro­pho­bie, dont Man­none Cadoret, vien­nent à la journée de com­mé­mora­tion de la traite négrière à Paris, jardin du Lux­em­bourg, où ils ont reçu des invi­ta­tions nom­i­na­tives, et met­tent leurs T‑shirts anti-négro­pho­bie, ils sont expul­sés manu mil­i­tari par le ser­vice d’or­dre et la police. Trois d’en­tre eux, dont Man­none, sont plaqués au sol, puis con­duits dans un com­mis­sari­at où ils sont retenus – sans être placés en garde à vue – le temps de la céré­monie qui se déroule en présence du prési­dent Nico­las Sarkozy. Cela se fait en-dehors de tout cadre légal. Le col­lec­tif Anti-Négro­pho­bie est une éma­na­tion de l’Al­liance Noire citoyenne, dont Man­none Cadoret est aus­si un mil­i­tant.

En octo­bre 2011 il est dans la man­i­fes­ta­tion des Indignés à Paris ; il pub­lie une vidéo de la charge poli­cière, qui est sa pre­mière sur sa chaîne YouTube. Il pub­lie plus régulière­ment à par­tir de la mon­tée en puis­sance de la con­tes­ta­tion con­tre la loi Tra­vail, en mars 2016.

En juin 2011 il signe un appel du col­lec­tif « Mamans toutes égales » pub­lié sur le site du Par­ti des Indigènes de la République. Cet appel s’élève con­tre les exclu­sions de mères d’élèves voilées des sor­ties sco­laires et des réu­nions à l’in­térieur des écoles, au motif du respect de la laïc­ité. L’ap­pel est véhé­ment : « nous refu­sons cette logique de guerre et de mise au ban, qui désigne les femmes por­tant le foulard comme des pes­tiférées, tend à les dis­qual­i­fi­er aux yeux de leurs pro­pres enfants, et leur adresse ce mes­sage implicite : “Restez dans vos cuisines !” ». Man­none Cadoret le signe au nom de son par­ti Émer­gence et n’indique pas, con­traire­ment à la majorité des autres sig­nataires, de sit­u­a­tion pro­fes­sion­nelle ou étu­di­ante.

En juin 2013 il remer­cie les électeurs qui lui ont fait con­fi­ance un an aupar­a­vant, et annonce sur son site que le Mou­ve­ment Émer­gence présen­tera plusieurs listes pour les munic­i­pales de 2014 ; il en fait tou­jours par­tie : « en un an, le Mou­ve­ment Émer­gence a avancé. Nous ren­con­trons de plus en plus d’individus, mem­bres de la société civile, qui désirent rejoin­dre notre mou­ve­ment ». Son site n’est plus mis à jour depuis cette date. Le mou­ve­ment Émer­gence sem­ble, lui, con­tin­uer à exis­ter, même si son leader Almamy Kanouté a été déclaré inéli­gi­ble en 2013 pour trois ans après avoir omis de dépos­er son compte de cam­pagne lorsqu’il était can­di­dat aux lég­isla­tives. Il n’a néan­moins pas dis­paru de la cir­cu­la­tion, puisqu’en 2016 il s’in­vestis­sait dans le mou­ve­ment citoyen (mar­qué à gauche) Nuit Debout et a fait une ten­ta­tive (ratée) de l’im­planter en ban­lieue. Comme Man­none Cadoret, Almamy Kanouté est aus­si chroniqueur dans l’émis­sion « les Zin­for­més » de la radio com­mu­nau­taire Beur FM.

À l’au­tomne 2015, il est la cheville ouvrière de la mobil­i­sa­tion d’as­so­ci­a­tions pro-envi­ron­nemen­tales, syn­di­cales (mar­quées à gauche, comme la CGT et Sud-Sol­idaires) ou engagées con­tre les iné­gal­ités sociales con­tre la COP 21. Il coor­donne la mobil­i­sa­tion en Ile-de-France. Un arti­cle d’oc­to­bre 2015 dans la revue Anti‑K (ant­i­cap­i­tal­iste) présente les actions qu’il met en place, notam­ment des ren­con­tres entre des organ­i­sa­tions de ter­rain améri­caines, dites grass­roots, regroupées dans un col­lec­tif nom­mé GGJA, et des roms expul­sés du bidonville du Samar­i­tain en août 2015 ; Man­none avait réal­isé un reportage pho­to dans ce bidonville. Le lien avec la COP 21 ? La dénon­ci­a­tion de l’ac­ca­pare­ment des ressources par les élites, et d’une plan­i­fi­ca­tion urbaine cap­i­tal­iste qui rejette les pau­vres tou­jours plus loin, « vers des lieux désertés depuis des lus­tres par les investisse­ments, où il n’a plus de loge­ment social, et pas d’emplois ». Tout cela s’in­scrit pour les mil­i­tants français ou améri­cains dans une « per­spec­tive de classe, du genre, de la ques­tion migra­toire ». Ces ren­con­tres ont aus­si per­mis de don­ner la parole à des groupes mêlant com­mu­nau­tarisme et com­bats d’ex­trême-gauche, tels que le groupe afro-fémin­iste Mwasi, ou encore le groupe La voix des Roms, qui fait le lien entre racisme et pol­lu­tion : « le racisme est une méth­ode de gou­verne­ment, inté­grée dans un sys­tème. Ce sys­tème est fonc­tion de rap­ports de force et de pou­voir. C’est pareil pour le cli­mat. C’est un prob­lème glob­al. Si un État achète des droits à pol­luer, cela a des liens avec le colo­nial­isme. »

