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Nathan Devers et Paul Melun évincés : Franceinfo cède face à la gauche radicale

9 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Alors que la prési­den­tielle de 2027 se pro­file à l’horizon, l’audiovisuel pub­lic français offre un spec­ta­cle édi­fi­ant de dis­crim­i­na­tion assumée. Philippe Cor­bé, directeur de l’information de France Télévi­sions, a décidé de met­tre fin à l’émission Le Pour et le Con­tre, portée par Paul Melun et Nathan Dev­ers sur Fran­ce­in­fo, après des mois d’une intense pres­sion de la gauche rad­i­cale. Cette sup­pres­sion inter­vient de sur­croît dans un cli­mat ten­du avec l’arrivée d’Eugénie Bastié sur France 2 qui a sus­cité une vive lev­ée de boucliers.

Les chroniqueurs Paul Melun (31 ans) et Nathan Dev­ers (27 ans), arrivés en sep­tem­bre 2025 sur Fran­ce­in­fo après des pas­sages à CNews, incar­naient une ten­ta­tive – timide – d’ouverture.

Ani­ma­teurs du débat du soir aux côtés de Claire-Élis­a­beth Beau­fort (elle aus­si ex de CNews), ils pro­po­saient une con­fronta­tion d’idées trois soirs par semaine. Le for­mat, inti­t­ulé Le Pour et le Con­tre, sem­blait pour­tant répon­dre à une exi­gence démoc­ra­tique élé­men­taire : per­me­t­tre aux téléspec­ta­teurs d’entendre des per­spec­tives divers­es sur l’actualité. Las, l’expérience s’achèvera au début de l’été 2026.

Selon les élé­ments révélés dans La Let­tre le 7 mai, les dif­fi­cultés à recruter des invités pour débat­tre avec eux et des audi­ences jugées insuff­isantes ont motivé la déci­sion de Philippe Cor­bé, directeur de l’information de France TV. Des motifs tech­niques qui masquent mal une réal­ité plus poli­tique : « nous avons aug­men­té l’audience et nous n’avons jamais eu de prob­lème pour recevoir des invités », con­fi­ait une source au sein de la pro­duc­tion de l’émission au Parisien.

Les deux chroniqueurs, issus de la chaîne jugée « trop à droite » par une par­tie de la classe médi­a­tique, traî­naient l’étiquette encom­brante de CNews. Leur ami­tié affichée et leur style direct, rodé à L’Heure des pros, déton­naient dans l’univers feu­tré et con­sen­suel du ser­vice public.

Pour­tant, les deux jeunes jour­nal­istes n’ont rien de sul­fureux, Nathan Dev­ers s’inscrivant dans la lignée de l’intellectuel ger­mano-pratin Bernard-Hen­ri Lévy et Paul Melun se revendi­quant de gauche. Mais une gauche sem­ble-t-il trop impure pour cer­tains. Pour l’heure, ils con­ser­vent d’autres inter­ven­tions : Dev­ers sur C ce soir sur France 5, Melun chaque ven­dre­di dans Télé­matin sur France 2. Leur présence y sera-t-elle encore tolérée ?

La mouvance radicale a mené une intense campagne

Cette annonce inter­vient dans la foulée de la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle, qui a inten­si­fié l’exigence de plu­ral­isme sur l’audiovisuel pub­lic. Mais le groupe subit aus­si des pres­sions invers­es, notam­ment Fran­ce­in­fo. Le 24 avril dernier, la chaîne a été rap­pelée à l’ordre par l’ARCOM pour « défaut d’honnêteté et manque de rigueur », pour des ques­tions posées par Alix Bouil­h­aguet lors d’un entre­tien avec le député LFI Manuel Bom­pard en novem­bre dernier.

