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Valérie Toranian

21 octobre 2022

Temps de lecture : 6 minutes
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Valérie Toranian

21 octobre 2022

Temps de lecture : 6 minutes

Une reconnaissance de plus

Née en 1962 à Suresnes dans les Hauts-de-Seine, Valérie Toranian, née Valérie Astrig Couyoumdjian, fut pendant quinze ans à la direction du magazine Elle. Après un passage à la Revue des Deux Mondes, elle s’apprête, d’ici la fin de l’année, à remplacer Sébastien Le Fol à la tête du Point. Une nomination bienvenue pour la femme de Franz-Olivier Giesbert, ancien patron et conseiller de la direction de ce même journal…

Une militante arménienne

Descen­dante d’une grand-mère rescapée du géno­cide arménien, dont elle a racon­té l’histoire dans son roman L’Étrangère, Valérie Couy­oumd­jian épouse en pre­mières noces un mil­i­tant farouche de la cause arméni­enne : Ara Toran­ian. Le cou­ple, dont les deux enfants adoptent des prénoms arméniens (Vasken et Aris), fonde en 1992 Les Nou­velles d’Arménie.

Plus récem­ment, à l’occasion du con­flit opposant l’Arménie à l’Azerbaïdjan, elle a dénon­cé la posi­tion de bel­ligérant adop­tée par la Turquie et souligné la dis­pari­tion immi­nente que risquaient bien­tôt les Arméniens, jugeant que « Défendre l’Arménie, pays chré­tien, dans notre société han­tée par la peur de paraître ” islam­o­phobe”, notam­ment dans les médias, [était] gênant, embar­ras­sant ». Elle a par ailleurs pub­lié dans la col­lec­tion Plac­ard & Libelles du Cerf, un bil­let inti­t­ulé L’Ar­ménie, du sang sur nos mains.

Une féministe « vieille école » à la tête de Elle

Valérie Toran­ian arrive à la tête de Elle après être passée au sein du mag­a­zine par de nom­breux ser­vices. C’est à Anne-Marie Péri­er, l’ancienne direc­trice du jour­nal, que serait dû ce choix auquel la prin­ci­pale intéressée ne se serait pas atten­due.

Dans les couloirs de Elle, cer­tains de ses col­lègues lui prê­tent, si l’on en croit le por­trait qu’en dresse Libéra­tion, un « fémin­isme un peu désuet, très Bad­in­ter », du fait de ses engage­ments anti-voile mais pas « anti-hommes ». À l’origine de cette inter­pré­ta­tion : la péti­tion visant à inter­dire le voile à l’école qu’elle lance en 2003. Chré­ti­enne, elle se dit attachée à la laïc­ité et man­i­feste encore vigoureuse­ment son aver­sion pour les signes religieux (notam­ment musul­mans) au sein de l’école ; elle se plaig­nait ain­si dans son dernier édi­to de la Revue des Deux Mon­des que « Les islamistes […] [veuil­lent] cass­er le con­sen­sus répub­li­cain qui demeure encore assez solide sur le sujet des signes religieux à l’école ».

De Elle à la Revue des Deux Mondes

En 2014, elle est poussée vers la sor­tie par la direc­tion de Elle, par l’intermédiaire du prési­dent de Lagardère Active, Denis Olivennes ; la chute des ventes (passées de 382 860 exem­plaires en 2012 à 329 043 exem­plaires en juin 2014) en serait la cause prin­ci­pale. Une par­tie de la rédac­tion sug­gère égale­ment que la une con­sacrée à Julie Gayet, quelques mois après la révéla­tion de la liai­son entre l’actrice et le prési­dent de la République d’alors, serait à l’origine de ce licen­ciement.

Olivennes lui recon­naît quoiqu’il en soit des qual­ités, jugeant qu’elle a redy­namisé Elle dix ans plus tôt, mais que la pub­li­ca­tion néces­si­tait « un nou­veau souf­fle ». Soutenue par la rédac­tion du mag­a­zine, qui salue celle qui « su[t] réin­ven­ter ce mag­a­zine », elle est rem­placée par Françoise-Marie San­tuc­ci – ex-rédac­trice-en-chef du sup­plé­ment mode de Libéra­tion.