Le 16 mai 2016, il se retrou­ve sous les feux de l’ac­tu­al­ité après avoir été inter­dit de man­i­fes­ta­tion pour le 17 mai par la Pré­fec­ture de Paris ; cette mesure avait été prise en même temps pour une dizaine de mil­i­tants d’ex­trême-gauche et antifas­cistes à Paris, vus au cœur des vio­lences qui émail­laient les man­i­fes­ta­tions con­tre la Loi Tra­vail dans la cap­i­tale. Après un impor­tant battage médi­a­tique – c’é­tait la pre­mière fois qu’un pho­tographe se trou­vait inter­dit de man­i­fes­ta­tion – cette mesure a été reportée dès le lende­main par la Pré­fec­ture de Paris, qui a annon­cé avoir ignoré la pro­fes­sion de Man­none Cadoret. Il a néan­moins été empêché d’en­tr­er dans la man­i­fes­ta­tion le 17 mai par des policiers, qui refu­saient qu’il pénètre dans le rassem­ble­ment avec son masque et ses lunettes que lui estime indis­pens­able : « quand on est en pre­mière ligne et qu’il y a des bouteilles de verre qui volent ! ». Bouteilles qui ne sont sûre­ment pas lancées par les forces de l’or­dre… Néan­moins, il arrive enfin à ren­tr­er dans la man­i­fes­ta­tion en fran­chissant un cor­don de gen­darmes mobiles qui ne l’ar­rê­tent pas alors que son vis­age est masqué. Le même jour, le mil­i­tant d’ex­trême-gauche Gas­pard Glanz est inter­pel­lé avec deux de ses col­lègues du média Tara­nis News, proche de la même mou­vance poli­tique, et refoulé par la police. Ils ren­trent à nou­veau dans la man­i­fes­ta­tion après avoir déjoué la sur­veil­lance poli­cière.

Collaborations

  • Ses pho­tos appa­rais­sent sur l’AFP, via la plate­forme citoyenne Cit­i­zen­side
  • Elles sont aus­si pub­liées par Poli­tis, plutôt mar­qué à gauche, ou encore Paris Match, pour illus­tr­er les rassem­ble­ments anti-migrants à Calais. On peut aus­si les trou­ver dans les colonnes du jour­nal com­mu­niste L’Hu­man­ité, pour illus­tr­er un arti­cle inti­t­ulé « la police assas­sine, la jus­tice acquitte». Tout un pro­gramme.
  • Il inter­vient aus­si auprès d’as­so­ci­a­tions com­mu­nau­taristes, tels que les étu­di­ants africains de la Sor­bonne, notam­ment pour défendre le prêcheur africain et musul­man Mal­colm X qui fut aus­si un mil­i­tant supré­maciste noir qui n’a cessé de prêch­er sa haine con­tre les blancs.Il inter­vient aus­si dans des étab­lisse­ments sco­laires avec son col­lec­tif Oeil sur des thé­ma­tiques liées à l’an­tiracisme. En mars 2014 il était par exem­ple au col­lège Hen­ri Dunant d’Evreux pour présen­ter son reportage en Afrique du sud en jan­vi­er 2014 – y com­pris sur les town­ships blancs – et expli­quer son méti­er de pho­tographe engagé. Entre fin mars et début avril 2016 il inter­ve­nait de la même façon dans le cadre d’une « semaine citoyenne » au lycée Van Gogh à Auber­genville (78) où il expli­quait aux élèves son méti­er et les enjeux de ses photographies.Il col­la­bore au mag­a­zine Fumigène depuis qu’il a été relancé en 2015 ; ce trimestriel mar­qué à gauche souhaite don­ner la parole aux quartiers “pop­u­laires”. Son pre­mier numéro de 2015 était con­sacré aux dix ans des émeutes des ban­lieues de 2005.

Publications

Il a pub­lié notam­ment sur son site plusieurs reportages thé­ma­tiques, con­sacrés aux con­di­tions de vie des Roms, aux migrants de la jun­gle de Calais ou encore à la Loi Tra­vail.

