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Pub­lié le 5 décembre 2018 | Éti­quettes : , ,

Mark Zuckerberg, une biographie exemplaire par Daniel Ichbiah

Qui connaît vraiment l’exceptionnelle aventure de Mark Zuckerberg, milliardaire à 24 ans ? Qui est il ? Un génie du codage ? Un plagiaire qui a volé son idée à d’autres ? Un faux philanthrope ? Un esprit désintéressé ? C’est à ces questions que répond la première biographie en français de Daniel Ichbiah dans un ouvrage alerte, très informé et qui se lit comme un roman d’espionnage.

De Dobbs Ferry à Harvard

Dobbs Ferry, 40 kms au nord de Harvard, un père dentiste, la communauté juive upper middle class, le seul garçon de quatre enfants, une famille pour laquelle les valeurs éducatives sont fondamentales, des dons pour les maths et la programmation, Harvard n’est pas loin.

Tu peux être non éthique et néanmoins dans la légalité

Le jeune Mark siphonne certaines informations administratives pour faire un début de trombinoscope des étudiants (Facemash), fait sauter le système informatique du campus, se fait prendre et taper sur les doigts, renonce. Début novembre 2003 il rencontre les champions d’aviron du campus, les frères Winklevoss, étudiants en économie de 4ème année mais qui ne savent pas coder. Les jumeaux travaillent depuis 2002 sur une idée de réseau social et cherchent un développeur. Un accord oral est conclu, Mark prendra des parts de la future société en échange de son travail. Il reçoit les codes d’accès sans qu’aucun accord ne soit signé.

Puis il plonge et les deux frères associés à un étudiant indien n’ont que peu de nouvelles de lui : trop de travail, des visites à sa famille, il est en retard. Le 11 janvier 2004 Mark dépose le nom de domaine The Facebook, loue un serveur dédié, trouve un étudiant brésilien Eduardo Saverin qui avance mille puis dix mille dollars et lance The Facebook le 4 février 2004 à la fureur de ses associés.

Les frères portent plainte devant l’université qui renonce à statuer sur ce qu’elle considère comme un conflit entre étudiants. Le différend se réglera à l’amiable en 2009, les deux frères recevront une somme couverte par le secret mais très inférieure à la valeur future du réseau social. Ichbiah cite un échange de courriels de Zuckerberg avouant ingénument « Tu peux être non éthique et néanmoins dans la légalité ».

Premiers succès et I’m the CEO, bitch !

Dès le mois de mai 2004, 64 universités utilisent la nouvelle application qui a plus de 100.000 utilisateurs. Une société est fondée, le brésilien qui dispose de 34% des actions au début est évacué en douceur en diluant ses parts. Zuckerberg de coups de bluff en coups de génie va éliminer la plus grande partie des premiers associés pour obtenir la présidence et une majorité des droits de votes qui lui donnent une prééminence absolue. C’est à ce moment qu’il fait imprimer sur certaines cartes de visites I’m the CEO, bitch ! (Je suis le Président, salope !).

Les chiffres sont vertigineux, un million d’abonnés fin 2004, 5 millions en octobre 2005 (The Facebook est devenu Facebook un mois avant), 20 millions fin 2006. L’année 2006 où l’application jusque là réservée aux étudiants devient universelle et où Yahoo offre un milliard de dollars pour l’entreprise… que Zuckerberg refuse.

Est ce que vous possédez Facebook ou est-ce Facebook qui vous possède ?

Ce sera un titre du New York Times alors que le réseau social s’étend. À l’automne 2007, il compte 50 millions d’utilisateurs et Microsoft propose quinze milliards de dollars à Mark qui refuse de nouveau.

Le 3 juin 2009 le réseau offre (dans la plus grande discrétion) l’accès à toutes ses données au programme PRISM de la NSA ainsi qu’à la CIA. Comme le dit Mark « Les gens me proposent eux-mêmes leurs données. Je ne sais pas pourquoi. Ils me font confiance ces idiots ».

Zuckerberg est personnalité de l’année de Time en 2010, il rachète Instagram en 2012 juste avant l’entrée en bourse de mai qui lui permet de contrôler 57% des droits de votes. Et si en octobre 2012 le cap du milliard d’utilisateurs est franchi, un an plus tard le réseau rachète WhatsApp, une société de 56 salariés, pour 19 milliards de dollars.

Vers un autre destin ?

Si en mai 2011 Julian Assange, fondateur de Wikileaks dénonçait « Facebook est la machine d’espionnage la plus épouvantable qui ait jamais été inventée », le succès ne se dément pas. En 2018 le bénéfice trimestriel de la société dépasse les 5 milliards de dollars. Mark et Chan son épouse chinoise créent une fondation (largement exonérée d’impôts) avec un fonds supérieur à 60 milliards de dollars.

Ils recrutent David Plouffe, une pointure démocrate, ancien directeur des campagnes de Barack Obama, ce qui donne lieu à des spéculations sur un possible avenir présidentiel de Zuckerberg. Les nombreuses pertes de données personnelles du réseau, la cabale des fake news, ont mis entre parenthèses ce projet s’il a jamais existé. Zuckerberg, qui vit très simplement mais a le goût de la puissance, peut avoir des ambitions encore plus hautes : devenir le George Soros du XXIème siècle pour dominer les consciences. Comme le dit l’auteur en conclusion « Le tout gratuit a un prix caché. Il induit un possible esclavage de la pensée ». Un livre à lire d’urgence.

Daniel Ichbiah, Mark Zuckerberg La Biographie, éd. La Martinière 2018, 336p, 19,90 €

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