En jan­vi­er 2015, c’est Marc Ladre­it de Lachar­rière qui lui accorde sa con­fi­ance ; nom­mée à la tête de la Revue des Deux Mon­des, elle parvient à sat­is­faire la direc­tion en mul­ti­pli­ant rapi­de­ment les ventes par deux ou trois.

Une nomination bienvenue au Point

Le 17 octo­bre, Éti­enne Ger­nelle, directeur de la pub­li­ca­tion du Point, annonce offi­cielle­ment sur son compte Twit­ter l’arrivée de « la si bril­lante Valérie Toran­ian ». Une nom­i­na­tion qui arrive à point nom­mé, alors même que l’ancien directeur de la rédac­tion Sébastien Le Fol était dans le viseur de François Pin­ault (pro­prié­taire du jour­nal par sa hold­ing Artémis) depuis les révéla­tions dou­teuses faites à l’encontre de Raquel Gar­ri­do et d’Alexis Cor­bière.

Cette nom­i­na­tion laisse néan­moins cir­con­spect, puisque Valérie Toran­ian n’est autre que l’épouse de Franz-Olivi­er Gies­bert, qui demeure le con­seiller de la direc­tion du Point et est l’ancien prési­dent-directeur général de la SEBDO, la société éditrice de l’hebdomadaire. La prin­ci­pale intéressée s’est quant à elle réjouie de « rejoin­dre prochaine­ment l’équipe du Point. Une mag­nifique nou­velle aven­ture pro­fes­sion­nelle aux côtés de Éti­enne Gernelle ».

Parcours professionnel

  • 1983–1987. Pigiste pour la presse féminine.
  • 1987–1994. Intè­gre la rubrique « Beauté » d’Elle mag­a­zine et col­la­bore à dif­férentes rubriques
  • 1994–1995. Devient chef du ser­vice « Beauté » d’Elle magazine.
  • 1995-sep­tem­bre 1997. Devient rédac­trice-en-chef chez Elle.
  • Sep­tem­bre 1997-octo­bre 1998. Rédac­trice-en-chef « Beauté » et rédac­trice-en-chef-adjointe « Mode » chez Elle.
  • Octo­bre 1998–décembre 2000. Rédac­trice-en-chef d’Elle.
  • Décem­bre 2000–février 2002. Direc­trice adjointe de la rédac­tion de Elle.
  • Févri­er 2002–septembre 2014. Direc­trice de la rédac­tion de Elle.
  • Avril 2008–septembre 2014. Direc­trice de la rédac­tion du semes­triel Very Elle.
  • Sep­tem­bre 2013–septembre 2014. Direc­trice de la rédac­tion Elle Man.
  • Jan­vi­er 2015–octobre 2022. Direc­trice de la rédac­tion du men­su­el la Revue des Deux Mon­des.

Autres fonctions occupées

    • 1991. Fon­da­trice de la revue Les Nou­velles d’Arménie.
    • Décem­bre 2004–juin 2010. Vice-prési­dente et porte-parole de la Fon­da­tion Elle.
    • Jan­vi­er 2006. Prési­dente du jury du 10ème Grand Prix de la Une de Presse.
    • Décem­bre 2006–septembre 2014. Mem­bre du Comité édi­to­r­i­al d’Hachette Fil­i­pac­chi Média et de Lagardère Active.
    • Octo­bre 2008–janvier 2009. Mem­bre du pôle : « Quel avenir pour les métiers du jour­nal­isme ? », États généraux de la presse écrite, présidé par Bruno Frappat.
  • Juin 2010 – sep­tem­bre 2014. Nom­mée prési­dente de la Fon­da­tion Elle.
  • Mem­bre du comité d’éthique de Fran­cili­ennes TV / Télif.

Vie privée

Valérie Toran­ian est la fille d’un pro­fesseur de français et la petite-fille d’une rescapée du géno­cide arménien. Son père meurt lorsqu’elle a quinze ans. Elle épouse en 1986 Ara Toran­ian, dont elle a deux enfants (Vasken et Aris). Elle sera ensuite mar­iée à Franz-Olivi­er Gies­bert, jour­nal­iste et écrivain.