Sur le site du col­lec­tif Œil (Our eye is life), on trou­ve aus­si d’autres reportages, notam­ment celui qui est con­sacré à la cause des Rohingyas, une minorité musul­mane opprimée en Thaï­lande. Il y écrit de cour­tes intro­duc­tions en français et anglais, et réalise par­fois aus­si les pho­tos. Un autre reportage, qu’il a écrit et dont il a réal­isé les pho­tos, est pub­lié six mois après la mort du mil­i­tant anti-fa Clé­ment Méric, érigé en mar­tyr de l’ex­trême-gauche. Il relate la man­i­fes­ta­tion du 8 juin 2013 en sa mémoire, en occul­tant soigneuse­ment qu’elle avait dégénéré et que de graves débor­de­ments ont eu lieu, comme les jours précé­dents. Pour le même col­lec­tif, il a réal­isé plusieurs reportages à l’é­tranger, notam­ment au Séné­gal lors du Forum social mon­di­al (févri­er 2011), en Pales­tine (févri­er 2012 et lors d’une opéra­tion mil­i­taire israéli­enne en juil­let 2014), en Tunisie lors du forum social mon­di­al (mars 2013), à Taïwan (jan­vi­er 2014) ou encore en Afrique du Sud (jan­vi­er 2014). Ce dernier reportage a fait l’ob­jet d’une expo­si­tion en mairie du IIe arrondisse­ment de Paris du 1 au 13 décem­bre 2014.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Sa nébuleuse

Ses parte­naires sont listés sur son site. On y trou­ve le Col­lec­tif Our Eye is Life, la radio com­mu­nau­taire Beur FM, le mag­a­zine ouverte­ment « ban­lieusard » et plutôt mar­qué à gauche Fumigène, le média Bas­ta­m­ag, mar­qué à gauche, ou encore Tara­nis News, fondée par le mil­i­tant d’ex­trême-gauche Gas­pard Glanz qui filme régulière­ment les vio­lences en man­i­fes­ta­tion et vend ses images à l’AFP, M6 ou Canal +.

Il est aus­si proche de mil­i­tants com­mu­nau­taristes, notam­ment le pro­duc­teur et mil­i­tant asso­ci­atif Sadia Diawara ou encore le fon­da­teur du par­ti Émer­gence Almamy Kanoute. Tous deux sont d’o­rig­ine mali­enne. Man­none Cadoret a aus­si de nom­breuses con­nex­ions avec les réseaux d’ex­trême-gauche à Paris, qu’ils mili­tent con­tre la Cop21, pour la régu­lar­i­sa­tion des sans-papiers ou qu’ils soient des mil­i­tants antifas­cistes.

Il l’a dit

« Plus jeune, en par­tic­i­pant à des man­i­fes­ta­tions, j’ai vu des per­son­nes souf­frir d’injustices : elles étaient frap­pées ou arrêtées sans raisons. J’ai com­mencé la pho­to pour être une sorte de haut-par­leur des révoltes, à un moment où les médias ne trait­ent pas com­plète­ment le sujet. Et comme à la syn­taxe des mots, je préfère celle des images, j’ai donc saisi mon appareil pour agir. Je dis­parais der­rière la pho­to, der­rière mon appareil. Il est pour moi comme un refuge et à la fois comme un rem­part. J’ai une sorte de sen­ti­ment d’invulnérabilité der­rière mon boîti­er. Même si avec j’essaye de ren­dre belles les choses et les per­son­nes ». Présen­ta­tion de Nno­Man sur le site du col­lec­tif Our Eye Is Life.

« Je ne peux tolér­er qu’en France, pays de mes racines, de mes ancêtres, des hommes et des femmes puis­sent vivre dans de telles sit­u­a­tions de pré­car­ité et d’exclusion. Je dois pren­dre cette lutte con­tre les dis­crim­i­na­tions, les injus­tices à bras le corps car je refuse de laiss­er les rennes du pays, de nos villes, de nos cir­con­scrip­tions à cer­tains irre­spon­s­ables poli­tiques, qui défend­ent les intérêts de quelques-uns, au détri­ment de tous les autres. » Inter­view au site place-condorcet.fr le 4 décem­bre 2012

« Je laisse la langue de bois au PS et autres indi­vidus car­riéristes qui vendent du rêve au citoyens. Ce que j’ai appris du PS c’est que vous faites de la poli­tique de raco­lage, de déco­ra­tion. », dans un com­men­taire au site place-condorcet.fr en date du 14 juin 2012.