La ten­dance insoumise et les médias qui lui sont proches mènent depuis plusieurs mois une intense cam­pagne con­tre Fran­ce­in­fo, « égout médi­a­tique » selon les pro­pos tenus par Danièle Obono le 9 avril sur Medi­a­part. Selon la députée, le « sys­tème médi­a­tique » sert « l’arrivée au pou­voir de l’extrême droite », en suiv­ant « l’exemple de CNews ».

Une accu­sa­tion qui a été pré­parée et ressas­sée dans les médias de la gauche rad­i­cale, notam­ment depuis un arti­cle de Pauline Bock pour Arrêt sur Images début novem­bre, accu­sant Fran­ce­in­fo de « dérive édi­to­ri­ale », à la suite du recrute­ment du tan­dem Melun/Devers et de la présen­ta­trice Claire-Elis­a­beth Beau­fort. Une émis­sion qui a donc scan­dal­isé pen­dant tout l’hiver 2025–26 Medi­a­part, Street­press ou encore Blast, cat­a­strophés à l’idée de revoir le philosophe Michel Onfray (et d’autres) sur le ser­vice public.

Vives tensions chez France TV avec l’arrivée d’Eugénie Bastié

La déci­sion de Philippe Cor­bé prend encore plus de son sens lorsqu’on la com­pare à la tem­pête médi­a­tique déclenchée par l’arrivée d’Eugénie Bastié dans L’Heure de vérité, nou­velle émis­sion poli­tique de France 2 pré­parée pour la présidentielle.

La SDJ de France 2 a pub­lié le 5 mai un com­mu­niqué vir­u­lent inti­t­ulé « À L’Heure de vérité, “l’information n’est pas une opin­ion” doit rester notre bous­sole ». Les jour­nal­istes y dénonçaient une chroniqueuse « iden­ti­fiée pour ses idées très con­ser­va­tri­ces et sou­verain­istes », qui « revendique claire­ment ses opin­ions » et les défend « de façon militante ».

Un réflexe révéla­teur d’un ser­vice pub­lic qui peine à accepter le plu­ral­isme réel. Reste à savoir si la direc­tion de France TV a sac­ri­fié Melun et Dev­ers, lâchant du lest pour com­penser l’arrivée de la jour­nal­iste du Figaro.

Un schéma récurrent de mise au pas

Bien sûr, cette affaire croisée n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une longue série de recadrages opérés par l’audiovisuel pub­lic dès qu’une voix dis­so­nante émerge. On se sou­vient des débats houleux autour de la présence d’Éric Zem­mour à On n’est pas couché il y a plusieurs années, des départs ou des mar­gin­al­i­sa­tions suc­ces­sives de fig­ures jugées trop « réac­tion­naires », comme le licen­ciement de Fran­ce­in­fo de Jean-François Achilli en 2024, accusé d’avoir par­ticipé à l’autobiographie du prési­dent du RN, Jor­dan Bardella.

France Télévi­sions et Radio France ont longtemps revendiqué un rôle de « ser­vice pub­lic » au-dessus des par­tis. La réal­ité est plus prosaïque : une cul­ture mai­son pro­fondé­ment ancrée à gauche, ren­for­cée par des recrute­ments endogames et une prox­im­ité soci­ologique avec les milieux parisiens les plus progressistes.

Vers une présidentielle sous contrôle narratif ?

De sur­croît À l’approche de 2027, l’enjeu dépasse le sort de deux jeunes polémistes et d’Eugénie Bastié. Il s’agit de savoir si le ser­vice pub­lic, financé par la rede­vance de tous les con­tribuables, rem­pli­ra sa mis­sion d’information plu­ral­iste ou s’il con­tin­uera de fil­tr­er les débats avec par­tial­ité. La recon­fig­u­ra­tion du ser­vice poli­tique de France Télévi­sions, con­fiée à Neïla Latrous venue de BFMTV, et les réduc­tions budgé­taires n’ont pas sem­blé mod­i­fi­er en pro­fondeur cette culture.

Jean-Charles Souli­er

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