Publications

  • 2004. Pour en finir avec la femme ?, éd. Grasset.
  • 2005. Elle (1945–2005), une his­toire de Femmes (pré­face), éd. Filipacchi.
  • 2015. L’Étrangère, éd. Flammarion.
  • 2018. Une fille bien, éd. Flammarion.

Distinctions

  • 2011. Nom­mée Cheva­lier des Arts et des Lettres.
  • 30 juin 2015. Lau­rée du Grand Prix de l’Héroïne décerné par Madame Figaro pour son ouvrage L’Étrangère.

Ce qu’elle gagne

À la Revue des Deux Mon­des, son salaire est beau­coup moins élevé qu’à Elle, ce dont elle assure ne pas se souci­er, esti­mant que « ce n’est pas grave, l’ar­gent, ça va, ça vient ».

Ils l’ont dit

« C’est une des rares qui don­nait l’impression de pro­téger son équipe. Elle ne lais­sait pas trop la direc­tion s’en mêler », une jour­nal­iste de la rédac­tion de Elle, citée par Libéra­tion, le 19 sep­tem­bre 2014.

« Valérie Toran­ian est une grande dame de la presse. Elle a fait un tra­vail fan­tas­tique en con­sol­i­dant la place de Elle comme leader de sa caté­gorie. », Denis Olivennes, cité par Le Figaro Économie, le 29 sep­tem­bre 2014.

« Elle a ce besoin de boss­er deux fois plus dur que les autres, parce qu’elle est une femme et qu’elle a une dou­ble cul­ture. », Cheke­ba Haché­mi, mil­i­tante afghane, citée par Libéra­tion, 26 avril 2015.

« [C’est une femme] très solide en apparence, avec qui on peut par­tir à la guerre », Franz-Olivi­er Gies­bert, cité par par Libéra­tion, 26 avril 2015.

« Elle est vrai­ment dou­ble, elle appa­raît forte mais il y a tou­jours en elle une fragilité, une inquié­tude, peut-être géné­tique, mal­gré un côté joyeux », Franz-Olivi­er Gies­bert, cité par Le Figaro, 4 juil­let 2015.

« C’est une bête de tra­vail », Anne-Marie Péri­er, citée par Le Figaro, 4 juil­let 2015.

« Tu as tou­jours été la femme la plus droite, la plus loyale du monde. Nous savions que tu te serais fait couper la tête (mais pas les cheveux) pour nous et pour la grande idée que tu te fais des femmes, pour­suit la rédac­tion. Ta bien­veil­lance nous a portées, nous a fait grandir, pen­dant des années. », l’équipe de la rédac­tion de Elle à l’occasion du départ de Valérie Toran­ian de la direc­tion de la rédac­tion de Elle, citée par Pure médias, 26 sep­tem­bre 2014.

Elle l’a dit

« [Je veux être juive] parce que c’est comme être arménien, la recon­nais­sance en plus », citée par Libéra­tion, 26 avril 2015.

« À chaque fois qu’on dit “c’est pas si grave”, on renonce. Le rel­a­tivisme cul­turel est un racisme.», citée par Libéra­tion, 26 avril 2015.

« [Je ne suis pas] de l’é­cole des jour­nal­istes anti-con­nivence. Je pars du principe que pour con­naître son sujet, il faut ren­con­tr­er les gens, voir de quoi ils sont faits », citée par Libéra­tion, 26 avril 2015.

« Mes grands-par­ents sont arrivés en France dans les années 20, ont subi la xéno­pho­bie, mais ils ont voulu rester. Je suis encore sur tout ça, encore portée par ça. Je suis le fruit de mes orig­ines mul­ti­ples, celles de bons Français et de bons Ori­en­taux, aux­quelles se sont ajoutés plein de sédi­ments », citée par Le Figaro, 4 juil­let 2015.

« La télévi­sion et les médias ont large­ment sur­fé sur ces années de fric et de frime. Elle a par­ticipé à cette société de con­som­ma­tion, en van­tant l’esprit de com­péti­tion, la mode, le corps par­fait, la jeunesse… Com­ment ne pas com­pren­dre alors que cer­tains se soient alors sen­tis mis­érables et que, avec le temps, tout devi­enne matière inflam­ma­ble ? », Le Figaro, 13 juin 2019.

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