« A titre per­son­nel j’ai voté pour que Nico­las Sarkozy parte, pas pour François Hol­lande. Le con­stat est sim­ple mais désolant: aucune solu­tions con­crètes con­tre le chô­mage, tou­jours plus d’expulsions de sans-Papiers ( familles, enfants…) , des con­di­tions de vie de plus en plus dif­fi­ciles, des déman­tèle­ments de camps de Roms d’une vio­lence sans précé­dent, une non con­sid­éra­tion de la voix de la pop­u­la­tion ( meilleur exem­ple actuel: les vio­lences poli­cières sur les mil­i­tants con­tre le pro­jet d’aéroport de Notre Dame des Lan­des) […] On con­state un recul qua­si sys­té­ma­tique sur les ques­tions socié­tales. », ibid.

« Je suis en effet très attaché à la cause pales­tini­enne. Je me suis ren­du une fois en Pales­tine et j’y ai observé la vie sur place. […] On se rend compte petit à petit de l’oppression! Sur place, les indi­vidus ne peu­vent pas sor­tir (ou très rarement lorsqu’ils sont âgés) ils sont con­damnés à vivre dans une prison à ciel ouvert. Les pro­duits de con­som­ma­tion sont qua­si­ment tous israéliens ou améri­cains. Ils sont donc enfer­més et ont l’obligation de con­som­mer pour leur oppresseur. […] Je suis extrême­ment choqué de voir cette terre, ce peu­ple se faire autant tor­piller depuis tout ce temps sans qu’Israël ne reçoive de sanc­tion. Le Monde entier assiste à un mas­sacre, un géno­cide et rares sont ceux qui osent dénon­cer. […] Je suis fon­cière­ment anti-sion­iste », ibid.

« Les agents ont annon­cé à mes par­ents que j’étais assim­ilé à un casseur », Man­none Cadoret sur Buz­zfeed au sujet de son inter­dic­tion de man­i­fester, annon­cée le 14 mai par des policiers à ses par­ents. Cette mesure a été rap­portée par la Pré­fec­ture de Paris devant le tri­bunal admin­is­tratif de Paris le 17 mai au matin.

« J’ai du mal à croire que c’est une erreur. Peut-être que le fait que je cou­vre régulière­ment des rassem­ble­ments “antifas­cistes” ou que des mil­i­tants repren­nent mes pho­tos mon­trant des vio­lences poli­cières, dérange », ibid.

On l’a dit à son sujet

« Con­sid­érant que M. Man­none Cadoret a été remar­qué à de nom­breuses repris­es à des man­i­fes­ta­tions con­tre, notam­ment, les vio­lences poli­cières et la réforme du code du tra­vail ; que ses man­i­fes­ta­tions ont dégénéré en trou­bles graves à l’or­dre pub­lic et notam­ment des affron­te­ments vio­lents avec les forces de l’or­dre ; que des groupes d’in­di­vidus masqués et por­tant des casques sont sys­té­ma­tique­ment à l’o­rig­ine de ces désor­dres ; qu’il y a dès lors tout lieu de penser que la présence de M. Man­none Cadoret aux rassem­ble­ments organ­isés con­tre les pro­jets de loi visant à instituer de nou­velles lib­ertés et de nou­velles pro­tec­tions con­tre les entre­pris­es et les act­ifs vise à par­ticiper à des actions vio­lentes ; que compte tenu de ses élé­ments, il y a lieu d’in­ter­dire sa présence à la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 17 mai 2016 ». Extrait de l’ar­rêté d’in­ter­dic­tion de séjour du jour­nal­iste à Paris, pour l’empêcher de se ren­dre à la man­i­fes­ta­tion du 17 mai – Pré­fec­ture de Paris.

« Les pho­tos du requérant ayant été repris­es par des médias étrangers mais aus­si nationaux aus­si pres­tigieux que Paris Match. Il faut donc croire que c’est la capac­ité du requérant à être au bon endroit au bon moment qui pose dif­fi­cultés à la Pré­fec­ture de Paris, plus que la réal­ité d’atteinte à l’ordre pub­lic dont il n’est en fait que le témoin priv­ilégié et de nom­breux lecteurs de la presse où ses pho­tos sont dif­fusées à tra­vers lui » Me Hos­ni Moati, avo­cat de Man­none Cadoret, dans un référé-lib­erté con­tre l’in­ter­dic­tion de man­i­fester déposé le 16 mai au tri­bunal admin­is­tratif de Paris.

« C’est un jour­nal­iste engagé, comme beau­coup d’autres jour­nal­istes. Il cou­vre de nom­breux événe­ments et a égale­ment pub­lié des clichés ou des vidéos témoignant de vio­lences poli­cières. Mais une ques­tion seule­ment est à pos­er: est-il sus­cep­ti­ble de trou­bler l’ordre pub­lic? Non. L’interdire de cou­vrir cette man­i­fes­ta­tion, c’est vouloir le bâil­lon­ner », Me Hos­ni Moati pour Buz­zfeed, op.cit.

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